Patrice Gueniffey : une oeuvre d’historien sur le processus révolutionnaire

23 fév

Etudes géostratégiques a fait le choix de publier les textes d’une séance de séminaire du CHERPA au cours de laquelle deux doctorants, anciens étudiants du Master II Histoire militaire ont eu le grand plaisir d’analyser et de discuter le travail de l’historien Patrice Gueniffey, Directeur de recherches à l’EHESS et ancien Directeur du Centre de recherches politiques Raymond Aron. La première partie consacrée aux travaux de Patrice Gueniffey sur la Révolution française a été prise en charge par Agathe Plauchut, tandis que la partie sur la période napoléonienne et l’écriture d’une biographie l’est par Benoît Pouget.

 

PATRICE GUENIFFEY, UNE RÉFLEXION SUR TORRENT RÉVOLUTIONNAIRE

S’il fallait présenter en deux mots Patrice Gueniffey, je le qualifierais d’historien politiste. Vous utilisez en effet une démarche qui emprunte des outils à la fois à l’histoire et à la science politique.
L’éclairage politique de l’Histoire qu’il réalise a deux vertus, qui se rapportent chacune à l’une des deux disciplines concernées. Ses travaux permettent en effet d’approfondir les études historiques simplement factuelles de la période révolutionnaire, et en cela ils sont un apport essentiel pour l’Histoire. Mais ils permettent également de percevoir l’histoire des phénomènes politiques, de dresser un tableau de ce qui fut pour comprendre ce qui est. Dans cette mesure, ses études ont beaucoup à apporter aux politistes qui étudient des sujets comme le vote ou la terreur comme instrument politique.
Nous allons donc discuter de questions à la fois historiques et actuelles, liées au vote, à la Révolution et à la Terreur mais aussi à leur legs. Mais avant cela, nous allons évoquer rapidement son parcours académique.
Patrice Gueniffey a soutenu en 1989 une thèse de doctorat en Histoire intitulée La Révolution française et les élections: suffrage, participation et élections pendant la période constitutionnelle: 1790-1792, sous la direction de François Furet à l’EHESS. Le sujet de cette thèse laisse déjà voir la grande caractéristique de son travail que nous venons d’évoquer, puisqu’il se trouve à la confluence de l’Histoire et de la science politique.
Cette thèse de doctorat en Histoire adopte en effet un angle résolument politique, puisque c’est une étude du suffrage et de sa mise en oeuvre qui est menée, s’attachant à l’étude :
– du droit de suffrage
– puis à celle de la participation dans les assemblées primaires
– et enfin à celle de l’élection des députés par les assemblées électorales de départements
C’est donc une histoire du processus politique de la période constitutionnelle qui est proposée.
A la suite de ce travail et sur cette thématique du vote, Patrice Gueniffey a publié plusieurs écrits importants, dont il faut citer ici le colossal ouvrage Le Nombre et la raison: La Révolution française et les élections de 1993. Cet ouvrage a fait date dans l’étude de la période révolutionnaire, parce qu’il apportait un éclairage sur un sujet peu voire pas étudié en tant que tel, celui des élections, pourtant déterminant dans cette période et pour sa compréhension.
En présentant la réalité des élections de la période de l’Assemblée constituante, il offre aux lecteurs non seulement un focus historique sur cet élément politique majeur, mais il va plus loin en soulignant les divergences entre la démocratie d’alors et la démocratie actuelle. Selon lui, les différences entre les élections de l’époque constitutionnelle et les élections que nous connaissons aujourd’hui sont, à ce point, notables qu’elles interdisent toute revendication de l’héritage direct de la démocratie révolutionnaire par la démocratie moderne.
Patrice Gueniffey explique notamment pourquoi la considération de la volonté de la majorité comme légitime à déterminer l’orientation des politiques de la nation est nouvelle. A l’époque révolutionnaire en effet, l’illusion de la « voix unique » de la nation était dominante. Des intérêts divergents ne pouvaient coexister ou débattre entre eux; toute opposition était une sécession. L’illusion de la cohésion nationale, si caractéristique de l’époque révolutionnaire, n’existe plus aujourd’hui et c’est en cela que notre démocratie s’est bien éloignée de son ancêtre. Le fait que les électeurs soient appelés à voter non pour des programmes ou même à l’issue d’une délibération ou d’un débat d’idées est révélateur des lacunes de cette conception monolithique de la nation. Les élus étaient imaginés, dans cette époque de la démocratie balbutiante, non comme dépositaires et représentants des intérêts de leurs électeurs, mais comme des personnalités qui auraient à juger des orientations profitables à l’intérêt général. L’homme était clairement mis en avant, sa personnalité passait avant sa politique, et la nation devait passer avant ses électeurs.
Selon Patrice Gueniffey, l’exercice démocratique lui-même de l’époque révolutionnaire était caractérisé par des limites majeures, dont l’absence de publicité des candidatures n’est que l’un des exemples les plus frappants. Ce qui reposait sur la doctrine de la volonté générale résultait finalement en une dispersion des votes, qui leur ôtait toute efficacité. C’est dans cette mesure qu’il parle d’ « élections dépossession » pour caractériser les élections de la période révolutionnaire car, je cite, « tout, dans le régime électoral de la Révolution française, tend à entourer les élections d’un vide politique » (« L’invention du vote »). A ce propos, l’absence de mandat impératif dans la démocratie contemporaine traduit-elle une perpétuation de ce que vous appelez l’ « élection-dépossession » durant la période révolutionnaire, malgré la publicité des candidatures, l’utilisation de l’élection directe et la possibilité de délibérer?
Après ce détour par les grandes idées de sa thèse de doctorat et des travaux qui lui sont associés, revenons à à son parcours. Comme je l’ai dit, il a soutenu sa thèse sous la direction de François Furet, dont il est un éminent disciple. François Furet a joué un rôle déterminant dans son parcours et notamment dans le développement de ses théories.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, ou pas suffisamment, François Furet est un historien français qui a marqué l’histoire de l’étude de la Révolution française, sur laquelle il a travaillé pendant près de 4 décennies. En 1965, il publie son premier ouvrage sur le sujet, La Révolution.
Les théories de François Furet sur la Révolution française ont ouvert une période de débat dans le monde de la recherche sur la Révolution. Pour les historiens marxistes comme Georges Lefebvre ou Albert Soboul, qui tenaient le haut du pavé jusqu’alors, la Révolution française était issue d’un mouvement populaire qui s’était éteint le 9 Thermidor. François Furet fait le pari de dépoussiérer les études sur cette période en élargissant son champ d’étude chronologique. Au fil des ans, Furet affine son analyse et publie des ouvrages qui sont restés des références en la matières, notamment Penser la Révolution française en 1978, et bien sûr le colossal Dictionnaire critique de la Révolution française qu’il a codirigé avec Mona Ozouf en 1988.
François Furet innove dans son étude de la Révolution française en la présentant comme une révolution des élites qui aurait été perturbée par la Terreur, les masses populaires confisquant alors le pouvoir. Ce qui est intéressant pour nous aujourd’hui est l’idée que François Furet n’avait fait qu’esquisser et que vous avez approfondi, documenté et illustré, à savoir la possible consubstantialité qui unirait Révolution et Terreur. Patrice Gueniffey écrit notamment que la Terreur « est le produit de la dynamique révolutionnaire et, peut-être, de toute dynamique révolutionnaire. En cela, elle tient à la nature même de la Révolution, de toute révolution », une idée sur laquelle il serait intéressant que vous reveniez.
Les travaux de Patrice Gueniffey sur la Terreur s’inscrivent dans l’héritage direct des idées de François Furet. Il voulait, lui aussi, vous distinguer des analyses partisanes sur la Terreur, que ce soit celles qui sont biaisées par des grilles de lecture marxistes ou celles qui sont marquées du sceau antirévolutionnaire. Cela l’a entraîné, comme cela avait entraîné François Furet avant lui, dans des débats historiographiques, qui l’ont notamment « opposé », si je peux employer ce terme, à Claude Mazauric, héritier intellectuel de l’approche marxiste de la Révolution de Soboul.
Patrice Gueniffey donc voulu inscrire son approche de cette période dans une optique scientifique s’attachant à l’étude du domaine politique. On retrouve ici ses premières amours et son talent pour l’alliance des deux disciplines. Selon lui, « la Terreur n’est pas un événement culturel, mais politique » (La Politique de la Terreur), et c’est en tant que telle qu’il a souhaité l’étudier.
Je dois dire que j’ai été particulièrement intéressée par son ouvrage sur la Terreur. Il montre une finesse d’analyse et une capacité à conceptualiser et à mettre en dialogue les événements qui devraient passionner tout étudiant non seulement en histoire mais aussi en science politique et dans l’ensemble des sciences sociales.
C’est un travail très original, qui a pu être critiqué par des historiens, notamment ses opposants que j’ai précédemment cités, pour ne pas être crispé sur le factuel, mais c’est bien là son intérêt. Le factuel est mis au service de l’analyse, et le rôle de l’historien prend tout son sens dans ces écrits: celui de comprendre et d’expliquer, de saisir les relations entre les faits, les manipulations des coulisses de l’histoire, afin d’expliquer, enseigner et transmettre plutôt que seulement énumérer, narrer et décrire.
Il décrypte la Terreur, la lit, l’analyse et la présente sans la diaboliser, au contraire de ce qui était fait jusqu’en 1945, mais sans non plus l’idéaliser comme certains historiens de la deuxième moitié du XXe siècle ont pu le faire. Pour le citer, Patrice Gueniffey porte sur la Terreur un « jugement dépassionné ». Il s’agit de remettre la Terreur à la place qui est la sienne, celle d’une période historique majeure, dont la rationalité politique peut être comprise pour peu qu’on prenne le temps de l’étudier. C’est un livre qui a fait du bruit, à juste titre, et qui a fait date dans l’étude de la Terreur.
Les idées contenues dans cet ouvrage sont nombreuses, je vais essayer d’en isoler les principales.
Il faut commencer par préciser que Patrice Gueniffey n’envisage pas la Terreur comme la période historique que ce mot désigne habituellement, mais comme « une forme de la politique révolutionnaire: l’emploi de la contrainte et de la violence à des fins politiques et dans le silence des lois ». C’est cette forme de politique qu’il étudie. Ainsi, il étend l’étude de la Terreur hors de bornes chronologiques qu’on lui assignait précédemment, comme François Furet l’avait fait en son temps pour la Révolution française. Patrice Gueniffey écrit ainsi que la Terreur était préfigurée par des mesures datant de 1791 et 1792 orientées contre les émigrés et les prêtres, et même par des discours de 1789 réclamant des lois d’exception. Quant à la borne chronologique de fin communément admise, il la réfute également, affirmant que « le 9 thermidor tourne une page de l’histoire de la Terreur plus qu’il n’en signe la fin » et que la « politique de la Terreur » se poursuit bien au-delà. Ainsi, « l’histoire de la Terreur commence avec celle de la Révolution pour ne finir qu’avec elle ».
Cette définition politique de la Terreur lui permet de présenter une hypothèse intéressante et centrale dans l’ouvrage, qui est que la Terreur « est le produit de la dynamique révolutionnaire et, peut-être, de tout dynamique révolutionnaire. En cela, elle tient à la nature même de la Révolution, de toute révolution ».
Dans cet ouvrage Patrice Gueniffey explique également la relation à trois acteurs qui est à l’œuvre dans la Terreur et dans toute terreur, à savoir une relation qui met en présence le terroriste, le destinataire de la violence et la victime, les deux derniers étant distincts. C’est cette distinction, ainsi que le caractère stratégique ou non de l’action, qui différencie la terreur de la violence. L’objectif d’une politique terroriste est « de créer un climat de peur si intense que toute opposition se trouverait neutralisée », que ce soit par le recours effectif à la violence ou par la menace d’un tel recours.
La terreur est un instrument politique très ancien, caractérisé par sa rationalité. Au sein de cette rationalité, l’existence crédible d’un ennemi est centrale; elle est la justification même du recours à des mesures d’exception terroriste (bien que toute mesure d’exception ne soit pas terroriste, évidemment). Dans le contexte révolutionnaire, l’ennemi toujours renouvelé et réactivé est le comploteur, complice de l’étranger et des forces réactionnaires. Au fur et à mesure que la Terreur se développe en une « conception absolue du conflit politique », l’étau du soupçon se resserre autour de ceux-là même qui constituaient le cœur de la traque, car il s’agissait à la fois « de préserver des positions de pouvoir, mais également des intérêts nés de l’exercice de la répression ». En ce sens, la Terreur est auto génératrice.
Il insiste à la fois sur le rôle des hommes et sur l’importance des représentations des circonstances que les acteurs en avaient plutôt que celles des circonstances elles-mêmes. Il étudie la question qui a été un débat récurrent de l’étude de cette période, à savoir la relation entre nécessité et circonstances dans l’apparition et le déroulement de la Terreur. Il parle ainsi, entre autres du rôle d’aiguillon du soupçon que joua Marat, de celui de promoteur de la violence extrême du Gén Turreau en Vendée, de Brissot et de sa posture belliciste ou encore de celui de puriste et fin stratège politique de Robespierre.
L’image récurrente du torrent ou du cours du fleuve est la synthèse des conceptions de Patrice Gueniffey des origines de la Terreur, à la confluence de la rivière de la nécessité de la « montée aux extrêmes » des révolutions (empl.5206) et des ruisselets des « circonstances », événements et personnalités. C’est une métaphore intéressante qui concilie deux types de causes, et qu’il serait intéressant de mieux comprendre.
Est évoquée la filiation directe qui existe entre l’Ancien régime et le régime révolutionnaire, en parlant notamment de l’archaïsme des mentalités et de l’influence des mœurs aristocratiques sur l’exercice démocratique des premières années révolutionnaires. Patrice Gueniffey évoque également la proximité entre le fondement religieux de l’Ancien régime et le fondement idéologique du nouveau. C’est donc une étude historique à portée politique que Patrice Gueniffey a produite, en s’appuyant Rousseau, Montesquieu, Locke, Tocqueville, Burke ou Pufendorf, pour comprendre soit leur influence sur la Révolution soit les clefs de lecture que leurs œuvres peuvent offrir.

Par Agathe Plauchut
Doctorante chargé d’enseignement Sciences Po Aix – IREMAM

ETAT ISLAMIQUE

1 fév

Etudes géostratégiques est heureux de vous faire de la parution du nouvel article de Patrice Gourdin, professeur de géopolitique à l’Ecole de l’Air et chargé de cours dans le Master II Histoire militaire :

http://www.diploweb.com/Daesh-restaure-le-Califat.html

GUERRE DE BOSNIE : LES VOLONTAIRES ARMES FRANÇAIS MUSULMANS, L’EXEMPLE D’OMAR DJELLIL

18 jan

Dans un café près de la gare Saint-Charles à Marseille, trois vieillards parlent des guerres d’Indochine et d’Algérie en les comparant. Ils ont fait l’Indochine dans les rangs de l’armée française et l’Algérie dans ceux du FLN. C’est ici qu’Omar Djellil a souhaité nous accorder un entretien sur son passé militaire dans l’armée bosniaque. Le jeune quarantaine, issu d’une famille dont des membres ont servi la France, a acquis ces dernières années une certaine reconnaissance politique au niveau local. Il a notamment participé à la médiatisation de l’affaire de la BAC Nord à Marseille.
Autant l’écrire tout de suite, l’homme est un vrai personnage et peut être joue-t-il de l’image qu’il a créée pour charmer ceux à qui il s’adresse. Gilles Kepel dans son ouvrage : « Passion française » lui a consacré un chapitre entier.
Le parcours de ce Rémois est atypique : né dans une cité difficile, rejoignant un gang à l’adolescence, participant à plusieurs actes de petite et moyenne délinquance, il participe au début des années 90 aux affrontements entre skinheads et gangs des cités dans le centre-ville de Reims. Ces premières expériences sont importantes pour comprendre par la suite l’engagement volontaire d’Omar Djellil. En 1989 la mort d’un jeune français d’origine maghrébine, Ali Rafa, tué par une boulangère à qui il avait volé des croissants constitua le traumatisme initial. Il se souvient encore du climat de « guerre civile » qui règne dans la cité champenoise. Les affrontements sont quotidiens avec les skinheads et Omar Djellil organise les « commandos » de jeunes des cités pour reprendre le centre-ville des mains de groupes de jeunes identitaires. Les affrontements se poursuivent durant des mois : « c’était de la guerre urbaine » se souvient il. Par deux fois, il frôle la mort et décide de prendre du recul sur cette situation. Le service militaire constitue une rupture dans son parcours. Après ses classes, il entre au sein de la Xe DB puis quitte l’armée fin 1992 après deux refus d’engagement volontaire au sein des forces régulières.
C’est également l’époque des premiers raisonnement politiques et religieux : il rejoint l’association « Boulevard des potes » (proche du PS) et rencontre des militants du secours islamique près de la mosquée al-huda (à Bordeaux) en train de distribuer des rations alimentaires aux plus démunis. Dans ce groupe, un homme attire son attention, un certain Daoud, en fait il se nomme David, c’est un néo-converti, seulement 3 ans plus tard il sera impliqué dans les attentats islamiques de 1995. Après quelques échanges amicaux, les deux jeunes hommes se rendent compte qu’ils ont la même envie : partir en Bosnie pour se battre au sein de la toute jeune armée nationale bosniaque. Seulement aucun d’eux ne sait comment y parvenir, ils prendront quelques semaines plus tard deux chemins différents.
A cette époque Omar ne se considère pas du tout comme une personne religieuse. Il ne va pas à la mosquée, ne prie pas et ne participe pas aux fêtes religieuses. Néanmoins le conflit en Bosnie le touche, comme beaucoup de Français et d’Européens de cette époque. Il n’y voit pas un moyen de lutter contre le communisme, il veut juste « faire quelque chose » et « apporter un soutien humain » à ceux qui se battent en Bosnie ; il est certain qu’un esprit un peu aventurier n’est pas étranger à ces décisions. En 1992, un ami d’extrême gauche le présente à son père, un habitué des filières de volontaires dans différents conflits. Cette rencontre est le sésame qui permet enfin à Omar Djellil de partir pour la Bosnie. Pour quelques centaines de francs, on lui donne de faux papiers, ceux d’un certain « Franck X », il a rendez vous quelques jours plus tard à Split en Croatie dans un vieil hôtel du centre-ville. Omar ne considère pas du tout qu’il s’agisse d’un véritable « réseau » d’acheminement, il y voit davantage la réunion d’« amateurs s’entraidant pour y parvenir ».
A ce rendez-vous il rencontre quatre autres personnes, elles aussi sont désireuses de rejoindre l’armée bosniaque, deux sont de nationalité française sans origine arabo-musulmane. Le passeur les emmène rejoindre un autre groupe avec encore quelques Français à l’intérieur. Ils sont une quinzaine à passer la frontière en car. Dans la nuit qui suit le passage de la frontière le groupe arrive près de Mostar, ils sont pris en charge par un officier bosniaque parlant français, anglais et serbo-croate, celui-ci leur donne différentes affectations. Sans aucune connaissance du terrain, Omar est emmené avec un groupe de 4 nouveaux arrivants vers un groupe d’appui qui est en train de se former. Ce groupe sera une force de réserve et de soutien dans lequel les troupes fraiches prendront le temps de se former. La très grande majorité des volontaires ont une expérience militaire significative. Au bout d’environ un mois, un vieux général bosniaque les passe en revue. A l’issue, les nouvelles recrues sont envoyées en première ligne.
Il intègre très vite la 108e BIVB (Brigade Internationale de Volontaires Etrangers) constituée sur le modèle des Brigades internationales de la guerre d’Espagne; elle est composée quasiment intégralement de volontaires étrangers. On lui fournit l’équipement standard, un AK-47 avec 4 chargeurs et on le place directement sous les ordres d’un Français : « Gaston », ancien légionnaire, et il va au combat aux cotéx de deux autres volontaires français, Nicolas et François, au sein de son unité. Il fait également la rencontre d’un Jamaïcain, de plusieurs Britanniques et d’un Allemand. Pendant les quelques mois qu’il passe sur le terrain, il se bat presque exclusivement aux alentours de Mostar.
De 1992 à 1995, Mostar est le théâtre d’un affrontement à trois parties. Dès 1992, la ville est prise par l’armée populaire yougoslave (JNA) et les milices serbes de Bosnie. La ville est en partie reprise par les troupes du conseil de défense croate (HVO) et des forces armées croates (HOS) en juin 1992. Un modus vivendi semble s’installer entre les troupes croates et serbes, cette situation engendre diverses suppositions sur un accord secret de partage de la Bosnie entre la Croatie et la Serbie, ce qui amplifie encore le caractère de « ville martyre » de Mostar. En 1993 les nouvelles troupes de l’armée de la république de Bosnie et d’Herzégovine prennent le contrôle de la partie orientale de la ville. C’est à peu près à cette période-là qu’Omar Djellil arrive sur place.
Omar découvre l’extrême précarité dans laquelle se trouvent les troupes bosniaques : peu d’artillerie, aucun soutien aérien et un armement sommaire. Tous les jours les forces croates balaient la ligne de front d’une longue préparation d’artillerie avant de se lancer à l’assaut des positions avancées bosniaques. Omar se rappelle son casernement : un trou dans le sol assez grand pour contenir 4 ou 5 personnes avec une bache militaire pour éviter au vent de s’engouffrer dans le modeste abri : « La stratégie ? C’était simple : encaisser les coups, plier mais ne pas rompre, on n’avait pas les moyens d’en faire plus ».
Omar se souvient de la séparation de la ville par une ligne de front appelée « bulevar ». « Dans l’esprit on est proche des tranchées de la première guerre mondiale » se rappelle-t-il. Il participe à l’opération Neretva 93 en septembre 1993 du nom de cette rivière « couleur émeraude » qui l’a tant marqué. A l’issue de cette opération, les voies de communication autour de Mostar sont libérées. En mars et mai 1994 un accord est signé entre les Croates de Bosnie et le gouvernement de Bosnie-Herzégovine mettant fin aux affrontements dans la ville.
A peu près au même moment, plus de six mois après son arrivée, Omar Djellil ressent une certaine lassitude, la haine et la colère ont été ses moteurs pendant tout ce temps et il désire rentrer en France. Il passe à nouveau la frontière avec l’accord de ses supérieurs, pour arriver à Split ; de là il prend à nouveau un bateau jusqu’en Italie et rejoint la France en train.
Il admet qu’il lui a fallu plus d’un an pour se remettre de cette guerre. Il n’en a parlé à pratiquement personne durant 9 ans, il se sentait déphasé. Les semaines, les mois et les années s’écoulent et l’on oublie facilement cette guerre lointaine à la périphérie de l’Europe et pourtant dans le Nord le gang de Roubaix s’est constitué sur la base du retour de volontaires français en Bosnie. Dans le sud son ami David/Daoud s’est retrouvé impliqué dans les réseaux terroristes qui frappent la France dans les années 90.
Avec le recul Omar Djellil ne regrette rien, il n’a pas participé aux dérives de la brigade El Mudjahid et voit toujours ce conflit comme « une bonne guerre, on ne partait pas dans des délires d’égorgement ou pour poser des bombes en rentrant. Pas comme en Irak ou en Syrie où ils sont juste là pour faire les beaux et actualiser leurs statuts facebook ! ». Aujourd’hui Omar est devenu un personnage important dans sa communauté religieuse. Il prône un retour à la spiritualité, tout en se revendiquant nationaliste français. Un temps proche du Front national, il est aujourd’hui membre de l’UMP.
La France, comme les autres Etats européens, a cru pendant de longues années que les prémices du volontariat international musulman, constatés en Bosnie, n’étaient qu’un conglomérat d’actes individuels sans référence sociétale. Aujourd’hui encore devant la situation en Irak et en Syrie, avec plus d’un millier de ressortissants français engagés volontairement dans ces conflits, les pouvoirs publics refusent d’y voir un mouvement de fond. Pourtant les réseaux d’aujourd’hui sont héritiers de ceux de Bosnie et mieux les comprendre serait un bon point de départ pour envisager le problème actuel dans son ensemble.

 

Pascal Madonna, diplômé du Master II Histoire militaire et doctorant en Histoire au CHERPA

L’ARMEE FRANCAISE ET LES MUTATIONS DU COMBAT TERRESTRE DANS LA GUERRE DU RIF 1925-1926

11 jan

Si, en histoire militaire, la guerre du Rif est souvent étudiée sous l’angle des opérations aériennes, puisqu’elle représente un tournant dans le développement d’une jeune arme qui tend peu à peu à s’affirmer, elle est aussi l’occasion d’expérimentations dans le champ plus classique de la guerre terrestre. Dans un espace peuplé de « paysans-guerriers au sentiment identitaire très fort »[1], difficile d’accès aux forces extérieures, les forces françaises affrontent un climat rude, dans un environnement peu familier de moyennes et hautes montagnes. À partir de juillet 1921 le charismatique Abd el-Krim tente de constituer dans sa zone un État autonome, l’intervention des troupes espagnoles, qui n’hésitent pas à recourir aux gaz, se montrant incapable de mater la rébellion. Administrateur du Maroc, Lyautey réclame des renforts dès janvier 1924. Le 22 août 1925, malgré son absence d’expérience coloniale, Pétain lui-même doit s’impliquer pour contrer les ambitions du chef rifain, habile meneur d’hommes, dont les talents tactiques acquis sur le terrain mettent en difficulté les brevetés de l’École supérieure de guerre. Comme le constate immédiatement après la fin officielle des hostilités un officier d’infanterie y ayant participé, « les combats qui viennent de se dérouler sur l’Ouergha ont nécessité l’intervention de 150 000 hommes[2] de troupe, d’une vingtaine d’escadrilles, d’une artillerie importante, d’unités de chars de combat, de services de toute nature. Les opérations menées contre les Rifains n’affectent donc plus les caractères d’une petite expédition lointaine. Il s’agit d’une véritable guerre[3]. » Sous le regard intéressé des observateurs internationaux, en particulier allemands, une mobilisation conjointe, d’un type inédit, de compétences et d’armements récents[4] est nécessaire pour réduire un adversaire d’une ténacité hors du commun.

 

Des effectifs importants doivent être mobilisés, et donc distraits d’autres théâtres – de la Rhénanie occupée par exemple, suscitant des doutes quant à la sécurité nationale. L’emploi d’armes dont sont dépourvus les Rifains, tel l’avion, mais aussi le char, permet de faire pencher la balance en faveur des Français. L’entraînement de leurs fantassins n’est en effet guère axé sur les méthodes de contre-insurrection. Soldats et officiers sont formés et équipés en fonction essentiellement de leurs homologues germaniques. L’institution militaire ne développe pas, à proprement parler, de matériels nouveaux mais s’efforce d’adapter l’existant aux exigences locales d’une guérilla qui évolue dans un espace aride, hostile. Les tranchées sont remplacées par une pierraille qui use prématurément les chenilles, les pneumatiques et épuisent les fantassins soumis à des embuscades imprévisibles d’ « un ennemi brave, dont l’invisibilité est la principale caractéristique et qui, la plupart du temps, se montre insaisissable « comme la poussière qui vole[5]. » La nature particulière du terrain, qui semble aux troupes métropolitaines aussi étrange que la surface de la planète Mars, est fréquemment relevée. « Aucune carte militaire exacte n’existe encore pour cette région »[6], relève Gemeau en 1927.

 

La puissance d’écrasement et de franchissement des chars débarqués en hâte sur le sol du Maghreb est conçue avant tout pour la guerre de tranchées. Ces appareils sont peu aptes à la lutte contre des partisans dans un conflit de haute intensité dépassant les tâches traditionnelles de police coloniale auxquelles les emploient aussi les Britanniques, fonctionnant surtout par la crainte inspirée aux populations locales.  Il s’agit de combattre en terrain montagneux, spécialité militaire quelque peu à part, l’utilisation des matériels modernes dans ce type d’environnement ayant fait l’objet de réflexions préalables[7] en Europe, mais de peu d’expérimentations concluantes[8]. Les forces terrestres s’engagent avant tout dans un processus de recyclage créatif du robuste FT, qui est le seul modèle transportable par voie maritime. L’engin conçu par Renault reçoit des améliorations, en particulier des chenilles Kégresse. Le conflit au Maroc donne une impulsion décisive au système de bandes de caoutchouc moulé, creusées de sculptures reproduisant la forme des patins, comme cela se pratique sur les pneumatiques. Le système présente l’avantage d’être adaptable aux châssis existant. Les FT à train de roulement Kégresse-Histin à chenilles caoutchoutées version 1923 sont pourtant peu performants dans le Rif. Seuls treize exemplaires prennent part aux opérations[9]. Rapidement déchiquetées par les aspérités coupantes des affleurements rocheux des pistes, les bandes souples tendant à handicaper des machines par ailleurs solides[10], sans leur procurer le surcroît de mobilité escompté. Leur emploi est d’abord considéré comme expérimental, comme l’indique un passage d’un article anonyme dans la Revue militaire française[11]. Le « bruit médiatique » autour de cette invention capable de progresser de manière relativement silencieuse dépasse certainement son efficacité réelle. Le « nouveau char avec chenilles souples »[12] français fait l’objet d’un article très documenté de Fritz Heigl dans Militär-Wochenblatt. L’attentif expert autrichien souligne que l’engin novateur « a été débarqué au Maroc, et que ses dernières occasions d’emploi montrent que celui-ci existe en plus grand nombre, et que les exemplaires sont vraisemblablement destinés à se multiplier. » Cette assertion ne correspond en rien à la situation réelle de l’arsenal national. « Les Français étant temporairement incapables, pour des raisons financières, d’envisager l’introduction d’un modèle nouvellement construit (…), ils ont réussi à moderniser, en masse considérable, leurs anciens chars légers datant de l’année 1917[13]. » Les efforts de mise en valeur du Rif n’ont guère porté sur les infrastructures, nul ne songeait à y faire rouler des chars, des automitrailleuses, ou à y poser des avions.

 

La rébellion d’Abd el-Krim offre surtout l’occasion aux Français de déroger à la stricte subordination des chars à l’infanterie prescrite par la doctrine. Les contingences matérielles en terrain colonial obligent certains à s’enhardir et à briser temporairement l’association organique entre fantassins et blindés[14]. « Depuis la guerre, les engins blindés n’ont été effectivement employés qu’aux colonies. Au Maroc, dans la campagne 1925-1926, ils se sont aussi bien comportés dans l’offensive que dans la défensive » affirme de manière un peu présomptueuse le sérieux Journal des Débats. Ce quotidien synthétise plus adéquatement : « Sans doute, l’emploi qui en a été fait n’a pas toujours été parfaitement orthodoxe et conforme aux indications réglementaires : rien d’étonnant, puisque celles-ci ont été établies à la suite des expériences d’une guerre européenne[15]. » Ce ne sont pas seulement les chars, mais les véhicules motorisés qui permettent de prendre l’avantage en déplaçant les troupes avec rapidité pour autant que le permet le réseau routier. L’adversaire étant privé des moyens automobiles symétriques, l’armée française ne dédaigne pas d’utiliser comme lui les traditionnels mulets. In medias res, un journaliste constate que « nous sommes aujourd’hui en présence d’un adversaire tel que nous n’en avons encore jamais rencontré au cours des campagnes coloniales. C’est d’une vraie guerre moderne, mettant en action toutes les armes scientifiques, qu’il s’agit désormais[16]. »

 

Les travaux universitaires contemporains évaluent néanmoins que, parmi les plus de 50 000 combattants placés sous les ordres d’Abd el-Krim, seuls 30 000 au maximum sont équipés de fusils modernes. En dépit de leur maintenance parfois difficile, les armements motorisés jouent un rôle de premier plan dans les hostilités asymétriques du Rif. Plus étonnant, la rigidité, la fidélité aux enseignements de la Grande Guerre inscrite dans les textes se prêtent à des aménagements dans une situation d’urgence. L’intervention française au Maroc du 13 avril 1925 au 27 mai 1926 dynamise à la fois l’innovation et la réflexion, sans toutefois conférer un élan durable à la pensée et la pratique militaires nationale. Si les aspects aéronautiques sont les plus remarquables, grâce notamment à l’action efficace du futur colonel Paul Armengaud, la partie se déroule aussi au sol, présentant un début d’adaptation des formes traditionnelles de la guerre terrestre, sinon une vague de modernisation. La guerre du Rif joue un rôle de laboratoire, comme ultérieurement la guerre d’Espagne. Les anciens combattants de 1914-1918 – comme leur matériel – se retrempent dans la guerre, de nouveaux officiers se forment et couchent sur le papier leurs expériences. Cependant, les conséquences pratiques de cet intense effort militaire, puis du travail de théorisation qui s’ensuit, restent limitées. Les forces françaises, soumises à des contraintes tant budgétaires que sociales – les  « classes creuses » dues à l’hémorragie de la Grande Guerre se profilent – et politiques, demeurant globalement engoncées dans leur carcan d’après-Armistice. Si les formes prises par les opérations coloniales connaissent une certaine évolution à partir du début de la décennie 1930, aucun char conçu exclusivement pour elles ne se concrétise jamais en France, malgré une succession de projets. L’espace des colonies et des protectorats représente pour la métropole à la fois un champ d’expérimentations militaires en terrain peu connu, mais aussi l’occasion de dévoiler d’éventuelles faiblesses à la fois aux rebelles autochtones et au vigilant adversaire allemand.

Candice Menat, doctorante au CHERPA sous la direction du lieutenant-colonel Rémy Porte

[1]. COURCELLE-LABROUSSE Vincent, MARMIÉ Nicolas, La Guerre du Rif, Paris, Tallandier, 2008, 364 p., p.17.

[2]. Les chiffres varient selon les modalités du décompte des personnels. Les travaux universitaires actuels évoquent plutôt 100 ou 120 000 hommes environ.

[3] GOUBERNARD René, chef de bataillon, « Les chars de combat au Maroc en 1925 » 1/3, Revue d’infanterie mai 1926 n°404, p.619 à 649, p.619.

[4]. ANONYME, « Neues über Kampfwagen », Militär Wochenblatt n°22 11 décembre 1925, p.776 à 778, p.776 expose par exemple les étapes du redéploiement du 517e régiment de chars, de l’armée du Rhin au Maroc en passant par la France.

[5]. GOUBERNARD René, op. cit., p.620.

[6] GEMEAU André, lieutenant-colonel, « L’emploi des feux dans la guerre du Rif », Revue militaire française, janvier 1927, p.112 à 117., p.112.

[7]. ABADIE Maurice, lieutenant-colonel, Étude sur les opérations de guerre en montagne, Paris, Lavauzelle, 1924, 362 p., p.120. « En ce qui concerne l’emploi des chars en montagne, aucune expérience n’a été faite jusqu’à ce jour. Par suite de circonstances diverses, les chars n’ont été utilisés ni à l’armée d’Orient ni sur le front austro-italien. Les conditions dans lesquelles de petites unités de chars ont été employées au Maroc et au Levant sont encore insuffisamment précisées et aucune conclusion utile ne peut être fournie par ces modestes essais ».

[8]. On capitalise sur les expériences de la Grande Guerre, selon le mécanisme habituel à l’armée française. Deux ans après l’Armistice paraît DARDE commandant, Étude sur la guerre de montagne d’après les enseignements de la campagne d’Orient. Sous la direction du général de Lobit et du colonel Dosse, 1920, 134 p. Devenu général, Dosse s’illustrera ensuite dans le Rif.

[9]. VAUVILLIER François, Histoire de Guerre, Blindés & Matériel n°100 avril-mai 2012, p.29.

[10]. Ce n’est pas avant 1928 que les chenilles métallo-caoutchoutées obtiennent des performances plus satisfaisantes.

[11]. ANONYME, « Les chars de combat au Maroc en 1925 », Revue militaire française décembre 1925, p.398 à 416, p.407. Cet article est longuement commenté, et partiellement traduit, dans ANONYME, « Kampfwagen in Marocco », Militär-Wochenblatt n°28 25 janvier 1926, p.997 à 998.

[12]. HEIGL Fritz, « Frankreich : Le nouveau char « avec chenilles souples » », Militär-Wochenblatt n°22 11 décembre 1925, p.779 à 780.

[13]. Ibid., p.780.

[14]. Le Britannique COSTIN-NIAN Charles Barry, commandant, « Rough on Riffs : Tanks in Hill Warfare in Morocco – 1925 », The Royal Tank Corps Journal n°97 mai 1927, p.10 à 12, p.12 relève cette entorse au règlement, ainsi que la pratique consistant à faire démarrer les chars une demi-heure avant l’infanterie, afin de leur conférer une certaine avance compensant leur lenteur. Les aspérités du terrain, quand elles ne les entravent pas totalement, ne permettent pas aux FT d’atteindre leur vitesse maximale. Les véhicules chenillés sont aussi utilisés pour tracter de l’artillerie.

[15]. BOURGET Jean-Marie, « Les chars de combat », Journal des Débats, 11 décembre 1926, p.3.

[16]. MONJOU Guy de, « La guerre du Rif  », Revue de Paris, 1er août 1925, p.574 à 601, p.577.

 

LA BUNDESWEHR, UN OUTIL MILITAIRE EN QUÊTE D’UNE VOLONTÉ POLITIQUE

17 déc

« L’armée allemande, trop délabrée pour combattre? ». ce titre d’article tiré de L’express du 30 septembre, résume assez bien l’ensemble des comptes-rendus ayant été publiés en automne dernier dans la presse sur l’armée fédérale. A l’heure où les budgets des armées européennes ne cessent de diminuer, réduisant leurs capacités de projection, il n’est guère étonnant que l’on prête désormais autant d’attention à l’état des forces armées de nos alliés, espérant vainement par ce moyen compenser les budgets nationaux de défense s’étiolant, ne serait-ce qu’afin de remplir tant bien que mal les engagements pris dans le cadre de la PESC, de la PSDC et de l’OTAN.

Reprenant les thèses défendues dans l’ouvrage, La Bundeswehr. De la pertinence des réformes à l’aune des opérations extérieures[i] paru en 2014, cet article présente une analyse concise de la situation de la Bundeswehr en traitant des interventions de celle-ci de ces quinze dernières années, ainsi que des nombreuses réformes qu’elle a connues depuis les gouvernements Schröder. Un certain nombre de critiques faciles peuvent à première vue être adressées à cette armée fédérale quand on aborde la question de son fonctionnement sur les théâtres d’opération. Outre l’application de règlements absurdes (à titre d’exemple, au début de l’intervention en Afghanistan, la Bundeswehr ne pouvait riposter à une attaque ennemie sans tirs de sommation de sa part, devant indiquer ainsi à ses assaillants son intention de répliquer), certaines décisions des gouvernements allemands laissent à désirer en termes de logique stratégique et tactique[ii]. Au-delà de ces faits peu glorieux, plusieurs traits caractéristiques mais aussi aptitudes peuvent être notés, constituant deux ensembles d’explications permettant une étude précise des réformes et des opérations extérieures de la Bundeswehr, outil militaire d’un système parlementaire à l’opposé de la V ͤ  République.

En effet, la décision allemande de prendre part à l’intervention en Afghanistan ainsi que la manière dont celle-ci fut menée pendant plus de dix ans, révèle de la part de Berlin des politiques et décisions plus dictées par des rôles que l’Allemagne s’attribuerait, que par des choix rationnels se référant à une analyse stratégique objective. Plusieurs entretiens menées ainsi que des articles du journal Der Spiegel mettent en lumière le rôle moteur joué par l’Allemagne lors du déclenchement de l’intervention en Afghanistan, celle-ci agissant avant tout dans l’objectif de se conformer à l’image qu’elle souhaitait donner d’elle, à savoir d’une part celle d’un alliée des Etats-Unis, remboursant la dette symbolique qu’elle leur devait pour leur protection durant la Guerre froide, et d’autre part, celle d’un état intégrant désormais le cercle restreint des pays les plus puissants, et demandant un traitement semblable aux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette même image de puissance mondiale égale à la France ou au Royaume-Uni, autrement dit capable d’accomplir autant de missions à l’étranger que ces derniers, se retrouve également dans les premières réformes de la Bundeswehr des années 2000. De la même manière, l’incapacité de Berlin à faire évoluer l’engagement de la Bundeswehr en Afghanistan jusqu’en 2009 s’explique par son fort attachement au rôle qu’il souhaitait endosser, à savoir celui d’un pays, expert dans la reconstruction avant tout économique et civile d’une société d’un Etat défaillant.

 

Nombre d’incidents ou de critiques adressées par les alliées de l’Allemagne trouvent quant à eux leur origine dans les traditions et cultures organisationnelles des administrations civiles et militaires allemandes. Il en va ainsi de l’application stricte de règles d’engagement (caveats) souvent décriées, observées tant lors des opérations en Afghanistan qu’au large des côtes somaliennes dans le cadre de la mission Eunavfor Atalanta. La prise du cargo allemand Hansa Stavanger en 2009 par des pirates peut servir ici d’exemple. En effet, bien qu’un navire militaire allemand se trouvait à proximité lors de la prise d’otage, il fut dans l’incapacité de porter secours aux otages, seul le GSG 9 (équivalent allemand du GIGN) étant autorisé par la loi allemande à intervenir lors de telles circonstances. Ce frein à la réactivité et à l’innovation peut également être mis en exergue lorsque l’on analyse la manière dont la doctrine de contre-insurrection fut adoptée par l’armée allemande, en particulier par l’état-major à Potsdam (cette doctrine étant considérée comme temporaire et à ne pas retenir à l’avenir pour toute autre intervention militaire de la Bundeswehr), ou encore lorsque l’on compare l’évolution des spécificités et commandes françaises et allemandes d’hélicoptère Tigre.

 

En ce qui concerne l’intervention en Afghanistan, outre l’impact des postures[i] prises par les gouvernements allemands, les disfonctionnements d’ordre administratif qui sont relatés, mettent en exergue les conséquences des rivalités bureaucratiques entre ministères et services, ce qu’illustre le fonctionnement des PRT (Provincial Reconstruction Team). Pour autant l’étude des opérations conduites par les militaires allemands met en évidence des soldats bien éloignés des visions caricaturales d’armée de parade ou encore de « croix rouge renforcée ». En effet, malgré les réticences de l’état-major à adopter une véritable politique de contre-insurrection, certaines des missions réalisées en Afghanistan[ii] montrent des individus parfaitement capables de mener des opérations difficiles de traque et de contre-guérilla plusieurs jours durant loin de leurs bases et dans des conditions de vie difficile. Plusieurs errements stratégiques sont malheureusement manifestes, que cela soit en Afghanistan, lors de l’opération en République Démocratique du Congo en 2006[iii], ou encore au cours de l’opération Eunavfor Atalanta (polémique sur l’extension au rivage de l’opération et sur la limite exigée par les parlementaires de deux kilomètres, au-delà desquels aucune action ne serait autorisée pour les troupes allemandes). Ces différentes missions montrent également le développement des entreprises allemandes de sécurité privée et le recours fréquent à des prestataires privés par la Bundeswehr, et ce parfois de manière inconséquente[iv].

 

Parallèlement aux opérations extérieures menées, diverses réformes furent entreprises par les gouvernements allemands depuis Gerhard Schröder. Or dans la conduite de celles-ci, on ne peut que noter à nouveau l’impact du rôle souhaité par Berlin au début des années 2000, id. est de puissance égale aux « cinq grands » du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette perception de son nouveau rôle et rang poussa l’Allemagne à adopter des principes directeurs pour sa politique de défense en 2003 allant bien au-delà de ses capacités. Ces derniers prévoyaient notamment de doter l’Allemagne d’une force de projection permanente de 14 000 hommes. Cependant au cours de la décennie écoulée, Berlin ne fut capable de déployer que quelques mois durant un total de 10 000 militaires, la moyenne haute s’établissant plus entre 7 000 à 8 000 soldats. Le rythme des réformes s’accélérant au cours du deuxième mandat d’Angela Merkel, le service militaire fut définitivement suspendu et la carte militaire modifiée. Les effectifs diminuèrent ainsi que les commandes d’équipements militaires, faisant craindre durant le ministère de Karl-Theodor zu Guttenberg des réformes de nature seulement financière, avant que son successeur ne donne à nouveau une orientation stratégique à ces bouleversements. L’analyse effectuée ici des commandes[v] permet de souligner l’absence d’adéquation entre celles-ci et les réductions des effectifs planifiées depuis plus de vingt ans, ainsi que la manque de réactivité des responsables tant militaires que civils. Par ailleurs, il est frappant de constater l’absence d’évolution de la version allemande du Tigre, a contrario de son homologue français, le modèle allemand demeurant conçu avant tout pour la lutte anti-char, ainsi que les plans datant de la fin des années 1980 le prévoyaient.

 

La décision allemande lors de la crise libyenne et la stupéfaction qu’elle engendra sont plus qu’intéressant à souligner ici, car contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce faux-pas de la diplomatie allemande, loin d’être une première, ressemble fortement à la décision unilatérale allemande de 1991, reconnaissant l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie, décision ayant jeté pour quelques mois l’opprobre sur Berlin. Afin de faire oublier cet écart, le gouvernement du chancelier Helmut Kohl contribua par la suite fortement aux premières missions en Bosnie-herzégovine[vi]. Le déploiement de batterie de missiles Patriot par l’Allemagne en Turquie en 2012 peut ainsi être interprété tel un acte de contrition de la part du gouvernement de la chancelière Angela Merkel envers ses alliés. Il démontre de manière d’autant plus frappante que les errements stratégiques et tactiques de l’Allemagne[vii] trouvent leur origine dans le comportement de sa classe politique. Outre une sensibilité exacerbée de sa part vis-à-vis de la politique intérieure[viii] lors de prise de décisions relevant des domaines des Affaires étrangères et de la défense, une déformation de l’esprit de la loi de 2005 encadrant les opérations extérieures par certains députés voire groupes politiques au Bundestag est plus qu’observable. La faible expérience des parlementaires de la précédente législature sur les questions de défense et de relations internationales[ix] est sans doute une des raisons à l’origine de cette défaillance manifeste de la classe politique allemande.

 

Néanmoins, l’absence de vrais débats publics de fond sur les questions stratégiques en matière de défense et de relations internationales semble être l’élément le plus préjudiciable pour Berlin et la Bundeswehr. Il s’agit là presque d’un paradoxe pour un système politique accordant tant de pouvoir en politique étrangère à son parlement. On ne peut en effet que constater la non participation des parlementaires lors des rédactions des documents stratégiques. Ainsi, à l’inverse de la commission pour le livre blanc français de 2013, nul député allemand ne prit part aux réflexions ayant précédé la publication des principes directeurs de la politique de défense allemande de 2011. Ceci favorise les polémiques ubuesques[x], mais aussi contribue à maintenir un décalage entre les discours volontaristes des ministres allemands de la défense (tels ceux de Monsieur Thomas de Maizière lors de la conférence sur la sécurité de Munich, ou encore ceux de l’actuelle ministre de la Défense Madame Ursula von der Leyen sur l’engagement allemand en Afrique) et les décisions finales prises par le gouvernement fédéral, lorsqu’il s’agit de mettre en application ces discours et donc de défendre la politique choisie devant le Bundestag. Or le risque à moyen terme de ce décalage est de renforcer l’exaspération et l’incompréhension des alliées occidentaux de Berlin.

 

Borzillo Laurent
Doctorant en cotutelle entre l’Université de Montpellier I et l’Université de Montréal, diplômé du Master II Histoire militaire en 2012.

[i] Ouvrage issu d’un mémoire de recherche réalisé dans le cadre du master d’histoire militaire de l’IEP d’Aix-en-Provence, lauréat du prix Ihedn 2013 (mention Traité de l’Elysée) et du prix en histoire militaire de l’Irsem 2013.

[ii] Cf. Décision allemande lors de la crise libyenne en 2011.

[i] Cf. Rôles.

[ii] Cf. Opération Jadid.

[iii] Maintien d’un calendrier de retrait des troupes en décalage avec les dates des élections, élections dont ces mêmes troupes avaient pour mission d’assurer le bon déroulement.

[iv] Cf. Opération Eufor RDC, théâtre afghan.

[v] En hélicoptères ou encore en A400M.

[vi] Cf. Ifor, Sfor.

[vii] Voir supra.

[viii] Elections des gouvernements des Länder.

[ix] Surtout au sein des libéraux et des verts.

[x] A l’instar de celle ayant touché l’ancien président allemand Horst Köhler en 2010 et l’ayant partiellement contraint à la démission.

La Bundeswehr. De la pertinence des réformes à l’aune des opérations extérieures

Borzillo Laurent

Editions L’Harmattan, 2014, 232 pages

 

9782343021928r

LES RECHERCHES SUR L’INTERVENTION EN AFGHANISTAN PRIMEES

17 déc

Prix

De gauche à droite : Julie le Gac, Per Endling, Arnaud Guinier, le secrétaire d’Etat Jean-Marc Todeschini, Professeur Maurice Vaïsse, Laurent Borzillo, Christophe Lafaye et Mathieu Gotteland.

Le 26 novembre dernier, le secrétaire d’Etat auprès du Ministère de la Défense, chargé des anciens combattants et de la mémoire, Jean-Marc Todeschini, a remis les prix d’histoire militaire 2012, 2013 et 2014 aux lauréats de ces trois années consécutives, suite à un discours de présentation des recherches primées par le Professeur Maurice Vaïsse, président du conseil pour la recherche historique du Ministère de la Défense.

Lauréats 2014 : Christophe Lafaye et Mathieu Gotteland.
Lauréats 2013 : Arnaud Guinier et Laurent Borzillo.
Lauréats 2012 : Julie le Gac et Per Endling.

A cette occasion, deux travaux de recherches issus d’étudiants rattachés à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence ont été primés :

• Prix de la meilleure thèse en histoire militaire en 2014, le travail du lieutenant de réserve Christophe Lafaye portant sur le génie en Afghanistan. Docteur en histoire de l’université d’Aix-Marseille, Christophe Lafaye est chercheur associé au laboratoire du Cherpa de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, rédacteur au bureau de recherche du CDEF (Centre de Doctrine d’Emploi des Forces) et également lieutenant de réserve du 19e régiment du génie de Besançon. Intitulé Le génie en Afghanistan. Adaptation d’une arme en situation de contre-insurrection (2001-2012). Hommes, matériels, emploi, et rédigé sous la direction du lieutenant-colonel Remy Porte, ce travail traite rigoureusement et exhaustivement de l’engagement de l’armée française en Afghanistan, à travers une analyse centrée sur l’arme du génie. Une prochaine publication en 2015 aux éditions du CNRS (DMPA) est d’ores et déjà prévue.

• Meilleur mémoire de master de recherche en histoire militaire en 2013, le travail de Laurent Borzillo portant sur les réformes et les opérations extérieures de la Bundeswehr des vingt dernières années. Diplômé de l’IEP d’Aix-en-Provence et du master II en histoire militaire dirigé par le Professeur Jean-Charles Jauffret, Laurent Borzillo poursuit des études de doctorat en cotutelle entre les universités de Montpellier I (Cepel) et de Montréal (Cepsi) sur la défense européenne. Intitulé La Bundeswehr, de la pertinence des réformes à l’aune des opérations extérieurs de la dernière décennie, ce mémoire analyse en détail les causes et le déroulement de l’intervention allemande en Afghanistan, tout en replaçant celle-ci dans le cadre des tentatives des gouvernements allemands de doter l’Allemagne d’un nouveau rôle sur la scène internationale, égal à son poids économique. Primé également par l’Ihedn en 2013, ce travail de recherche est désormais disponible en libraire, ayant été publié cette année aux éditions L’Harmattan.

LES AFFREUX : MERCENAIRES FRANCAIS DE 1960 à 1989

11 déc

Etudes géostrategiques est heureux de reprendre ici le compte-rendu de lecture de l’excellent guerres-et-conflits.over-blog.com consacré au dernier ouvrage de Walter Bruyère-Ostells :

« Une étude académique et scientifique du phénomène du mercenariat français entre la guerre d’Algérie et la chute du mur de Berlin, le pari de Walter Bruyères-Ostells était osé, et il est réussi.
A travers cette étude particulièrement documentée de « La main gauche de la France en Afrique » (titre de la deuxième partie), l’auteur nous entraîne du Congo belge à l’Afrique australe et aux Comores. On apprécie surtout que Walter Bruyères-Ostells prenne du recul par rapport aux événements plus ou moins sensationnels et à discours moralisateur habituel. Sur la base d’un vaste ensemble archivistique (dont les papiers personnels de Bob Denard), de documents officiels, de publications, d’articles de presse et d’entretiens, il nous livre une étude absolument essentielle pour quiconque s’intéresse au sujet. Passant intelligemment de la description des événements à l’étude des hommes, du cadre géopolitique aux manoeuvres quasi-maffieuses, de l’analyse de l’environnement à celle des réseaux, des causes et des conséquences, de Rhodésie du Sud au Gabon, d’Angola au Tchad, il nous fait traverser le continent africain dans toutes ses diagonales, sans oublier les liaisons anciennes (amitiés issues de l’Algérie française), les différences et tensions internes dans ces groupes hétérogènes, ni les instrumentalisations ultérieures des très respectables gouvernements de la Ve République dans le contexte général de la guerre froide. Il souligne également l’évolution « sémantique », qui glisse progressivement vers la notion de « volontaire armé », sans doute plus propre et présentable. Ce thème, d’ailleurs, ne pourrait-il pas faire l’objet d’un tome 2, qui traiterait des situations libanaises, balkaniques et autres ?
En tout cas, on en redemande. Un livre précis, soigné, complet ».
Nouveau Monde éditions, 2014, 480 pages, 22 euros.

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ET SI LA CRISE UKRAINIENNE APPELAIT A UN RENFORCEMENT DE L’EUROPE DE LA DÉFENSE ?

27 nov

La crise ukrainienne apparaît comme le symptôme, pour l’Europe de la Défense, de son absence de crédibilité. Si, dès le début de la crise, une ligne Paris-Berlin-Varsovie a su déployer, dans le cadre du Triangle de Weimar, une initiative diplomatique cohérente et soutenue par l’ensemble de l’Union européenne, la réponse militaire en réaction aux tensions russes demeure celle de l’OTAN. Dès la fin du mois de février, c’est l’OTAN qui se réunit et augmente son niveau d’alerte et ce sont les moyens de l’OTAN qui sont déployés progressivement à partir du mois de mars, des bords de la Mer noire aux rivages des pays baltes. Cela alors même que cette crise se déroule à la frontière immédiate de l’Union et qu’elle concerne un Etat candidat à la rejoindre et engagé dans un programme de coopération régionale, le Partenariat oriental, qui peut même apparaître comme le plus abouti des programmes développés dans le cadre de la politique européenne de voisinage. De même, aux prémices des crises ukrainienne et géorgienne se trouvent, partagée avec la demande d’adhésion à l’Union européenne, une candidature à l’OTAN : en 2008, lors du sommet de Bucarest, l’Ukraine et la Géorgie figuraient parmi les 5 pays candidatant au MAP; avant toutefois que leur candidature, tout comme celle de la Macédoine, ne soit ajournée sur demande de la France et de l’Allemagne, soucieuses de ne pas fâcher Moscou. Pourquoi, dès lors, lier l’adhésion à l’Union européenne avec celle à l’Alliance atlantique ? Quelle attractivité peut susciter l’OTAN sur les pays de la sphère d’influence russe alors même qu’une composante militaire complète et opérationnelle existe au sein même de l’Union européenne ?
Certes, l’implication des Etats-Unis dans l’Alliance atlantique continue de rassurer les Etats d’Europe orientale, inquiets, à juste titre, des ambitions de la Russie. Mais cet argument est aussi celui de la faillite de l’Europe de la Défense : pourquoi les instruments européens de défense ne permettraient-ils pas d’assurer la sécurité de ces Etats ? Pourquoi l’assurance américaine est-elle également recherchée ?
Il est vrai toutefois que l’Europe de la Défense, malgré un intérêt renouvelé affiché par les Etats-membres depuis plus d’une quinzaine d’années, peinent à s’imposer dans la sécurité européenne face à l’OTAN. Si les accords de « Berlin + » en 2002 ont permis de convenir d’un modus vivendi, avec une Alliance atlantique disposant d’un droit de premier refus, le refus d’une « duplication » des moyens dans un contexte budgétaire restreint et qui ne semble pas prêt à croître, appelle aujourd’hui à faire un choix, alors même que l’Europe cherche à se doter, de manière institutionnelle notamment, d’une politique extérieure commune qui, pour être ambitieuse, nécessite de reposer sur une véritable autonomie stratégique que seule peut fournir l’Europe de la Défense. Développer des capacités militaires autonomes lui permettant de se passer de l’OTAN constitue même le maître mot qui présida à l’initiative européenne d’une défense commune. En 1992, l’Eurocorps est constitué. En 1998, au sommet de Saint-Malo, la France et le Royaume-Uni, les deux principales puissances militaires européennes, créent la PESD, fondée sur une « capacité autonome d’action » et des « forces militaires crédibles ». En 1999, à Helsinki, tirant les leçons de son incapacité dans les Balkans, l’Union européenne se fixe l’objectif d’une capacité d’intervention de 60 000 hommes, déployables pour un an sur un théâtre éloigné (Headline goal). En 2001, à Nice, l’Union se dote d’un comité politique et de sécurité (COPS) et d’un comité militaire. En 2010, un Headline Goal prévoit la création de groupements tactiques interarmes rapidement déployables et il en existe près d’une vingtaine aujourd’hui, souvent même issus d’initiatives multilatérales (germano-néerlandais ou GTIA de Visegrad). Au niveau militaire, il est indéniable que l’Union européenne dispose des moyens nécessaires puisque parmi ses Etats-membres figurent des puissances militaires de premier plan (France, Royaume-Uni, Allemagne) et de nombreux membres de l’OTAN (21 des 29 membres de l’OTAN appartiennent également à l’UE).
Si l’argument est celui de l’exigence d’une industrie d’armement dynamique nécessaire au développement de capacités militaires européennes autonomes, là aussi le bât blesse : de fait, la base industrielle et technologique de défense (BITD) européenne présente de solides atouts avec des groupes nationaux (Dassault, Saab, Thyssen Krupp) et transnationaux (BAE Systems, EADS, Thalès) de premier plan. Mais, globalement, l’industrie européenne reste dispersée entre groupes concurrents sur des créneaux identiques. Cette dispersion des efforts européens constitue une faiblesse face à la concurrence étrangère, malgré les tentatives d’harmonisation recherchées (création de l’OCCAR en 1996, directive MPDS en 2009, création de l’ADE en 2004).
Enfin, l’Union européenne doit surmonter un « mur budgétaire » : ses budgets de défense ne lui permettent pas de développer un outil militaire à la hauteur de ses ambitions. En baisse depuis la fin de la guerre froide, les dépenses militaires subissent également le nouveau cadre budgétaire imposé par la crise économique, à l’exception de quelques pays, et sont, de plus, davantage orienté vers les dépenses de fonctionnement que vers des dépenses d’investissements. Par ailleurs, la fragmentation des marchés nationaux de la défense pèse aussi lourdement sur les capacités européennes : coûteuse pour les Etats qui achètent alors chers leurs équipements, cette fragmentation empêche la rationalisation du secteur. Cela d’autant plus que l’article 296 du Traité de Rome, transposé en article 346 du TFUE, permet aux Etats de déroger aux règles du marché commun pour les achats d’armements, à condition qu’ils affectent la sécurité nationale et entrent dans une liste de domaines non révisée depuis 1958.
Surtout, l’Europe de la défense manque d’une doctrine et de projets concrets de coopération. Sollicitée régulièrement par certains Etats-membres qui tentent de partager un effort budgétaire en imposant un cadre européen (intervention française au Mali en 2013 et création d’EUTM/ pareil en 2014 en RCA) dans lequel agissent des opérations nationales, l’Europe de la Défense manque avant tout d’un cadre d’action. Certains ont raison lorsqu’ils affirment que « si la défense européenne est aujourd’hui en souffrance, cette situation n’est plus guère imputable à l’obstruction des Etats-Unis ou de leurs plus proches alliés mais bien à l’apathie européenne en matière militaire en général et à l’opposition britannique en matière de défense européenne en particulier ». Sur fond de faiblesses capacitaires marquées, la comparaison avec l’OTAN est intéressante à plus d’un point : l’OTAN, depuis la guerre froide, a su se réinventer dans un cadre politique et doctrinaire marquée. En 1999, le « concept stratégique » de l’OTAN adopté en 2002 au sommet de Reykjavik, a apporté une réponse dans la globalisation géographique et fonctionnelle d’une Alliance qui s’interrogeait sur sa pertinence après la guerre froide. L’émergence de nouvelles menaces et la guerre en Afghanistan, qui tranche avec les opérations de maintien de la paix de Bosnie et du Kosovo, ont élargi le spectre stratégique d’une Alliance qui s’adapte une nouvelle fois. Certes, la présence des Etats-Unis est un argument qui rassure et/ou permet de faire poids, mais il est aussi un aveu de faiblesse de la part des pays européens.
A l’heure où les tensions se font à nouveau plus vives avec la Russie, sorti du champ diplomatique, l’OTAN semble être, pour les Etats européens, un bouclier bien plus protecteur que celui de l’Europe, alors même qu’ils y sont aussi proactifs et aussi décideurs. Mais ils partagent cette responsabilité avec d’autres alors qu’ils en sont les seuls décideurs dans le cadre européen. Pour la crédibilité de l’Union européenne autant que pour son image, la crise ukrainienne appelle à un renforcement de l’Europe de la Défense mais il semblerait plutôt que s’impose le constat d’un observateur avisé, pour qui la réponse réside plutôt dans une faillite morale :
« Mais peu nombreux sont ceux qui sont prêts à investir dans l’Europe une volonté de puissance, en particulier dans sa forme miliaire. La plupart des nations européennes n’en voient guère la nécessité, associant la puissance au nationalisme et à ses abus, à la Machtpolitik aux funestes conséquences, aux tragédies qui ont affligé leur continent au XXème siècle. Spectre hantant la conscience historique des Européens, traumatisée par les deux conflits mondiaux, la puissance reste frappée d’illégitimité et d’immoralité ».

Pierre-Olivier Eglemme, diplômé du Master II en 2014. 

LA PUISSANCE FRANÇAISE FACE AU CHOLÉRA EN MEDITERRANEE (1823-1860) : GÉOSTRATÉGIE, FORCES NAVALES ET EPIDEMIES

22 nov

La construction d’un objet de recherche historique
Au XIXème siècle, plus que jamais « dans son paysage physique comme dans son paysage humain, la Méditerranée carrefour, la Méditerranée hétéroclite se présente dans nos souvenirs comme une image cohérente, comme un système où tout se mélange et se recompose en une unité originale» (1). Espace morphologiquement clos, qui peut être militairement aisément verrouillé par qui tient Gibraltar, Suez, les détroits des Dardanelles et du Bosphore, la Méditerranée est divisée en deux bassins, occidental et oriental (ce dernier est prolongé au Nord-Est par le bassin de la mer Noire), de tailles inégales, le passage de l’un à l’autre étant contrôlé par les détroits de Messine et de Sicile (2). Elle n’en constitue pas moins une charnière, pensée selon le géographe Jean Gottmann (3) comme connectant lieux et réseaux. Située au point de rencontre de civilisations majeures dans une perspective de temps long, la Méditerranée se laisse définir par un réseau sophistiqué de villes-ports commandant des flux commerciaux, financiers et humains tous azimuts, lui-même articulé à d’autres réseaux à l’échelle infra-régionale dans une mise en abîme des dynamiques spatiales. Espace de confrontations directes ou indirectes entre forces locales, régionales et globales, la Méditerranée est le produit de cette dialectique subtile et non-mécaniste entre les échelles de la puissance et des circulations multiples (4).
Complémentairement à cette conception réticulaire de l’espace, la Méditerranée peut être examinée à l’aune d’un second concept gottmannien (5). Il postule que le territoire est défini par le rapport dialectique de deux catégories de forces, agissant comme deux aspects de la même réalité. Les circulations, polymorphes, procèdent comme autant de forces de décloisonnement, créatrices de changement à l’ordre établi. Elles se heurtent à l’iconographie constituée par toutes les forces de résistances au changement (6). L’iconographie se développe à partir de carrefours dont l’existence est due à la circulation. En suivant cette grille d’analyse, la pandémie de choléra, qui surgit du Bengale en 1817 et vient toucher pour la première fois la Méditerranée en 1823, est alors à considérer comme la force de changement dont la progression « suit les lignes de moindre effort définies par l’espace physique, la technologie, les réseaux déjà constitués, etc. » (7). Si, ponctuellement, elle peut renforcer le cloisonnement en suscitant des pratiques de quarantaines et de mise en œuvre de cordons sanitaires supposées briser son élan, l’épidémie de choléra agit généralement plus comme un catalyseur de changement qui aurait tendance à défaire les cloisons existantes. Face à ce flux déstabilisant, la projection de la puissance française en Méditerranée dans le foreland, ou avant-pays ainsi défini, territoire aux contours forcément fluctuants, agit comme une force « d’auto-défense » d’une « politique établie » (8). « S’il suffit de penser que les iconographies se développent à partir de carrefours dont l’existence est due à la circulation, et, qu’inversement, l’unification de l’espace produit par l’iconographie facilite la circulation» (9), la puissance française en Méditerranée, suivant le raisonnement de Jean Gottmann, a contribué à créer les réseaux sur lesquels prend aussi appui l’épidémie de choléra pour circuler. En retour, les circulations du «bacille virgule» » entre le Levant et Gibraltar, la pressent à se réinventer.
Cet effort d’adaptation est multidimensionnel. Adaptation géographique d’abord. Il s’agit d’opposer à la progression réticulaire du choléra des réseaux facteurs de résilience, reposant sur un maillage renouvelé de l’espace de projection de puissance. La lutte se fait alors acharnée sur la « frontier » (10) dans un « Go East » en direction d’un Orient, aussi insalubre que désiré. Adaptation institutionnelle et opérationnelle ensuite. Il s’agit pour la France, en tant qu’Etat constitué, de construire une réponse cohérente à la fois réglementaire et organisationnelle à l’obstacle que représente le choléra pour son ambitieuse politique méditerranéenne. Cet effort concerne au premier chef les forces navales. Il doit être pensé dans une perspective de coopération entre des composantes de la Marine en pleine (re)-structuration (flotte, commandement opérationnel, administration centrale et service de santé) ainsi que comme une coproduction entre tous les acteurs français, qu’ils soient militaires, diplomates ou civils engagés en Méditerranée. Adaptation géopolitique enfin. L’objectif est clair : profiter de la cinétique du choléra pour se positionner en force motrice de la lutte internationale contre l’épidémie. La lutte contre le choléra en Méditerranée donne à voir la puissance française dans la diversité de ses acteurs et de ses dimensions. Hard power, soft power (11) et smart power (12) se déclinent et s’entremêlent dans la partition française, avant même leur conceptualisation et avec toutes les limites d’une lecture à postériori. Force d’initiative et instrument indispensable au service de la projection de la puissance française en Méditerranée, le Sea Power, entendu comme « la puissance sur mer des Etats et des Nations » (13) est au diapason d’une conception extensive et protéiforme du concept de puissance, donnant l’occasion de tempérer le très déterministe « atavisme terrien » (14) de la France. « Par les facilités qu’elle offre au commerce et à la projection de force un formidable, la mer est un formidable multiplicateur de puissance » dont le noyau initial est à terre (15). Au final, ces efforts multiples d’adaptation conjuguant empirisme et volontarisme sont à appréhender dans la dynamique géostratégique globale d’une France qui souhaite après 1815 retrouver une place centrale dans le concert des nations.

Problématique générale et pistes de réflexion
« Le 10 juin 1823 [l’épidémie de choléra] se manifesta à Lattaquié et le 20 du même mois à Antioche […] La première de ces villes, qui est l’ancienne Laodicée, gît à 30 lieues d’Alep, sur la côte de Syrie ; et le choléra pestilentiel, en atteignant ce port, s’y établit en face des rivages de l’Europe, à 1500 lieues de son point de départ du Bengale, et en contact immédiat avec les équipages de nos bâtiments de guerre et de commerce, ainsi qu’avec les marchandises débarquées moins de 15 jours après dans nos entrepôts de la Méditerranée » (16). Alexandre Moreau de Jonnès est interpellé dès l’apparition du choléra en Méditerranée par le danger qu’il représente pour les intérêts stratégiques et commerciaux français et l’intégrité sanitaire du territoire national. En observateur avisé, il ne peut que constater l’irrésistible progression de l’épidémie vers l’est. Ses écrits sont une invitation à penser la rencontre entre la projection de puissance française en Méditerranée et la mortelle marche du «bacille virgule» en privilégiant une analyse géostratégique. Entre 1815 et les années 1860 la France vient chercher sur le théâtre méditerranéen un nouvel élan pour réintégrer pleinement le concert des Nations. Son implication dans les contractions de l’Histoire qui continuent au XIXème siècle de secouer cette « mer toujours recommencée » (17) la met en première ligne pour encaisser le choc de l’arrivée du « fléau invisible ». Ce « choc de circulations » est conçu en suivant la logique de Jean Gottmann comme la déstabilisation de la projection de puissance française par la course fulgurante de la maladie qui la contraint à une indispensable adaptation. En proposant une réflexion sur le défi qu’impose le choléra à la puissance française en Méditerranée, il s’agit donc de voir comment la France en œuvrant à repousser le choléra hors de l’espace méditerranéen tente de s’imposer à nouveau comme une puissance incontournable. Dans ce conflit irrégulier, la puissance du feu compte peu. La contre-proposition est essentiellement supportée par l’élaboration d’un « doux commerce » sanitaire, seul efficace face à un ennemi invisible.
La confrontation entre la puissance française et le choléra impose aux forces navales françaises, positionnées aux avants postes, de produire une réponse stratégique, tactique et logistique suffisamment efficace pour tenir sur le «front épidémique». Elles mettent ainsi en œuvre une stratégie sanitaire duale. A la défense maritime statique héritée de pratiques multiséculaires, une approche plus dynamique aboutit à la mise en place d’un « territoire circulatoire sanitaire ».
Au cœur du dispositif naval de défense contre le «bacille virgule», le service de santé de la Marine contribue fortement à l’émergence d’une proposition de front médical avec pour objectif minimal de fixer le «front épidémique» avant de l’éteindre. Il doit être en mesure de donner aux autorités de tutelle des nouvelles du front, tout en étant en situation de mobiliser les ressources médicales disponibles à l’arrière afin de projeter en opération une puissance médicale capable d’apporter une réponse thérapeutique la plus efficiente possible aux malades du choléra dont il a la charge.
Face à ce « fléau invisible », les forces navales françaises ne mènent pas seules la lutte. Le combat mobilise une diversité d’acteurs, concerne des échelles d’actions multiples et participe à la formulation d’une diplomatie sanitaire française active adossée à l’internationalisation de la lutte contre les épidémies. Il est alors question pour la puissance française et ses partenaires européens de s’appuyer sur ce front sanitaire coproduit pour repousser le plus à l’est possible le choléra tout en étendant leurs zones d’influences respectives en Méditerranée. Cette élaboration d’un front sanitaire est matérialisée à l’échelle locale par les multiples collaborations médicales et portée à l’échelle internationale par un processus de coopérations entre les Etats concernés.
En s’appuyant sur une documentation composite, et des stratégies de lecture privilégiant la recherche des points de convergences et des éléments de contradiction, la proposition de réflexion se veut qualitative et souhaite se démarquer d’une étude exhaustive qui épuiserait tous les détails du sujet.
Et chercher par ce travail de mettre à l’épreuve le postulat d’Albert Camus : « Ce qui est naturel, c’est le microbe. Le reste, la santé, l’intégrité, la pureté, si vous voulez, c’est un effet de la volonté et d’une volonté qui ne doit jamais s’arrêter » (18).
par Benoît Pouget (Professeur Agrégé – Doctorant Sciences-Po Aix / CHERPA -Thèse sous la direction de Walter Bruyère-Ostells ) – Communication présentée lors de l’atelier doctoral du 13/11/2014 – IEP d’Aix-en-Provence/CHERPA

1 Braudel Fernand, La Méditerranée, L’Espace et l’Histoire, 1977.
Les Britanniques contrôlent au XIXème siècle les verrous de Gibraltar et de Malte, la Sublime Porte tient les détroits des Dardanelles et du Bosphore ainsi que l’isthme de Suez.
2 Gottmann Jean, « Capital Cities », Ekistics, vol.50, n° 229, March-April 1983, p. 88-93. Le concept de charnière a été utilisé récemment par François Gipouloux, La Méditerranée asiatique. Villes portuaires et réseaux marchands en Chine, au Japon et en Asie du Sud-Est, XVIème-XXIème siècle, CNRS éditions, Paris 2009.
4 L’analyse d’Yves Lacoste sur la situation géopolitique de la Méditerranée au début du XXIème siècle propose une réflexion géo-historique qui fait la part belle au XIXème siècle. Lacoste Yves « La Méditerranée », Hérodote, 2001/4 N°103, p. 3-39.
5 Gottmann Jean, « Les frontières et les marches : cloisonnement et dynamique du monde » in H. Kishimoto (éditeur), Geography and its Frontiers : in memory of Hans Boesch,Berne, Kummerly und Frei, 1980, p. 53-58. Nous nous référons ici à la définition de la notion de territoire proposée par Jean Gottmann. Voir Prévélakis Georges, 1996, « La notion de territoire dans la pensée de Jean Gottmann », Géographie et Cultures, no 20, pp.81-92 & Prévélakis Georges., 2001, “Circulation/Iconographie contre Homme/Nature: Jean Gottmann et la «délicatesse de la causalité»” in P.-J. Thumerelle, Explications en géographie. Démarches, stratégies et modèles, Paris, SEDES, 2001, pp. 40-55.
6 Prévélakis Georges, « La notion de territoire dans la pensée de Jean Gottmann », Géographie et Cultures, no 20, pp.81-92, 1996.
7 Prévélakis Georges, « La notion de territoire dans la pensée de Jean Gottmann », Géographie et Cultures, no 20, pp.81-92, 1996.
8 Gottmann Jean, Éléments de géographie politique, Paris, Les cours de Droit, Fascicules I et II, 1955.
9 Prévélakis Georges, « La notion de territoire dans la pensée de Jean Gottmann », Géographie et Cultures, no 20, pp.81-92, 1996.
10 Turner Frederik, Jackson, The Frontier in American History, 1935, New York.
11 Voir la définition de la puissance déclinée en hard et soft power proposée par Baud Pascal, Bourgeat Serge et Bras Catherine, Dictionnaire de géographie, Hatier, Paris 2008 p. 256.
12 Le smart power est défini par le Center for Strategic and International Studies comme « une approche qui souligne la nécessité d’une armée forte, mais aussi d’alliances, de partenariats et d’institutions à tous les niveaux pour étendre l’influence américaine et établir la légitimité du pouvoir américain ».
13 Louvier Patrick, «Puissance et impuissance navales en Europe et en Asie orientale : histoire, perceptions et débats», Revue d’histoire maritime n°16, Paris, PUPS, 2013.
14 Taillemite Etienne, Histoire ignorée de la Marine française, Paris, Perrin, 2003, p. 9-10, 43 et 87.
15 Martin Motte : la « Jeune Ecole » de la géopolitique, propos recueillis par Pascal Gauchon, Conflits, n°3, octobre-novembre-décembre 2014, p.12-15.
16 Moreau de Jonnès Alexandre (1778-1870), Rapport au Conseil supérieur de santé sur le choléra-morbus pestilentiel : les caractères pathologiques de cette maladie, les moyens curatifs et hygiéniques qu’on lui oppose, sa mortalité, son mode de propagation et ses irruptions dans l’Indoustan, l’Asie Orientale, l’Empire de Russie et la Pologne, 1831, p. 267-268.
17 Valéry Paul, Le cimetière marin, 1920.
18 Camus Albert, La peste, 1947.

GENIE EN AFGHANISTAN

7 nov

Le blog Etudes géostratégiques est très heureux de se faire le relais du communiqué de presse ci-dessous rendant compte de la prochaine remise du prix d’Histoire militaire à Christophe Lafaye qui a soutenu sa thèse  au CHERPA, auquel il est désormais associé comme chercheur:
COMMUNIQUE DE PRESSE

Prix d’histoire militaire 2014 : l’armée française en Afghanistan à l’honneur
Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense va remettre le Prix d’histoire militaire 2014 au docteur en histoire et lieutenant de réserve Christophe Lafaye, du 19e régiment du génie (19e RG) de Besançon, le mercredi 26 novembre 2014 à 18h45 (Hôtel de Brienne).

Décerné par le Conseil scientifique de la recherche historique de la Défense, ce prix récompense sa thèse intitulée « Le génie en Afghanistan. Adaptation d’une arme en situation de contre-insurrection (2001-2012).Hommes, matériels, emploi », réalisée sous la direction du lieutenant-colonel Rémy Porte, seul militaire d’active à posséder une habilitation à diriger les recherches en histoire. Fruit de trois ans de recherche universitaire et d’entretiens menés au sein de l’armée de Terre, cette thèse en histoire immédiate a été soutenue le 29 janvier 2014 à l’école militaire et va faire l’objet d’une prochaine publication en 2015 (CNRS éditions / DMPA).

Domicilié à Chevigny dans le Jura, le lieutenant de réserve Christophe Lafaye est historien, docteur en histoire de l’université d’Aix-Marseille et chercheur associé au laboratoire CHERPA de l’Institut d’études politiques (IEP) d’Aix-en-Provence. Chef de section au sein de la 5ème compagnie du 19e RG, il commande une trentaine de réservistes. Il a participé notamment à la mission Vigipirate à Paris cet été.

Cette thèse est la première recherche historique de troisième cycle menée sur l’engagement de l’armée française en Afghanistan.

LTN LAFAYE 3

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