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« Géostratégie des Emirats arabes unis, un acteur discret aux grandes ambitions », Entretien avec Stéphane Lacroix

6 Nov

BN-UM649_GULFPR_GR_20170731163230Mohammed ben Salman (MBS) prince-héritier d’Arabie saoudite à gauche et son homologue Emirien Mohammed ben Zayed (MBZ) à droite.

Photo : BANDAR ALGALOUD/PRESS POOL

Stéphane Lacroix, politologue spécialiste de l’Arabie saoudite est professeur associé à Sciences Po, chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (CERI) et chercheur associé au Centre d’Etudes et de Documentation Economiques, Juridiques et Sociales (CEDEJ) du Caire. Il est titulaire d’un doctorat en sciences politiques de Sciences Po et d’une maîtrise de langue et civilisation arabe de l’INALCO. Stéphane Lacroix a écrit plusieurs ouvrages tel que « Les islamistes saoudiens. Une insurrection manquée » (PUF, 2011). Il a publié de nombreux articles dans des revues académiques de sciences politiques ou liées au monde arabe. Stéphane Lacroix a également reçu plusieurs prix et distinctions en France et à l’étranger, notamment le prix de thèse 2008 de l’Association Française de Sciences Sociales des Religions (AFSSR). Voir : Biographie http://www.stephanelacroix.net/

 

Entretien (réalisé le 7 mai 2018), publié le 31 octobre 2018.

 

Léa BerthonPeut-on dire qu’avec la présidence d’Emmanuel Macron, les Emirats arabes unis ont retrouvé une place centrale dans la politique étrangère de la France ?

Stéphane Lacroix – C’était déjà le cas avant. La base d’Abu Dhabi est plus ancienne (2008), les grands projets culturels (Louvre Abu Dhabi) sont d’actualité mais malgré tout, les projets économiques datent d’avant.  C’est Jean-Yves Le Drian qui participe au renforcement de la présence française dans le Golfe. La politique qu’il menait en tant que Ministre de la Défense, il continue à la mener au Ministère des Affaires Etrangères. C’est donc lui qui assure la continuité entre l’avant et l’après Macron.

Je ne pense pas qu’il y ait de nouveauté particulière. On garde une relation très forte via Jean-Yves Le Drian qui a poussé cette relation le plus loin.  Il a noué une relation forte avec les Emiriens en particulier, mais avec l’Egypte également. Jean-Yves Le Drian est très largement à la manœuvre et a donné un contenu très personnel à cette relation. Il est vraiment convaincu par la rhétorique émirienne.

 

Léa BerthonLes Emirats arabes unis sont en lutte contre le terrorisme dans la région et également aux côtés de la France au Sahel, que pouvez-vous me dire sur la politique antiterroriste des Emirats ?

Stéphane Lacroix – La définition du terrorisme des Emirats arabes unis peut parfois poser problème.  Jusqu’à la fin des années 90 début des années 2000, les Emiriens, à peu près comme tous les pays du Golfe, avaient une politique de soutien assez large des acteurs se réclamant de l’islam à travers le monde via des réseaux privés. Après 2001, ils ont été l’un des premiers pays à adopter une politique beaucoup plus dure. Cette politique a été concomitante au processus qui commence au milieu des années 2000 et que l’on voit aujourd’hui avec l’Arabie de MBS, c’est à dire un processus de concentration du pouvoir entre ses mains. La mise en place de ce pouvoir vertical a considérablement restreint la marge de manœuvre des acteurs non-étatiques.

Aujourd’hui aux Emirats arabes unis, il y a beaucoup moins qu’en Arabie saoudite une sorte de magma d’acteurs qui auraient des stratégies distinctes (même si MBS est en train de changer cela pour l’Arabie saoudite). Aux Emirats, il y a vraiment une politique d’Etat et pas d’acteurs non-étatiques qui pourraient agir via leurs propres réseaux privés. Hormis peut-être dans les réseaux de l’immigration pachtoune ou pakistanaise, des personnes qui travaillent aux Emirats comme expatriés et qui peuvent avoir leurs propres réseaux financiers mais c’est quelque chose qui échappe à l’Etat Emirien et qu’il cherche à combattre.

Ce n’est pas là que les Emiriens posent problème. C’est l’Etat du Golfe qui a fait cette transformation le plus tôt. La transformation dans un Etat ultra autoritaire, très centralisé, et qui empêche donc la présence de tout acteur qui échapperait au contrôle de l’Etat comme en Arabie Saoudite. L’Etat émirien depuis le début des années 2000 s’est mis en tête qu’il devait à tout prix combattre toutes les forces de l’islam politique parce qu’il les voit comme une menace pour son régime. C’est un calcul de survie du régime très clair.

Le problème pour les émiriens est double :
– Leur définition du terrorisme est très large et inclut des acteurs comme les Frères Musulmans, (groupe considéré comme terroriste seulement par eux, les Egyptiens et les Saoudiens). Par conséquent, quand les Emiriens s’expriment sur le terrorisme lors des discussions avec les Occidentaux, on ne sait jamais trop de quoi ils parlent exactement. D’autant plus que lorsque l’on regarde les personnes jugées aux Emirats pour terrorisme, parfois ce sont de simples opposants. Le « terrorisme » devient un terme attrape-tout qui permet de désigner toutes les forces politiques qui ne leur plaisent pas.
– Les Emiriens mènent une politique qui, de par son acharnement contre l’islam politique sunnite, en vient quelquefois à considérer, que ce soit au Yémen ou en Libye, les mouvements salafistes comme un moindre mal. Au Yémen, ils peuvent soutenir des milices salafistes, aux visions ultra conservatrices de la société qui ne correspondent pas à l’image de l’Islam « modéré » que les Emiriens prétendent promouvoir.

En ce qui concerne le terrorisme djihadiste en Syrie, les Emiriens ont toujours été les plus prudents dans le soutien qu’ils apportent sur le terrain aux groupes de l’opposition syrienne. Ils ne soutiennent que les forces qui n’ont rien à voir avec l’islam politique et qui sont proches des Américains. Au fur et à mesure que les islamistes ont pris une part grandissante dans l’opposition syrienne, les Emiriens se sont dégagés de ces soutiens beaucoup plus tôt que leurs voisins du Golfe.

 

Léa BerthonCompte tenu de ces problématiques sur le terrorisme, comment expliquer que les Emirats bénéficient d’un préjugé plus favorable de la part des Occidentaux que d’autres pays du Golfe ?

Stéphane Lacroix – C’est parce qu’ils ont joué sur un certain nombre de cordes sensibles. Prenons la question de la culture : avec la Sorbonne et le Louvre, ils savent comment parler aux Français. Ils nous attendent sur le terrain qui nous séduit. C’est une stratégie d’image d’une société ouverte qui a commencé très tôt. Ils ont fait de Dubaï une sorte de hub où tout le monde est amené à passer, on voit que c’est une société ouverte, tout ce qui est interdit dans les pays voisins y est autorisé. Cela plaît beaucoup, alors même que la société émirienne est très conservatrice, c’est tout le paradoxe des Emirats arabes unis. Il y a un nombre d’expatriés qui représente près de 90% de la population, auquel on autorise à peu près tout, mais les Emiriens sont à peu près aussi conservateurs que leurs voisins Saoudiens ou Qataris. Il n’y a pas de grande différence dans le conservatisme. Ils ont créé cette image depuis les années 2000 qui fait qu’ils apparaissent comme étant en pointe dans une sorte de libéralisation de la société.

Ce discours de lutte contre « l’extrémisme », terme employé n’importe comment, séduit les politiques occidentaux. Ces derniers ne s’interrogeant pas vraiment sur ce que les Emiriens mettent dans la catégorie « extrémisme ».

Pour le djihadisme, ils sont clairs. On peut difficilement leur reprocher de tolérer la présence de certains réseaux dans leurs pays qui soutiendraient tel ou tel acteur djihadiste à l’étranger.  Mais justement en raison de cette image de leur engagement dans la lutte contre le djihadisme, on leur pardonne tout le reste.

Par ailleurs, les Emiriens achètent des journalistes, utilisent leur argent à l’étranger pour essayer de se constituer des lobbies pro-émiriens de manière très généreuse et très opaque. Sur ce point-là, ils ne sont pas très différents des Qataris par exemple. Mais tout le monde se focalise sur la politique d’influence du Qatar alors que là encore, la politique d’influence des Emirats (parce qu’ils cochent les bonnes cases) personne ne s’y intéresse vraiment.

Les Emiriens sont discrets, silencieux, et laissent très volontiers l’Arabie saoudite assumer le crédit de leurs actions. C’est un acteur qui utilise une stratégie très intéressante car il fait plein de choses mais ne le dit jamais et est bien content de laisser l’Arabie saoudite être l’acteur qui apparaît comme celui qui agit.

 

Léa BerthonQu’en est-il des relations des Emirats arabes unis avec le Qatar ?

Stéphane Lacroix– La brouille avec le Qatar leur a beaucoup coûté sur ce plan. C’est d’ailleurs une brouille qataro-émirienne avant d’être une brouille qataro-saoudienne. Le Qatar a mis énormément d’argent dans ses réseaux médiatiques pour essayer d’exposer le rôle interventionniste des Emirats.  Ces médias financés par le Qatar ont souvent été repris par la presse occidentale. On commence à voir sortir des choses sur les Emirats notamment au Yémen. Cela leur a coûté en termes de discrétion.

 

Léa BerthonQuelle est la relation qui lie Mohammed Ben Salman (MBS), prince-hériter de l’Arabie saoudite à son homologue émirien Mohammed ben Zayed (MBZ) ?

Stéphane Lacroix – Ils ont une relation proche, même si les Emirats et l’Arabie n’ont pas toujours eu de bonnes relations, ils ont notamment un contentieux sur les frontières. Mais depuis 2015 avec MBS, une relation extrêmement étroite s’est mise en place. On ne parle plus des questions qui fâchent (alors qu’il y en a). Car ils considèrent qu’ils ont besoin les uns des autres.

MBZ (prince-héritier des Emirats) a besoin de l’Arabie saoudite car il se rend bien compte que quand vous êtes un petit pays et que vous avez une politique très ambitieuse, il est préférable de pouvoir se cacher derrière un gros pays car cela ajoute à votre crédit sur la scène internationale. L’Arabie saoudite a une sorte d’autorité, c’est une puissance régionale. L’alliance des Emirats avec l’Arabie saoudite est plus à même de leur permettre de réaliser leur objectif.

En retour, MBS (prince héritier de l’Arabie saoudite) a choisi cette alliance avec les Emirats car MBS est un petit jeune au pouvoir, que personne ne connaît en Arabie ou sur la scène internationale et il voit le modèle émirien comme celui que l’Arabie saoudite devrait adopter. Il a une vraie fascination du modèle émirien pour faire appliquer en Arabie ce mélange de libéralisme économique et d’ultra-autoritarisme politique. Il y a aussi pour MBS la nécessité de s’appuyer sur un dirigeant beaucoup plus expérimenté que lui. MBZ est bien connecté à l’international et cela lui permet de construire son profil de dirigeant. Quand MBS est nommé au printemps 2015 personne ne sait qui il est, sa place n’est pas encore tout à fait assurée. En 2015-2016 il consolide son pouvoir en appliquant les recettes émiriennes et en se constituant une stature à l’international via les réseaux de MBZ (proche de Poutine, proche de la droite américaine et des réseaux de Trump, et proche de la France). C’est MBZ qui va présenter MBS à tous les dirigeants du monde en vantant sa personne. MBS a bien compris que pour emporter le morceau en Arabie saoudite, il a besoin de cette stature internationale.  MBS a face à lui Mohammed Ben Nayef (MBN), ministre de l’intérieur saoudien qui est beaucoup plus connu que lui à l’international. MBN est réputé et apprécié à l’étranger en raison de sa place de ministre depuis dix ans en Arabie saoudite et des succès réels obtenus dans la lutte contre le terrorisme au sein du pays.

 

Léa Berthon – Pourriez-vous me parler du rôle des Emirats au sein du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ?

Stéphane Lacroix – Le Conseil est plus ou moins mort depuis l’année dernière. Déjà, depuis la première crise avec le Qatar en 2014, plus rien n’avance réellement.

L’Arabie saoudite a le plus d’influence traditionnellement au sein du CCG de par sa taille. En effet, le CCG rassemble 6 pays (Arabie saoudite, Oman, Koweït, Bahreïn, Emirats arabes unis et Qatar), dont un (l’Arabie saoudite) qui a 5 fois la population des autres. Cette fédération est donc très déséquilibrée, puisque l’Arabie saoudite a un poids que les autres n’ont pas. Les petits pays du Golfe veulent se rapprocher de l’Arabie saoudite pour se protéger. Mais d’un autre côté, il y a une volonté de marquer leur distance car l’Arabie saoudite fait peur à ses voisins (vu de Riyad, le Qatar c’est le Luxembourg).

Il y a donc une volonté de rapprochement mais aussi de méfiance quand cela va trop loin. Le Qatar a d’ailleurs été le premier à rompre le consensus dans les années 1990, en se démarquant sur un certain nombre de dossiers vis-à-vis des autres pays du Golfe. Le Qatar a fait cavalier seul, bloquant ainsi les décisions au sein du CCG puisqu’elles doivent être prises à l’unanimité.

 

Léa Berthon Pour en revenir à la France, quel est le positionnement de la base française d’Abu Dhabi par rapport à la prépondérance américaine dans la région ?

Stéphane Lacroix – La France ne pèse pas énormément, les acteurs de la région considérant que le vrai pays qui a de l’influence politique sont les Etats-Unis. Mais la nouveauté à partir des années 2000, c’est que les pays du Golfe se rendent compte qu’ils ne peuvent plus s’appuyer seulement sur les Etats-Unis, ils ont besoin de diversifier leurs relations. Ne serait-ce que pour avoir des solutions de repli quand les Etats-Unis se désengagent. Ou même pour pouvoir jouer d’autres pays contre les Etats-Unis. C’est ce qui explique que la relation avec Poutine est assez bonne. Il y a une volonté de pouvoir faire pression sur les Etats-Unis quand ils ne vont pas dans leur sens en s’appuyant sur d’autres partenariats. Cependant, le partenariat privilégié reste américain.

La France a su saisir une opportunité qui est très liée à la présidence d’Obama. C’est à ce moment-là que les relations avec la France se développent car les pays du Golfe n’apprécient pas Obama. Ils considèrent qu’il n’est pas suffisamment engagé à leur côté (Obama a été élu dans une logique de s’impliquer moins au Moyen-Orient). Ce retrait devait se traduire par l’accord nucléaire qui aurait permis de retrouver un équilibre dans la région entre l’Iran et les pays du Golfe. L’accord nucléaire avec l’Iran a été vu d’un très mauvais œil. La France est apparue comme un partenaire intéressant car c’est la porte vers l’Europe. Les Saoudiens essaient aussi de jouer l’Europe à travers la France pour essayer de peser sur les décisions des Etats-Unis et contrebalancer leurs décisions quand elles ne leur plaisent pas. C’est également ce que fait l’Iran.

 

Léa Berthon – En parlant de l’Iran, les Emirats ont une longue histoire de contentieux avec ce pays notamment sur les îles dans le golfe Persique. Pensez-vous que cette tension est toujours présente entre les deux pays ?

Stéphane Lacroix – Les tensions sont d’autant plus fortes que les Emiriens ont fait le choix de l’alignement sur les Saoudiens.  Les tensions avec l’Iran sont au départ saoudiennes. Les Emiriens traditionnellement étaient plus en retrait sur les questions iraniennes en particulier parce que Dubaï fait énormément de business avec l’Iran. Il y a par ailleurs ces conflits politiques entre l’Iran (notamment la question des îles que vous évoquez) qui font que les relations n’ont jamais été bonnes avec l’Iran mais elles étaient bonnes à minima. Les Emirats profitaient des sanctions sur l’Iran car cela faisait de Dubaï une plaque tournante vers l’Iran. Dubaï a su se positionner intelligemment pour être la plaque tournante de tout le business qui pouvait passer en Iran. Il y a une présence économique iranienne énorme à Dubaï. Les Emirats arabes unis et l’Iran entretenaient dès lors des relations cordiales, même si l’émirat d’Abu Dhabi avait une position plus dure envers l’Iran. Puis on a assisté à un balancement des Emirats dans une rhétorique beaucoup plus anti-iranienne depuis l’alliance avec MBS. Les Emirats se sont alignés sur la rhétorique saoudienne qui fait de l’Iran un ennemi majeur.

 

Léa BerthonAttachons nous à un autre dossier, celui de la Somalie, quelles sont les ambitions des Emirats arabes unis dans cette zone ?

Stéphane Lacroix – La Somalie est un Etat fédéral, qui a un exécutif extrêmement faible et ne contrôle pas son territoire. Certaines régions de la Somalie ont acquis une semi-indépendance voire une indépendance non reconnue dans le cas du Somaliland, ce qui énerve beaucoup le gouvernement de Mogadiscio qui lui,  continue de se réclamer d’une autorité qui s’étend à tout le territoire. Il y a un conflit entre le gouvernement central, extrêmement faible qui ne contrôle pas entièrement son territoire et tous ces Etats au sein de la Somalie qui se sont émancipés.

Traditionnellement le gouvernement central somalien est proche du Qatar. Il a beaucoup investi dans les médiations en Somalie, en construisant une relation assez solide avec les différents présidents somaliens.

Les Emirats ont compris le jeu et ont commencé à essayer de soutenir un certain nombre de ces Etats sécessionnistes au sein de la Somalie. À commencer par le Somaliland qui est devenu un partenaire extrêmement fort des Emiriens et plus récemment le Puntland, aussi entré dans le giron émirien. Les Emirats y installent des bases militaires, construisent des ports, s’implantent économiquement et militairement dans ces zones, ce qui irrite le gouvernement central à Mogadiscio, proche du Qatar (on retrouve cette rivalité qataro-émirienne).

Tout cela s’inscrit dans la stratégie émirienne d’extension de leur influence dans la Corne de l’Afrique. Depuis 2015, les Emiriens profitent de la crise au Yémen pour réclamer l’éviction des Occidentaux et étendre leur influence dans les pays de la Corne de l’Afrique, avec le prétexte sécuritaire qui consiste à dire : « on a besoin de contrôler le détroit de Bab-el-Mandeb pour empêcher les bateaux iraniens de passer les armements aux Houthis ». Les Emiriens affirment aux Occidentaux qu’ils peuvent se charger de la chasse aux pirates. Les Occidentaux s’enthousiasment qu’une puissance régionale assure le contrôle et soulage leurs actions. Mais en même temps, ils utilisent ce type de prétexte sécuritaire pour s’installer militairement et économiquement.

Quand on regarde les pays de la zone, on trouve les Emirats en Erythrée, à Djibouti, au Soudan. Ces Etats africains jouent un jeu compliqué, on pourrait dire qu’ils « mangent à tous les râteliers ». On assiste donc à une ruée sur la Corne de l’Afrique de la part des Emirats. Leur stratégie est assez solide et la Somalie est le terrain de jeu de ces rivalités.

 

Réalisé par Léa Berthon, étudiante en Master II, promotion 2018-2019

 

POUR ALLER PLUS LOIN… Bibliographie de l’auteur sur le sujet :

OUVRAGES:

Complexity and Change in Saudi Arabia (co-dirigé avec Bernard Haykel et Thomas Hegghammer). Cambridge, UK: Cambridge University Press, 2012 (sous presse).

Awakening Islam. The Politics of Religious Dissent in Contemporary Saudi Arabia, Cambridge, MA: Harvard University Press, avril 2011. 384 p.

The Meccan Rebellion (avec Thomas Hegghammer). Bristol, UK : Amal Press, 2011. 70 p.

Les islamistes saoudiens. Une insurrection manquée. Paris : Presses Universitaires de France, 2010. 392 p.

Al-Qaïda dans le texte – présenté par Gilles Kepel (avec Gilles Kepel, Jean-Pierre Milelli, Omar Saghi et Thomas Hegghammer). Paris : Presses Universitaires de France (PUF), 2005. 440 p.

 

ARTICLES :

« Les Emirats arabes unis, un acteur méconnu », Orient XXI, Février 2018.

« L’Arabie saoudite : un magistère sur l’islam contesté ». Pouvoirs, (1), 2015, 43-52.

“Comparing the Arab Revolts: Is Saudi Arabia Immune?”. Journal of Democracy, Washington, vol. 22, n°4, octobre 2011. p. 48-59.

“L’Arabie saoudite au défi du printemps arabe”. Les Dossiers du CERI, septembre 2011 (sous la direction de Laurence Louër), Disponible sur http://www.cerisciences-po.org/archive/2011/septembre/dossier/art_sl.pdf.

“Between Islamists and Liberals : Saudi Arabia’s New Islamo-Liberal Reformists ». The Middle East Journal, Washington, vol.58, n°3, Summer 2004, p.345-365.

“L’Arabie saoudite, entre violence et réforme”. Politique Etrangère, Paris, numéro 4/2004. P.743-754.

 

 

 

 

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DICTATURE OU… DICTATURE ? GEOPOLITIQUE DE LA SYRIE

15 Fév

Patrice Gourdin prononçait une conférence sur la situation syrienne à l’IEP d’Aix le 15 février 2014. En appui à ses propos, il offre un diaporama avec les différents éléments nécessaires à la compréhension de la situation : Géopolitique de la Syrie.pptx

Al-QAÏDA ETAT DES LIEUX (3) : Al-Qaïda et les Printemps arabes

7 Fév

Troisième et dernière partie de cet état des lieux dressé par Romains Sens, diplômé du Master II en 2012 :

Avec le suicide de Mohamed Bouazizi, en Tunisie, le 17 décembre 2010, s’est déclenché un vaste mouvement de révolte dans de nombreux pays du monde arabe auquel on a donné le nom de Printemps arabes. La principale conséquence de ces révolutions a été le départ de quatre dictateurs arabes avec la fuite de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie, l’abandon du pouvoir par Ali Abdallah Saleh au Yémen, l’arrestation de Hosni Moubarak en Egypte et la mort de Mouammar Kadhafi en Libye. En parallèle, a éclatée une guerre civile en Syrie au sein de laquelle les opposants majoritairement sunnites cherchent à renverser le pouvoir du régime alaouite de Bachar Al-Assad. La Tunisie et l’Egypte ont connu pour leur part des révolutions populaires rapides rassemblant la très grande majorité de la population contre le régime en place. Emblématiques des Printemps arabes, elles ont laissé place à des élections réellement démocratiques (au sens ou une majorité des citoyens a pu choisir librement ses dirigeants lors d’un scrutin au suffrage universel) dont le principal enseignement a été la prise de pouvoir de façon incontestable et légale des islamistes issus de la mouvance des Frères Musulmans. Ennahda en Tunisie et le parti Droit et Justice en Egypte sont en effet directement issus de la confrérie religieuse et respectent  la doctrine édictée par Sayyid Qotb. Contrairement aux salafistes djihadistes, ces « islamistes modérés » choisissent la voie de la démocratie, de la séduction populaire par un activisme social à caractère religieux et in fine de la mise en place progressive des préceptes de la Charia de façon constitutionnelle. Cette manière « douce » de prise du pouvoir islamiste est actuellement en train de se réaliser dans ces pays et les Frères Musulmans s’engouffrent avec succès dans les brèches démocratiques ouvertes dans les régimes autoritaires encore en place comme au Maroc.

La stratégie d’Al-Qaïda, son discours radical et sa méthode violente de prise du pouvoir par la seule voie des armes et l’application de la Charia non pas du fait d’une consultation populaire mais de la seule volonté de Dieu, est antagoniste de celle des Frères musulmans. Les succès de ces derniers ont conduit  beaucoup d’observateurs à estimer qu’Al-Qaïda allait perdre beaucoup d’influence sur la jeunesse pauvre des pays arabes : à ce jour, rien ne permet de conforter cette hypothèse. Même sans être forcément lié à Al-Qaïda, l’islamisme radical principalement salafiste reste en plein essor dans nombre de ces pays. Et la bannière d’Al-Qaïda (le drapeau noir frappé de la Chahâda) est toujours brandie dans la plupart des pays qui ont connu ces révolutions.

 

Yémen, Tunisie, Egypte

Au Yémen, AQPA était déjà présente avant la révolution qui a mis fin au pouvoir d’Ali Abdallah Saleh. Cependant, elle réussit à exploiter militairement l’instabilité causée par les manifestations qui paralysent Sanaa et le pouvoir central. Sur la défensive actuellement elle persiste à mener une campagne d’attentats terroristes visant les forces de sécurité comme les infrastructures pétrolières du pays.

En Tunisie, pays dans lequel l’islamisme radical et le djihadisme étaient inexistants sous le régime de Ben Ali (hormis lors de l’attentat contre la synagogue de Djerba en 2002), l’arrivée au pouvoir d’Ennahda a permis de changer la donne. Le salafisme violent a subitement émergé s’en prenant aux institutions, aux forces de sécurité et plus globalement à tous ceux accusés de ne pas respecter les préceptes du Coran. Cette opposition violente au régime « islamiste modéré » a connu son acmé lors de l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis le 14 septembre 2012 par des membres du groupe salafiste Ansar ach’ Charia (dont le leader est actuellement en fuite). Plus récemment, des signes d’une infiltration de combattants djihadistes venus de Libye pour déstabiliser une Tunisie déjà très éruptive sont apparus. A plusieurs reprises des combats survenus entre forces de sécurité et groupes djihadistes arrêtés avec d’importants stocks d’armes et de munitions dans le sud du pays ont montré que la Tunisie restait une cible pour le djihad. Cependant le nouveau régime arrive pour le moment à maintenir un ordre relatif sur son territoire.

En Egypte, berceau des Frères Musulmans et pays de Sayyid Qutb (mais aussi du chef d’Al Qaïda, Ayman Al-Zawahiri), la confrérie islamiste a conquis le pouvoir démocratiquement lors des dernières consultations populaires même si son pouvoir reste très contesté par les opposants libéraux qui avaient largement contribué à la chute de Moubarak. Comme en Tunisie, les « islamistes modérés » au pouvoir sont concurrencés dans les urnes et dans la rue par la mouvance salafiste. Les excès de celle-ci permettent aux Frères Musulmans de renforcer l’islamisation de la société sans susciter l’opprobre et leur assure un statut de garant de la stabilité face au « chaos salafiste ».

Si Al-Qaïda n’a jamais été présent en force sur le sol égyptien du temps de l’ancien régime malgré plusieurs attentats visant les touristes occidentaux, des groupes djihadistes affiliés à la nébuleuse terroriste tentent de s’infiltrer parmi les tribus de bédouins du Sinaï pour s’en prendre directement à Israël. Déjà en août 2011 des djihadistes venus du Sinaï avaient pénétré en Israël et tendu une embuscade tuant 8 israéliens dont un soldat et un policier. Un an plus tard en août 2012, un groupe similaire s’empare du poste frontière égyptien de Rafah tuant 16 policiers égyptiens, puis prend possession de deux véhicules blindés et attaque la frontière israélienne. Israël décime la totalité du groupe par un bombardement aérien. Israël entreprend la construction d’une nouvelle clôture de sécurité à sa frontière avec le Sinaï et demande à l’Etat égyptien de prendre des mesures. Celui-ci envoie alors de nombreuses forces militaires équipées de chars lourds et d’hélicoptères de combat affronter les djihadistes dans le Sinaï, notamment dans la ville d’El Arich.  Les djihadistes sont actuellement en fuite dans la région.

 

L’utilisation des djihadistes en Libye.

En Libye, la guerre civile de 2011 qui prit fin avec la mort du colonel Kadhafi a vu de nombreux groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda revenir sur le devant de la scène libyenne de laquelle ils avaient disparu  sous l’ancien régime. Le plus frappant est que nombre d’entre eux ont été directement soutenus par les Etats-Unis pour contribuer à la chute de Kadhafi. L’exemple le plus emblématique est le cas d’Abdelhakim Belhadj. Ce djihadiste libyen, vétéran de la guerre contre les soviétiques en Afghanistan a ensuite combattu directement les forces américaines dans les rangs d’Al-Qaïda aux côtés d’Abou Moussab Al-Zarkaoui en Irak. Arrêté ensuite par la CIA en Malaisie, il est livré aux renseignements libyens qui le relâchent en 2009 lors d’une amnistie générale. Dès le début de l’insurrection contre Kadhafi, il rejoint le Qatar où il sera appelé  à prendre le commandement de la « brigade du 17 février » sur le front libyen.  Cette brigade, armée et formée par la France et les Emirats Arabes Unis, devient l’une des plus performantes au combat contre l’armée libyenne. Du 20 au 28 août 2011, elle s’empare des principaux lieux de pouvoir à Tripoli et met en fuite le dictateur. Son efficacité militaire au combat lui donne une place de choix sur la scène politico-militaire post-régime. Abelhakim Belhadj, authentique djihadiste et vétéran d’Al-Qaïda, devient alors gouverneur militaire de Tripoli.

Outre le fait que l’islamisme politique n’a pas connu la même victoire dans les urnes qu’en Tunisie ou en Egypte et que les arsenaux de Kadhafi ont été pillés par de multiples bandes armées qui essaiment notamment dans la région du Sahel, la Libye peut inquiéter à plus d’un titre. Si Al-Qaïda en tant que telle n’est pour le moment pas présente en Libye, plusieurs groupes armés se revendiquant du djihad mondial montent en puissance, profitant de l’instabilité chronique que connaît le pays. La ville de Benghazi notamment, cité qui a été sauvée in extremis par les bombardiers français d’un massacre annoncé par Kadhafi, est en train de devenir un lieu de regroupement de tous les djihadistes de la région. Déjà l’assaut mené par des terroristes islamistes sur le consulat américain de Benghazi le 11 septembre 2012 (mort de l’ambassadeur américain et de trois de ses gardes du corps ainsi que l’incendie du bâtiment) était révélateur de l’importance que le djihadisme anti-américain d’Al-Qaïda prenait dans la région. Mais la situation n’a cessé de se dégrader depuis et les bâtiments officiels comme les policiers ou militaires libyens sont constamment attaqués lors d’embuscades par ces mêmes groupes djihadistes. Le danger est devenu tel que Londres et Paris (pourtant les principaux « sauveurs » de la ville) demandent à leurs ressortissants d’éviter la ville. Il apparaît donc de plus en plus que la Libye et Benghazi sont en voie de « sanctuarisation » pour la nébuleuse djihadiste (Ansar el-Charia par exemple).

 

La montée en puissance du Jahbat Al-Nusra dans la guerre civile syrienne

Dernière en date des Printemps arabes, la révolution en Syrie s’est transformée en une sanglante guerre civile dont l’ONU estime qu’elle a pu faire au minimum 60 000 morts. D’un mouvement de protestation pacifique et populaire en mars 2011 elle est devenue une guerre civile et une guérilla sur l’ensemble du territoire syrien. Le régime est opposé à une contestation des sunnites qui constituent le groupe majoritaire en Syrie. Il  bénéficie du soutien des minorités alaouites, chrétiennes, druzes et sur une neutralité des Kurdes auxquels il a abandonné le Kurdistan syrien (toutefois certains membres des minorités sont hostiles au régime tandis que certains sunnites, notamment issus de la bourgeoisie, souhaitent le maintien du régime par souci de stabilité).

Lorsque la contestation est devenue rébellion et s’est militarisée, la plupart des rebelles étaient des déserteurs ou des civils qui rejoignaient l’Armée Syrienne Libre, dirigée par Rifaat Al-Assad. Elle bénéficie du soutien du Conseil National Syrien. Cette instance représentative de l’opposition au sein de laquelle les Frères Musulmans syriens sont majoritaires est reconnue par nombre de puissances étrangères (notamment la France) comme seul gouvernement légitime de Syrie. Au long de près de deux années de combats, l’ASL a semblé très peu centralisée et divisée, n’assurant pas ou peu de coordination entre ses différentes brigades et surtout laissant ses membres s’adonner au pillage chez des civils déjà appauvris par la guerre. De plus, nombre des brigades autonomes de l’ASL se sont révélées être guidées par un islamisme radical, proche du salafisme, comme les combattants de la meilleure brigade de l’ASL, la brigade Al Tawhid qui combat dans la région d’Alep. En fait, l’ASL ne dispose pas d’armements performants, ses combattants sont indisciplinés et peu aguerris. La ville de Homs, dont l’ASL avait fait la « capitale de la révolution », a été presque totalement reprise par le régime et l’ASL ne détient plus que quelques quartiers.

Les faiblesses de l’ASL contribuent à expliquer l’émergence d’une nouvelle force militaire, alimentée depuis l’étrangers par l’afflux de djihadistes. Ironie de l’histoire, alors que Bachar Al-Assad avait ouvert ses frontières aux djihadistes d’Al-Qaïda pour aller combattre les troupes américaines en Irak, c’est désormais d’Irak que sont venus de nombreux combattants de l’Etat Islamique d’Irak en franchissant la frontière syrienne dans le sens inverse. Ces vétérans du djihad, possédant une expérience d’une décennie de combats contre la plus puissante armée du monde, ont vu dans le chaos syrien une opportunité de remporter enfin des victoires militaires tactiques sur une armée syrienne affaiblie. Recrutant les nombreux « mercenaires du djihad » venus faire le coup de feu en Syrie et qui s’entraînaient au combat en 2011, ils ont formé à la fin de l’année 2011, un groupe militaire combattant sur le front tout en pratiquant le terrorisme et dont les objectifs sont purement religieux.

Ils officialisent ce groupe sur internet début janvier 2012 en lui donnant le nom de Jabhat Al-Nusra (Front de la Victoire). Leur chef est un syrien dont le nom de guerre est Abou Mohammad Al-Jolani. Son véritable nom serait en fait Souleyman Khaled Derwich. Il serait né dans une famille de la banlieue sud de Damas, originaire du plateau du Golan, aurait 36 ans et aurait reçu sa formation de combattant en 1999 en Afghanistan où il aurait rencontré Abou Moussab Al-Zarkaoui. Aux côtés de ce dernier il aurait combattu en Irak tout au long de l’occupation américaine pour ensuite prendre la tête du djihad en Syrie.

Le Jabhat Al-Nusra a connu une spectaculaire montée en puissance tout au long de l’année 2012. Il revendique aujourd’hui 20 000 combattants. Beaucoup sont Syriens mais de nombreux membres proviennent du monde entier, d’Irak, de Turquie, d’Afghanistan, du Pakistan, du Bangladesh, de Tchétchénie, d’Algérie, de Tunisie, de Libye, mais aussi du Canada, de Belgique et probablement d’autres pays d’Europe. Son financement proviendrait, au moins en partie, du Golfe Persique et notamment du Qatar qui n’hésite pas à subventionner les groupes combattants qui se montrent efficaces au combat.  Si ses membres avaient déjà commis des attentats-suicides et des attentats à la voiture piégée en 2011 ils ont renforcé ce mode opératoire en 2012 recréant ainsi les mêmes schémas qu’en Irak. De plus, alors qu’ils ne prenaient pas part aux combats dans un premier temps, préférant s’entrainer et se renforcer, ils ont commencé dans le courant de l’année 2012 et notamment durant les grandes offensives rebelles de l’été sur Damas et Alep à monter en première ligne sur le front. Depuis, les membres du Jahbat Al-Nusra sont systématiquement impliqués dans les combats contre l’armée syrienne. Et leur efficacité au combat semble largement dépasser celles des brigades de l’armée syrienne libre. A tel point que les djihadistes d’Al-Nusra se permettent de lancer seuls ou aux côtés d’autres groupes djihadistes  des attaques majeures sur des sites sensibles et d’y remporter des victoires tactiques comme la prise de la base aérienne de Taftanaz le 11 janvier 2013. A Alep, l’un des fronts principaux des combats en Syrie, ils sont en passe de supplanter l’ASL dans les quartiers aux mains des rebelles. Leur discipline, leur bravoure au combat et leur comportement vis-à-vis des populations les distinguent des autres rebelles. Cet ensemble assure ainsi au Jabhat Al-Nusra une popularité certaine auprès des sunnites syriens.

Cependant, leur force militaire s’accompagne d’une grande violence voire d’une cruauté particulière qui rappelle les méthodes d’Al-Zarkaoui. Ainsi Al-Nusra a pour principe de ne jamais faire de prisonniers. Tous les soldats, policiers, chabihas, agents du régime qui tombent vivants entre leurs mains sont systématiquement exécutés. De nombreuses vidéos sont diffusées par leurs soins sur internet où il est possible de les voir procéder à de multiples exécutions et décapitations de prisonniers. Dans les provinces d’Alep et d’Idleb, ils ont décrété des émirats islamiques dans lesquels ils imposent la Charia à tous les habitants (et notamment pour les femmes).

Malgré leur efficacité militaire, il est possible que leur radicalité ostentatoire leur porte préjudice le moment venu. Ils ont tout d’abord commencé à s’en prendre aux Kurdes, accusés de « jouer le jeu de Bachar » en ne le combattant pas frontalement. Depuis plusieurs semaines de féroces combats font rage à la frontière que partage la Turquie avec le Kurdistan syrien. La ville frontière kurde de Ras Al-Aïn est l’enjeu d’une lutte entre le Jahbat Al-Nusra et les combattants kurdes du PYD qui la défendent âprement. Les djihadistes démontrent qu’ils sont désormais en possession d’armes lourdes, ce qui est pour eux inédit. Il reste qu’en ouvrant un nouveau front contre les Kurdes, ils divisent leurs forces et font le jeu du régime en place.

Le régime d’ailleurs se satisfait de cette montée en puissance d’Al-Nusra qui lui permet d’asseoir sa propagande selon laquelle il se bat depuis le début contre des bandes terroristes. Ainsi, le Jahbat Al-Nusra pourraient être contre toute attente les sauveurs du régime de Bachar Al-Assad. En effet, lorsque la coalition politique du CNS affirma vouloir un changement de régime au profit de l’instauration d’une démocratie en Syrie, le Jahbat Al-Nusra et ses alliés djihadistes ont totalement rejeté une telle éventualité affirmant qu’ils se battaient pour l’édification d’un « Etat Islamique juste » ou la Charia tiendrait lieu de constitution et ou les non-sunnites n’auraient pas leur place. Face à ces revendications et aux nombreux attentats commis par le groupe, les Etats-Unis ont décidé en décembre de placer le Jahbat Al-Nusra sur la liste des organisations terroristes, l’affiliant à Al-Qaïda. Dans l’éventualité d’une défaite du régime de Bachar Al-Assad face au Jahbat Al-Nosra, ce groupe en lien avec la nébuleuse Al-Qaïda se retrouverait alors à la frontière du Golan, lui permettant enfin d’attaquer frontalement Israël. Il est possible d’envisager que les Etats-Unis mise sur un pourrissement de la situation, laissant le meilleur allié de l’Iran aux prises avec une guerre civile qui lui interdit toute attaque contre Israël. Cette situation conduit également les djihadistes d’Al-Qaïda à mourir par milliers sous les bombes du régime.

Pour la première fois depuis le 11 septembre 2001, la nébuleuse Al-Qaïda  se trouve en Syrie en position de se déployer et de donner libre cours à sa violence et son fanatisme sans être opposé aux Etats-Unis, ou à l’un de leurs alliés, mais au contraire dans l’optique de combattre un ennemi de l’Amérique. La conséquence immédiate est une montée en puissance d’Al-Qaïda, un afflux significatif de djihadistes depuis le front afghan contre les Soviétiques, des effectifs d’une ampleur jamais atteinte en dehors de celle de ses alliés talibans, un armement lourd qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de posséder auparavant et de réelles victoires tactiques au combat. Il est certain qu’elles seront mythifiées par une propagande djihadiste appelée à se développer. La nébuleuse djihadiste internationale se bat en Syrie pour un nouveau sanctuaire et rien ne permet d’écarter l’hypothèse qu’elle l’arrache.

 

Malgré la mort de son chef, la perte de son sanctuaire afghan et l’affaiblissement de sa direction centrale, Al-Qaïda a su s’adapter habilement à la « guerre totale contre le terrorisme » déclarée par les Etats-Unis le 11 septembre 2001. En se réfugiant dans les zones tribales pakistanaises, en développant un système de franchises régionales et tirant partie de la déstabilisation provoquée des révolutions arabes, la nébuleuse Al-Qaïda est parvenu à conserver son statut de principal moteur du djihad mondial et une capacité de nuisance toujours effective. Si elle s’est profondément transformée et si elle n’est plus capable d’effectuer des attentats majeurs comme la destruction du Word Trade Center, elle conserve une grande influence au sein du monde arabo-musulman. Loin d’être détruite, Al-Qaïda peut toujours se targuer de susciter une adhésion grandissante à son idéal djihadiste.

Le règlement de la crise iranienne : étude prospective

7 Oct

Il s’agit ici d’examiner les différents scénarii envisageables pour un dénouement de la crise iranienne. L’option d’une guerre prochaine déclenchée par les Etats-Unis m’apparaît finalement comme étant la plus probable.

Les scénarios pour éviter la guerre

Le « Big Deal » :

Le « grand marché » géopolitique est l’une des solutions avancées par les observateurs pour dénouer cette crise.  Cette option a longtemps été portée par plusieurs observateurs américains qui estimaient que l’Iran aspirait davantage à la reconnaissance de son rôle d’acteur majeur au Moyen-Orient et  à un développement économique pacifique, qu’à la tension continue, la possession de l’arme atomique voire à la guerre. L’objectif serait de faire admettre à l’Iran que la recherche de la bombe nucléaire ne serait plus nécessaire car ni les Etats-Unis ni leurs alliés ne menaceraient plus l’Iran d’un changement de régime.  Il s’agirait pour les dirigeants américains de jouer « cartes sur table » avec l’Iran, en abordant l’ensemble des sujets de discorde qui ont envenimé les relations irano-américaines depuis 1979 et en les résolvant un par un alors que chaque partie accepterait concessions et compromis. En échange d’un renoncement  à l’arme nucléaire et au soutien du terrorisme à l’étranger, la République Islamique verrait l’ensemble des sanctions votées contre elle depuis quatre décennies levées, les menaces d’intervention sur son territoire dissipées et son rôle de puissance régionale reconnu par tous. Il semble que les dirigeants iraniens ont depuis plusieurs années renoncé à cette option après les ouvertures tentées par Barack Obama en 2009.

Le  containment :

Cette option a pu être un moment envisagée lors des débats de l’élection présidentielle américaine de 2008 aux Etats-Unis. Selon la doctrine de l’endiguement mise en œuvre durant la guerre froide face à l’URSS, les Etats-Unis auraient accepté un Iran possédant l’arme atomique en prenant de multiples  mesures pour contenir cette puissance nucléaire. Par un bouclier antimissile déployé en Europe (Roumanie, République Tchèque), par un armement massif des pays arabes du Golfe Persique (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Oman….), par un maintien du «gap » technologique existant entre Israël et ses voisins (avec la mise en place de radars américains sur le territoire israélien, du développement d’un propre bouclier antimissile israélien (système Arrow) et la livraison des matériels les performants comme le chasseur-bombardier F-35), ainsi qu’une présence militaire américaine renforcée dans le Golfe Persique, les Etats-Unis auraient pu être en mesure selon certains d’atténuer la menace que pourrait faire peser un Iran nucléaire sur le Moyen-Orient. Cependant, Israël a d’emblée écarté cette option clamant qu’il ne peut courir le risque d’une seule bombe nucléaire iranienne explosant sur son territoire sous peine d’être détruit de façon irréversible. Barack Obama au mois de septembre 2012 a ainsi rassuré Israël en affirmant que le containment d’un Iran nucléaire n’était plus une option.

La « guerre secrète »:

Afin de retarder au maximum toute accession iranienne à l’arme nucléaire, les services secrets israéliens et américains tenteraient depuis plusieurs années de saboter, d’endommager, de ralentir par tous les moyens le programme nucléaire iranien.  Ces actions seraient principalement  les sabotages technologiques et les exécutions ciblées. La NSA, la CIA, et l’unité israélienne 8200 de guerre électronique par le biais du programme informatique « Olympic Games » ont sans doute pu lancer successivement les virus Stuxnet, Duqu et Flame, dans les réseaux électroniques des centrales nucléaires iraniennes et y causer de gros dégâts notamment en détruisant des centrifugeuses nécessaires à l’enrichissement de l’uranium. Au-delà de la cyber-guerre, le Mossad n’hésiterait pas à envoyer des agents au cœur de l’Iran afin de procéder à des destructions d’infrastructures par le biais d’explosifs comme la destruction d’un stock de missiles iraniens, le 12 novembre 2011 sur une base des Gardiens de la Révolution. Enfin le Mossad aurait ces dernières années directement procédé à des assassinats de personnalités clés du programme nucléaire iranien, comme des scientifiques, universitaires, officiers, abattus en pleine rue à Téhéran ou tués dans l’explosion de leur voiture. Mais toutes ces mesures ne peuvent que retarder la course au nucléaire menée par l’Iran, dans l’espoir que les lourdes sanctions économiques qui lui sont imposées fassent se soulever le peuple iranien contre la République Islamique avant que celle-ci n’ait atteint la capacité nucléaire militaire.

Les scénarios de guerre contre l’Iran

L’attaque israélienne :

Ce type d’intervention, qui est le plus souvent évoqué dans les médias, serait là encore un moyen pour retarder le programme nucléaire iranien (de 18 à 24 mois) mais pas pour le détruire dans son intégralité de façon irréversible, Israël n’ayant pas les moyens pour cela. Avec une flotte de 400 avions de combat, Israël a au moins la capacité de mener de mener 3 vagues d’assaut (voire plus) de cent appareil (F15I et F16I) afin d’abattre les avions intercepteurs ennemis, la DCA iranienne et au minimum d’endommager les 4 principaux sites nucléaires iraniens (Natanz, Arak, Bushehr et surtout Fordo). Pour cela Tsahal devrait emprunter l’une des trois routes d’accès à l’Iran (par la Turquie au nord, l’Arabie Saoudite au sud ou par le chemin le plus court, l’Irak). Au-delà des considérations diplomatiques, Tsahal peut aisément franchir toutes ces frontières grâce à un système de brouillage radar que seul Israël possède et qui a déjà fait ses preuves lors du bombardement des infrastructures nucléaires syriennes en 2007. Au-delà de sa seule force aérienne, Israël peut également compter sur ses missiles balistiques Jericho III. Plusieurs questions restent toutefois en suspens. Israël a-t-il la capacité de ravitaillement en vol de tels effectifs pour garantir une efficacité de frappe optimale ? Les livraisons américaines de ravitailleurs KC-135 se poursuivent pour y arriver le cas échéant. Au pire, Israël pourrait peut-être faire atterrir ses formations de combat sur les aérodromes de l’Azerbaïdjan avec qui les relations se sont fortement rapprochées ces dernières années. Au-delà du raid en lui-même, les destructions qu’infligeraient Israël seraient-elles suffisantes pour obtenir des résultats probants ? La fortification continue des sites nucléaires névralgiques iraniens, et notamment de la base cruciale de Fordo (site enterrée sous une montagne et renforcée de couches de béton armé), pourrait peut-être faire échec à de telles frappes. Cependant, Israël se fait livrer depuis plusieurs années des bombes anti-bunker penetrator  (GBU-27 et 28) pour tenter de résoudre ce problème. Les capacités de pénétration des bombes israéliennes seront-elles plus performantes que les fortifications iraniennes ? Israël sait de toute façon qu’il ne pourra mettre fin seul au programme nucléaire iranien. D’autant plus que l’Etat hébreu sera immédiatement confronté à la riposte du Hezbollah, ce qui donnera l’occasion à Israël de prendre la revanche sur le parti chiite que Tsahal attend depuis 2006.

Les trois options américaines

Les frappes ciblées américaines :

Menées selon les mêmes principes que des frappes israéliennes, la capacité de projection américaine et sa puissance de feu, permettraient de ne pas connaître les mêmes problèmes qui se posent à Israël avec des résultats beaucoup plus certains. Déployant leurs bombardiers stratégiques B1, B2, B52, leurs chasseurs furtifs F-22, leurs centaines de chasseurs conventionnels, leurs bombes GBU-57, plusieurs groupes aéronavals, les Etats-Unis après s’être assurés de la maîtrise du ciel et des côtes pourraient mener une campagne de bombardement sur plusieurs semaines qui détruirait le programme nucléaire iranien ou, à tout le moins, le retarderait de nombreuses années.

Un  « global strike » :

Mais les Etats-Unis pourraient ne pas vouloir s’arrêter seulement à la destruction du programme  nucléaire de l’Iran. Ils pourraient décider d’une attaque globale visant à détruire en plus des sites nucléaires, l’ensemble de l’armée de l’air, de la marine et des moyens lourds de l’armée de terre et des Gardiens de la révolution ainsi que leurs bases, les principales infrastructures énergétiques et voies de communication et les sites institutionnels gouvernementaux comme les palais, les ministères, les lieux de pouvoir locaux ainsi que de tenter une décapitation du régime par la mort du Président ou du Guide Suprême iranien. Cela impliquerait probablement en plus de l’utilisation des capacités de l’US Air Force ou de l’US Navy, le déploiement de nombreuses forces spéciales chargés de neutraliser les sites sensibles au sol tels la défense côtière ou anti-aérienne. En outre, après avoir substantiellement détruit la majorité des capacités offensives iraniennes, les Etats-Unis  pourraient décider de soutenir un groupe iranien au pouvoir en remplacement de l’ancien régime (comme avec l’Alliance du Nord en Afghanistan en 2001) qui verrait le nouveau régime iranien redevenir un allié de l’Amérique, comme avant 1979. Fort opportunément les Etats-Unis viennent de retirer la semaine dernière l’Organisation des Moudjahidines du Peuple Iranien de leur liste des groupes terroristes.

L’invasion américaine :

Hypothèse la moins probable actuellement, les Etats-Unis pourraient néanmoins devoir s’y résoudre le moment venu. A peine retirés d’Irak, cherchant à le faire le plus vite possible d’Afghanistan,  affaiblis économiquement, ayant une armée « fatiguée » par 11 ans de guerre, les Etats-Unis savent qu’ils ne doivent pas s’engager massivement au sol en Iran comme ils l’ont fait en Irak en 2003. Néanmoins, si les frappes aériennes et navales, les opérations spéciales et les tentatives de faire tomber le régime iranien ne suffisaient pas, les Américains pourraient se retrouver avec un gouvernement iranien passé dans la clandestinité, soutenu par un peuple iranien galvanisé, ne disposant plus de capacités offensives majeures mais pouvant néanmoins semer le chaos au Moyen-Orient par le biais de multiples attentats et le développement de guérillas dans toute la région. Les Etats-Unis se retrouveraient alors contraints de s’investir lourdement sur le sol iranien même pour éviter une déstabilisation de cette région pétrolifère stratégique. Au risque de se retrouver dans un piège d’une ampleur qu’ils n’ont plus connus depuis le Vietnam.

La riposte iranienne

Se préparer à la guerre :

Assurément avec les relativement faibles moyens dont il dispose, l’Iran ne pourra que ralentir une offensive américaine. Cependant l’armée iranienne est totalement prête pour ce combat et la détermination sous le feu ennemi compte tout autant que l’armement. Si les Iraniens savent que leur armée de l’air et leur DCA n’arrêtera pas les escadrilles ennemies (même si plusieurs avions seront probablement abattus) ils comptent obtenir des succès dans la défense du Golfe Persique à partir de leurs côtes. De nombreuses batteries de missiles anti-navires de conception russe (de type Sunburn et Silkworm) sont déployés sur les côtes (détroit d’Ormuz notamment) ; elles peuvent toucher tous les bâtiments américains déployés dans le Golfe (mais ceux-ci bénéficient du système anti-missiles Phalanx pour les contrer). En plus du minage du détroit d’Ormuz, la marine iranienne compte envoyer des unités navales « au contact ». Si la flotte de surface iranienne classique n’a aucune chance de succès face à la Ve flotte américaine, ces bâtiments peuvent aller s’écraser lors d’attaques kamikazes sur les bâtiments adverses. Les trois sous marins Kilo et les groupes de sous marins de poche que possède l’Iran peuvent engranger des résultats significatifs s’ils décident de « chasser en meute » et de se focaliser sur une cible unique. Enfin, l’Iran compte surtout sur les centaines d’embarcations légères rapides de type hors-bord des Gardiens de la Révolution. Ces vedettes possèdent des missiles antinavires C-802 chinois qui ont fait leur preuve au large du Liban en 2006 lorsque le Hezbollah toucha une frégate israélienne avec l’un d’entre eux. Par des attaques « swarming » (en essaim), ces centaines d’unités (éventuellement kamikazes) pourraient arriver à submerger les défenses d’un groupe aéronaval voire peut-être, couler un porte-avions. Si les Etats-Unis subissaient des pertes navales importantes dans le Golfe Persique (ce qui ne leur est pas arrivé depuis la Seconde guerre mondiale), nul doute que cela arriverait à galvaniser l’ensemble du peuple iranien, voire du monde musulman tout entier. Néanmoins de telles victoires tactiques n’amèneraient pas pour autant l’Iran à repousser une attaque américaine. La seule façon pour les Iraniens d’obtenir une non-défaite serait d’amener les troupes américaines à combattre au sol en espérant les enliser dans des bourbiers similaires au triangle sunnite irakien ou à la vallée afghane de Korengal. Depuis que les Etats-Unis se sont retirés d’Irak leurs bases les plus proches de l’Iran se trouvent de l’autre côté du Golfe Persique. Les Iraniens ne sont pas en capacité de réussir un débarquement sur les côtes arabes et leur seule possibilité serait de passer par le sud irakien pour atteindre le Koweït ce qui équivaudrait à un échec annoncé. La meilleure possibilité pour les Iraniens de forcer les Etats-Unis à combattre au sol serait d’aller porter la guerre en Afghanistan, là où les troupes américaines sont sur le départ, en nombre toujours plus faibles et principalement armées pour lutter contre une guérilla pachtoune légèrement armée. En lançant plusieurs centaines de milliers de soldats et de Gardiens de la Révolution, possédant des moyens antichars et antiaériens, dans le nord de l’Afghanistan (là où se trouve la minorité chiite et où les troupes américaines sont le moins présentes), l’Iran pourrait alors infliger une véritable surprise stratégique aux Etats-Unis. En attaquant avec de nombreuses troupes lourdement armées les Etats-Unis dans leurs bases du nord de l’Afghanistan, la guérilla talibane au sud et à l’est renforcerait ses attaques et les Etats-Unis seraient confrontés à faire le choix d’une retraite humiliante à la soviétique où au renforcement massif des troupes sur le sol afghan. Que ce soit en Afghanistan ou ailleurs, l’Iran a bien compris que sa meilleure chance réside dans une guerre asymétrique au sol obligeant les américains à une contre-insurrection longue et coûteuse en vies humaines autant qu’en argent, afin de pousser la population américaine à obliger son gouvernement à retirer ses troupes de la région.

Romain Sens

D’après la partie prospective de son mémoire de Master II « géostratégie de la menace iranienne » sous la direction de Walter Bruyère-Ostells.

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