TP AJAX : LES TROIS JOURS OÙ LA CIA A RENVERSE MOSSADEGH

1 Sep

Selon l’historien Douglas Little, l’objectif de l’opération TPAjax serait de « causer la chute de Mossadegh et de son gouvernement et le remplacer par un régime militaire qui serait favorable à un accord équitable sur la question du pétrole et poursuivrait sans relâche le Parti Communiste »[1]. De mai à août 1953, la CIA va travailler de concert avec le SIS britannique, au renversement du Premier Ministre iranien Mossadegh. C’est la première mission de ce type qu’elle est amenée à réaliser. Au centre de l’opération se trouvent Kermit Roosevelt et Donald Wilber, deux officiers de la CIA spécialistes du Moyen-Orient. Comment la CIA va-t-elle mettre sur pied cette opération au caractère inédit, et jusqu’à quel point va-t-elle réussir ?

 

La planification

Qui sont les différents protagonistes de l’opération ? L’homme au cœur de l’opération TP-Ajax est Kermit Roosevelt. Né en 1916, petit-fils de Théodore Roosevelt, il est en 1953 un haut gradé de la division de la CIA au Moyen-Orient. Il est choisi par ses supérieurs pour diriger l’opération TP-Ajax sur le terrain. Il sera donc chargé de prendre contact avec les différentes parties, garantir le bon déroulement des évènements, exécuter l’opération et s’assurer de son succès. L’architecte de l’opération est Donald Wilber, un spécialiste de l’architecture du Moyen-Orient. Lui et son homologue britannique Woodhouse sont chargés de la planification. Choisi pour sa connaissance de la région, acquise après des années de recherches de terrain, Wilber ne sera pas sollicité pour d’autres opérations, à son grand regret. Il sera néanmoins chargé de rédiger pour le département d’Histoire de la CIA une chronique de l’opération. Le successeur de Mossadegh a été choisi en la personne du général Zahedi. Général de la division d’Ispahan durant la Seconde Guerre Mondiale, puis chef de la police de Téhéran au début du règne de Mohammed Reza Shah, il a pris sa retraite en 1950, mais jouit encore d’une grande popularité auprès des officiers. Enfin, les frères Rashidian incarnent les éléments iraniens de l’opération. Grâce à leur vaste réseau d’informateurs, ils constituent un atout indispensable au bon déroulement de l’opération.

 

En juin 1953, est mis en place un premier projet, intitulé Initial operational plan for TP Ajax. Il y est décidé qu’en matière d’actions préliminaires, l’opposition à Mossadegh sera financée à hauteur de 35 000 dollars par la CIA, et de 25 000 dollars par le SIS. L’argent sera convoyé par des réseaux clandestins pour parvenir jusqu’à Zahedi qui aura à acheter le soutien d’officiers iraniens. Une part importante des actions préliminaires consiste à convaincre le Shah d’accepter de jouer un rôle central dans l’opération. Pour cela, il faudra le convaincre que l’intérêt des Britanniques et des Américains à renverser Mossadegh ne réside pas dans le pétrole, mais dans la prévention de la menace communiste. Roosevelt devra brandir l’argument des aides financières américaines, qui cesseront tant que Mossadegh restera au pouvoir. Si le Shah accepte de prendre part à l’opération, son rôle consistera à désigner Zahedi comme Premier Ministre une fois le gouvernement de Mossadegh renversé. Pour Wilber et Woodhouse, il est important que l’opération revête un caractère légal. Les Majlis doivent donc pencher en faveur de la destitution de Mossadegh. Il appartiendra à Roosevelt et aux frères Rashidian de s’assurer qu’un quorum de 53 députés se prononcera en faveur de la destitution de Mossadegh. Les chefs religieux devront aussi prendre parti au mouvement en faisant entendre leurs fermes condamnations du gouvernement Mossadegh et en organisant des manifestations politiques sous prétexte religieux. Les frères Rashidian devront également mettre de leur côté le Bazar de Téhéran, y faire bruire des rumeurs anti-Mossadegh, et y encourager des manifestations. Enfin, le Tudeh sera neutralisé par l’arrestation préalable d’une centaine de ses membres, et le Sud de Téhéran sera bouclé pour éviter que les membres restants ne s’y réunissent. Ainsi, l’Initial Operational Plan met en place une action quasi-légitime, car essentiellement fondée sur les manifestations de mécontentement des différents groupes sociaux[2].

 

Ce premier projet est approfondi par le London Draft. Le rôle du Shah y est plus amplement précisé. Sa sœur, la princesse Ashraf, devrait obtenir de lui qu’il signe deux documents indispensables pour entretenir le semblant de légitimité du coup. Le premier prendrait la forme d’une lettre ouverte ordonnant au lecteur de coopérer avec le porteur de ce courrier. Le second prendrait la forme d’un décret royal appelant les officiers à se rallier à Zahedi. Celui-ci, muni du premier document, devra recruter des alliés parmi les rangs de l’armée. L’antenne de la CIA à Téhéran conserverait scrupuleusement le second document, et ne l’utiliserait que si les évènements venaient à prendre une tournure inattendue. Le plan envisage trois situations possibles le jour J[3]. C’est vers cette situation A que les organisateurs du coup tendent, car elle est la plus propice pour une action nette et efficace. Les manifestations religieuses et des commerçants du Bazar de Téhéran prendraient une ampleur telle qu’à leur apogée, elles seraient suivies d’une action militaire menée par Zahedi et les alliés recrutés grâce au décret. Il prendrait la tête de l’état-major et nommerait ses compagnons aux postes stratégiques de façon à sécuriser sa position. Les Majlis voteraient la déchéance de Mossadegh, et Zahedi, muni des décrets royaux, sera nommé Premier Ministre[4]. Le London Draft précise qu’il est nécessaire, avant le coup, de faire escalader les tensions au sein de la société civile. Des attaques contre les leaders religieux seraient mises en scène, et dénoncées par les victimes comme imputables à Mossadegh. Les leaders religieux se fendraient de violentes déclarations sur l’impiété de Mossadegh et ses mesures anticléricales. Les frères Rashidian se chargeraient de faire circuler un tract alléguant d’un prétendu accord entre Mossadegh et le Tudeh. Une fois la colère des dignitaires religieux et de la population de Téhéran portée à son paroxysme, il serait facile pour Zahedi de s’emparer du pouvoir[5].

 

Le dernier document rédigé sur la planification de l’opération TP Ajax, Campaign to Install a Pro-Western government in Iran récapitule les objectifs et les différentes phases de l’opération. Il s’agit « d’utiliser des méthodes légales ou quasi légales afin de provoquer la chute de Mossadegh et de son gouvernement et de le remplacer par un gouvernement favorable aux intérêts US avec Zahedi comme Premier Ministre»[6]. La réussite de l’opération dépend de l’obtention des deux décrets signés de la main du Shah, de la coordination des forces anti-Mossadegh, de la réussite de la campagne de propagande menée contre le Premier Ministre, et de l’efficacité de la guerre des nerfs visant à faire plier Mossadegh à l’aide de déclarations publiques de dignitaires américains sur l’inquiétante situation en Iran, et de la réduction des subventions américaines.

 

Wilber et Woodhoose sont conscients de la fragilité de leur plan et de la grande probabilité d’un échec. Beaucoup de facteurs déterminants de l’opération sont imprévisibles, comme la réaction du Shah, ou celle du Bazar de Téhéran. L’opération est d’autant plus délicate qu’elle est une première pour les deux services. Mais malgré tout, elle doit être menée, car, comme le conclut le London Draft, « si l’opération n’est pas menée, les Etats-Unis seront de toute façon expulsés d’Iran, puisque l’effondrement économique certain sous le présent gouvernement serait probablement accompagné par un chaos interne et une prise de pouvoir du Tudeh sous la mainmise de l’URSS »[7].

 

 

Les premiers temps de l’opération.

Telle que décidée par le London Draft, l’opération se met peu à peu en place. Donald Wilber, l’un des principaux artisans de l’opération, est chargé en 1954 par le département d’Histoire de la CIA de rédiger la chronique de l’opération. Son travail constitue la source la plus complète en la matière. C’est là-dessus que nous nous appuierons pour relater les évènements de l’été 1953 à Téhéran.

 

Dès juin 1953 la North East and African division (NEA) de la CIA répartit les différentes tâches selon les compétences personnelles de chacun de ses officiers. Roosevelt restera à Téhéran tout le long de l’opération pour en assurer le commandement, Lewitt, un autre officier, assurera les liaisons entre l’antenne de la CIA à Téhéran et l’antenne de la SIS à Nicosie. Le colonel Meade est envoyé comme délégué à Paris auprès de la princesse Ashraf, pour la conseiller dans ses relations avec son frère. Godwin est nommé directeur de l’équipe de Roosevelt à Téhéran. Le colonel Carrol est chargé de la planification militaire à Téhéran, et Wieber de la propagande. Les activités de propagande faisant partie des actions préliminaires à l’opération, le 29 juin, des articles et des cartoons anti-Mossadegh ainsi qu’un poster du général Zahedi présenté au peuple iranien par le Shah, préparés au préalable par l’équipe de Wilber, sont acheminés vers Téhéran[8]. La phase préparatoire semble donc se dérouler comme prévu. Cependant, le plus gros du travail reste à accomplir. Il s’agit de convaincre le Shah de participer à l’opération. La NEA compte sur l’intervention de sa soeur, la princesse Ashraf, alors en exil à Paris, pour le convaincre. Malheureusement, lorsque celle-ci atterrit à Téhéran le 25 juillet, la rumeur de sa présence déchaîne de violents troubles. Le Shah, d’abord réticent à la recevoir, finit par lui accorder une entrevue, qui s’avère stérile. Asadollah Rashidian cherche alors à inspirer confiance au Shah en lui proposant de faire diffuser sur les ondes de la BBC un message dont tous deux auraient précédemment convenu du contenu. Le Shah accepte, mais bien que le message soit effectivement diffusé le 31 juillet, il ne change pas sa position[9].

 

La NEA fait alors entrer le général Schwarzkopf en scène. Grand ami du Shah depuis 1942, lorsque Schwarzkopf avait été dépêché en Iran pour réorganiser la police de Téhéran, il est un des rares à posséder assez d’influence sur le souverain pour obtenir sa coopération. Sa mission est de faire signer par le Shah un décret nommant Zahedi chef d’état-major, une lettre assurant Zahedi de sa confiance, et un décret enjoignant les rangs de l’armée à se rallier à Zahedi[10]. Le Général se fait lui aussi éconduire, au prétexte que le Shah n’a pas confiance en l’armée et que les chances de réussite de l’opération sont trop faibles. Mossadegh, sentant la situation évoluer en sa défaveur, demande l’organisation d’un referendum pour dissoudre les Majlis. Le 4 août, il obtient 99,9% d’opinions favorables. La NEA décide de profiter de ce score suspect pour en faire un objet de propagande contre Mossadegh. Par conséquent, la nature des documents à soutirer au Shah change, et il lui est à présent demander de signer un décret nommant Zahedi premier Ministre, et une lettre dénonçant la dissolution des Majlis comme illégale, car seul le Shah peut dissoudre les Majlis[11]. Le 10 août, lors d’une entrevue entre le Shah et Rashidian, le souverain accepte enfin de signer les décrets. Il décide de se retirer à Ramsar, une station balnéaire sur le littoral de la mer Caspienne, le temps que l’opération soit exécutée. Le 12 août, les décrets royaux démettant Mossadegh et nommant Zahedi Premier ministres, rédigés par la NEA, y sont acheminés pour que le Shah y appose sa signature[12]. Ils parviennent à Téhéran le lendemain.

 

Une fois la question de l’approbation du Shah réglée, la guerre psychologique contre Mossadegh reprend de plus belle. Les frères Rashidian ont réussi à rallier à la CIA toute la presse d’opposition. Les plans concernant les menaces et tentatives d’attentat contre les leaders religieux sont mis à exécution et les tracts faisant état d’une prétendue alliance entre Mossadegh et le Tudeh sont diffusés. Le 13 août, la phase préliminaire de l’opération arrive à son terme. Tous les protagonistes sont réunis afin de passer une dernière fois en revue le déroulement de l’opération, prévue dans la nuit du 15 août. Ce qui se produit cette nuit-là ne peut être qualifié autrement que comme un échec. Deux facteurs sont cités par Wilber pour expliquer le désastre : un officier aurait révélé l’éminence d’un coup d’état, et une fois l’opération éventée, les participants n’auraient pas su prendre les initiatives nécessaires pour retourner la situation à leur avantage[13]. Selon Riahi, le chef d’état-major de Mossadegh, le Premier Ministre était au courant de ce qui se tramait dès 17H, dans l’après-midi du 15. Pourtant, il s’abstient de toute action jusqu’à 23h30, lorsque le colonel chargé de lui remettre le décret royal annonçant son renvoi est arrêté à proximité de sa résidence[14]. La suite des évènements semble placée sous de mauvais hospices. Riahi déploie des détachements de soldats à des points stratégiques de Téhéran, de façon à prendre les troupes pro-Zahedi à revers. De plus, le chef d’état-major de Zahedi, supposé prendre possession du quartier général de l’Etat-Major, prend peur et abandonne l’opération[15]. A 02h30, l’opération paraît perdue[16].

 

Un revirement de situation inattendu.

Cette opération, si longuement préparée, aux rouages si bien huilés, paraît condamnée dans la nuit du 15 au 16 août. Quelles auraient été les conséquences d’un arrêt brutal de l’opération et d’une retraite des Américains et des Britanniques ? Il n’est pas question de refaire l’Histoire avec des « si », mais il est certain que l’implication des Américains était encore secrète à ce moment précis. Si les évènements de l’année écoulée pouvaient éveiller les suspicions iraniennes à l’égard des Britanniques, seuls les officiers de l’armée iranienne ralliés à Zahedi et les frères Rashidian avaient la connaissance du rôle joué par Kermit Roosevelt et ses hommes dans l’opération. Or, aucun des Iraniens impliqués n’avait intérêt à parler. Pourquoi donc s’entêter à poursuivre l’opération coûte que coûte, comme Roosevelt le fit?

 

Le 16 août à 05h 45, Radio Téhéran diffuse un communiqué du gouvernement informant les Iraniens qu’une tentative de coup d’état contre Mossadegh a été déjouée dans la nuit. Les chances de voir l’opération menée à bien sont infimes, mais la NEA décide de les saisir. Pour cela, Carrol effectue un tour de reconnaissance à travers la ville, et note la concentration de troupes et de tanks autour du domicile de Mossadegh. Un coup de force militaire est donc inenvisageable. L’opération ne peut être sauvée qu’en s’assurant de la présence de Zahedi et en convaincant l’opinion publique iranienne que le coup a été en réalité orchestré par Mossadegh, et que Zahedi est le premier ministre légitime. Pour ce faire, la NEA fait parvenir à la New York Associated Press un communiqué selon lequel des rapports non-officiels rapporteraient que les leaders du coup seraient munis de deux décrets du Shah, l’un démettant Mossadegh de sa fonction de premier ministre, et l’autre nommant Zahedi à sa place[17]. La rumeur selon laquelle le coup d’Etat aurait en réalité été orchestré par Mossadegh pour renverser le Shah se répand dans les rues de Téhéran. Le quotidien Keyhan, en contact avec la CIA, fait pour la première fois mention du traité nommant Zahedi. En réponse aux rumeurs, le Tudeh se mobilise, accompagné par des nationalistes fidèles à Mossadegh. Alors que rien n’est encore joué, Mossadegh commet alors deux erreurs fatales. A midi, il annonce sur Radio Téhéran la dissolution des Majlis. Il fait également publier dans un quotidien nationaliste un éditorial dans lequel il conspue le Shah et son père, Reza Shah[18]. Des deux erreurs commises ce jour-là, c’est certainement celle-ci la plus grave. En effet, Reza Shah est encore une figure extrêmement populaire en Iran, et le peuple est très attaché à la dynastie Pahlavi. Additionné à la dissolution des Majils, cet éditorial vient corroborer les rumeurs de tentatives de destitution du Shah. En fin de journée, la foule est massée sur la place des Majlis pour entendre de la bouche des députés le récit des évènements. Les orateurs sont des pro-Mossadegh qui demandent la démission du Shah. Roosevelt comprend que s’il veut mener l’opération à bien, il doit obtenir du Shah que ce dernier se fende d’un discours décisif. Le 17 août, l’intervention tant espérée du souverain a lieu. Le Shah déclare sur Radio Bagdad que « ce qui a eu lieu en Iran ne peut être considéré comme un coup d’état » et reconnaît avoir émis les décrets. Cette allocution provoque parmi l’opinion publique une défiance accrue vis-à- vis de Mossadegh : pourquoi Mossadeh ment-il si les décrets sont authentiques ? Le ralliement de l’armée à Zahedi s’opère lorsque la liste des arrestations des officiers impliqués dans le coup est diffusée. Les détenus risquent la pendaison. La police et la gendarmerie de Téhéran, les unités de la Garde Impériale et les officiers de l’armée iranienne décident de les sauver de la potence. Il est à présent temps pour Roosevelt de solliciter l’appui des leaders religieux, afin qu’ils lancent une fatwa contre les Communistes et appellent les Iraniens à soutenir la religion et le trône des Pahlavi. Le 18 août, Sahed, un journal pro-Shah, publie le décret démettant Mossadegh de ses fonctions, tandis que Shojat, un quotidien pro-Tudeh, dénonce un complot angloaméricain et appelle à mettre à bas la monarchie24. Zahedi prononce un discours face aux officiers de l’armée iranienne : « Soyez prêts au sacrifice de vos vies pour protéger l’indépendance et la monarchie en Iran, et la sainte religion islamique aujourd’hui menacée par les Infidèles communistes »[19].

 

La journée du 19 août s’avère décisive. Très tôt le matin, des copies des décrets royaux sont publiées dans la presse pro-Shah. Y est jointe une interview de Zahedi dans laquelle il affirme que son gouvernement est le seul légitime. A 9 heures, des groupes de militants pro-Shah se rassemblent dans les rues de Téhéran aussi bien pour s’opposer à Mossadegh que pour protester contre le Tudeh, qui a la veille saccagé des statues de la dynastie Pahlavi. Il ne manque plus à cette foule qu’un leader, afin de la conduire à exiger la démission de Mossadegh. Des colonels de l’état-major de Zahedi saisissent l’opportunité, et dirigent le groupe vers les Majlis, en les incitant à saccager les locaux de journaux pro-Tudeh sur leur passage. A présent qu’une partie de la foule est de leur côté, il faut prendre possession de Radio Téhéran, et retourner les forces de sécurité contre Mossadegh. Des officiers pro-Shah s’emparent de camions et de chars, et deviennent maîtres des points stratégiques de Téhéran. Pendant ce temps, la foule dirigée par les colonels alliés de Zahedi se dirige toujours vers les Majlis. Pendant sa progression, des forces pro-Mossadegh ouvrent le feu, mais la foule se disperse puis se reforme de plus belle au son de « Longue vie au Shah ». A midi, le gouvernement de Mossadegh ne contrôle donc plus ni la rue, ni l’armée. A 14h, Radio Téhéran, le bastion stratégique indispensable à la réussite de l’opération tombe aux mains des royalistes. A 17h25 très précisément, Zahedi entre en scène et livre une adresse à la nation dans laquelle il se revendique comme seul et unique Premier Ministre légitime d’Iran[20]. La résistance au coup d’état s’affaiblit d’heures en heures. Les militants pro-Mossadegh se dissipent, et l’état-major se rend. A 19h, la résidence de Mossadegh tombe aux mains des royalistes. Le colonel Carrol clôture l’opération. Les participants au coup d’Etat sont nommés aux postes clés, les derniers bastions stratégiques sont sécurisés, les arrestations débutent. Le seul et dernier régime démocratique que n’ait jamais connu l’Iran est tombé en ce 19 août 1953.

 

Sophie Gueudet, monitrice du Master II en 2014-2015

(d’après son mémoire pour l’obtention du diplôme de Sciences Po Aix soutenu en juin 2014 sous la direction de Walter Bruyère-Ostells)

 

[1] LITTLE Douglas, « Mission : Impossible, the cult of covert action in the Middle-East », Diplomatic

History, Volume 28, Issue 5, pages 663–701, Novembre 2004, p 669.

[2] Initial Operational Plan for TPAjax.

[3] London Draft, p 10.

[4] Ibid, p 13.

[5] Ibid, p 25.

[6] Campaign to Install a Pro-Western Government in Iran.

[7] London Draft, p 27.

[8] WILBER Donald, CIA, Clandestine Services History, Overthrow of Premier Mossadeq of Iran:

November 1952 – August 1953,p 20.

[9] Ibid., p 24.

[10] Ibid., p 25-26.

[11] Ibid., p 30.

[12] WILBER Donald, op. cit., p 36.

[13] Ibid., p 39.

[14] Ibid., p 41-42.

[15] Ibid., p 42.

[16] Ibid., p 43.

[17] Ibid., p 45.

[18] Ibid., p 49.

[19] Ibid., p 60.

[20] Ibid., p 72.

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