La minorité chiite d’Arabie Saoudite dans la rivalité saoudo-iranienne 1979-2016

3 Nov

La minorité chiite d’Arabie Saoudite dans la rivalité saoudo-iranienne

1979-2016

Introduction.

« On the Arab side of the Gulf, political elites have long kept Shia out of political decision making and work to keep political institutions unrepresentative. In addition, Shia are excluded from nationalist reenactment, that glorifies Arab, Sunni and tribal identities.[1] » C’est avec ces mots que Toby Matthiesen présente la population chiite (duodécimain) d’Arabie Saoudite dans son ouvrage de référence sur le sujet. Il met en valeur la longue tradition d’exclusion de la minorité chiite dans la Péninsule arabique, qui deviendra l’Arabie Saoudite avec la mise en place du premier État saoudien par Ibn Saoud. Dès la mise en place du troisième et actuel État saoudien, cette minorité chiite (représentant 10 à 15% de la population totale du royaume) restera exclue de la vie politique et sociale du royaume. Elle revêt pourtant une importance stratégique, que la découverte d’immenses réserves de pétrole dans la Province de l’Est – où cette minorité vit principalement – fera apparaître aux yeux des dirigeants saoudiens, d’autant plus qu’elle constituera jusqu’à 60% de la main d’œuvre de la société pétrolière saoudienne ARAMCO.[2] Dès lors, la monarchie alternera entre des phases de conciliation et des périodes de répression, en fonction des contextes politiques internes et externes, puisqu’en effet, le sort de cette minorité chiite, essentiellement établie autour des villes de Qatif et d’Hassa, dépend de son appartenance confessionnelle, condamnée avec virulence par le clergé wahhabite saoudien. Rejetée depuis des siècles par les cercles de pouvoir sunnites à cause de son hétérodoxie, la minorité chiite de la Province de l’Est subit la haine et l’ire des oulémas wahhabites, le mépris du clan Al-Saoud et de la population saoudienne sunnite, et à partir de la Révolution islamique en Iran (1979), elle devient l’objet de méfiance et de théories essentialisantes visant à l’affilier à la République islamique iranienne. Dès 1979 donc – point de départ de notre analyse – elle subira les contrecoups des crises émaillant la rivalité irano-saoudienne, en même temps qu’elle déterminera en partie cet antagonisme entre les deux pays. Le sort de cette population chiite semble ainsi dépendre de multiples facteurs, au nombre desquels sa volonté propre ne compte pas. Pour autant, les stratégies d’adaptation des leaders chiites saoudiens permettront ponctuellement des améliorations dans les conditions de vie et dans la reconnaissance de cette minorité. Par ailleurs, les représentations communes en Arabie Saoudite consistant à identifier les chiites saoudiens à des Iraniens témoignent déjà d’errances intellectuelles et de préjugés fallacieux, l’Iran et les chiites saoudiens n’étant dès lors plus définis que par leur foi religieuse. Nous nous attacherons donc ici à interroger les liens réels ou supposés entre cette population chiite saoudienne et la République islamique iranienne à partir de 1979, et ce jusqu’aux lendemains des Printemps arabes, afin de mettre au jour la dépendance de l’une à l’autre, dans le cadre plus général de la rivalité opposant l’Arabie Saoudite à l’Iran. Ainsi, dans quelle mesure a population chiite d’Arabie Saoudite a-t-elle constitué un levier d’influence pour l’Iran sur le sol même de son rival ? Et dès lors, quelles sont les conséquences d’un parrainage iranien sur le traitement réservé aux chiites saoudiens par les pouvoirs politiques et religieux de Riyad ? En d’autres mots : partant du constat qu’à partir de 1979 principalement, le sort des chiites de la Province de l’Est est intimement lié aux relations irano-saoudiennes, quelles sont les conséquences de ces dernières sur le sort des chiites saoudiens ? Et inversement, dans quelle mesure les relations des chiites saoudiens à la monarchie influent-elles sur la rivalité irano-saoudienne ? L’analyse historique du sort des chiites de l’actuelle Province de l’Est en Arabie Saoudite permettra d’éclairer les influences de la Révolution islamique iranienne sur le traitement de cette minorité, ainsi que l’exacerbation des tensions entre l’Arabie Saoudite et l’Iran qui en résulte. Finalement, cela nous amènera à interroger le poids des acteurs extérieurs et des enjeux géopolitiques régionaux sur le sort des chiites de la Province de l’Est, et leurs conséquences sur la rivalité irano-saoudienne.

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I. La perception des chiites d’Arabie Saoudite à travers l’histoire : de la défiance à l’exclusion et la condamnation  

L’adoption d’un point de vue historique permet de mettre en lumière les relations qu’entretiennent aujourd’hui les chiites d’Arabie Saoudite avec le pouvoir saoudien. Héritières d’une longue sédimentation de représentations teintées de défiance et d’hostilité, ces relations ne peuvent en effet être comprises en dehors du cadre historique qui les a vu naître. L’analyse des déterminants de l’idéologie saoudienne et wahhabite, enchâssés dans les relations entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, permet à son tour d’éclairer les modalités des interactions entre les chiites de la Province de l’Est et le pouvoir saoudien.

  1. Les chiites d’Arabie Saoudite : une population historiquement mise à l’écart et malmenée

La présence de populations chiites dans la Péninsule arabique remonte au VIIème siècle de notre ère. Dès l’origine, cette population a été l’objet de mises à l’écart et de persécutions de la part des populations arabes sunnites, du fait d’oppositions entre leurs pensées religieuses et politiques respectives, ainsi que de leur assimilation à des pouvoirs politiques chiites rivaux. Aujourd’hui, les discours visant à légitimer la présence chiite en Arabie Saoudite, et par là une participation égale à la vie économique et politique du royaume saoudien, emprunte à l’historicité de la présence de chiites dans la Péninsule arabique. Ils ont ainsi recours à une terminologie spécifique (Bahrani[3]) rendant compte de cette présence multiséculaire, justifiant les droits civils et politiques qu’ils revendiquent, au nom d’une égale citoyenneté.

Une présence chiite ancienne dans la Péninsule arabique — La présence de chiites dans la Péninsule arabique est en effet extrêmement ancienne, remontant au VIIème siècle, notamment dans l’oasis d’Al-Hassa et autour de la ville de Qatif[4] (actuelle Province de l’Est ou Province Orientale) : des pouvoirs et des populations chiites s’y sont ainsi succédés, comme les Qarmates à partir de 899[5]. Après une alliance politique nouée entre Qatif, Al-Hassa et les îles de Bahreïn, les chiites de l’actuelle Arabie Saoudite sont successivement passés sous l’autorité de tribus sunnites, de chefs chrétiens, et enfin sous celle des Ottomans, à partir de 1534[6], quand les îles de Bahreïn étaient administrées par l’Empire perse safavide et chiite. Dès lors, la proximité de ces deux pôles de pouvoir a favorisé une compétition pour l’hégémonie sur la Péninsule arabique. De ce fait, les représentants du pouvoir ottoman à Qatif ont presque toujours suspecté les chiites de la ville d’être une « cinquième colonne », les associant au pouvoir chiite de l’autre côté du détroit d’Ormuz. Nous verrons que ces réflexes liés à la crainte de voir son pouvoir renversé, de compter sur son territoire des populations jugées différentes, hors de la communauté et hostiles à celle-ci, seront très vite réactivés par les Ibn Saoud, et ce tout au long de l’histoire du royaume.

La longue sédimentation des représentations des chiites par les pouvoirs arabes sunnites — Les chiites de la Péninsule arabique étaient ainsi déjà catégorisés en fonction de leur confession[7], et subissaient une mise à l’écart de la vie religieuse, économique et politique, avant même la naissance du premier État saoudien. Les catégories de représentation des pouvoirs sunnites dans la Péninsule arabique, face à un empire perse affirmant sa volonté de puissance, se sont ainsi structurées autour de la figure de l’autre. L’on peut ici faire référence à la notion d’étiquetage théorisée par Howard S. Becker : étudiant les « déviances » dans les milieux du jazz aux États-Unis, il explique ainsi sa notion d’étiquetage, « les groupes sociaux créent la déviance en instituant des normes dont la transgression constitue la déviance, en appliquant ces normes à certains individus et en les étiquetant comme des déviants. De ce point de vue, la déviance n’est pas une qualité de l’acte commis par une personne, mais plutôt une conséquence de l’application, par les autres, de normes et de sanctions à un « transgresseur »[8] ». La norme était à cette époque le sunnisme, les chiites étant étiquetés comme déviants, ou du moins fidèles à une foi illégitime ; c’est pour cette raison qu’il leur a été très rapidement prêté des projets occultes, associés à la dissimulation et au mensonge. On retrouvera cette dimension avec la mise en place du premier État saoudien, doublée d’une haine profonde pour le chiisme, portée par la doctrine et le clergé wahhabites.

  1. Le chiisme dans la doctrine wahhabite

Le premier État saoudien est né après des décennies de guerre, de conquêtes et de défaites dans la Péninsule arabique, au terme desquelles la famille Saoud – alliée à la famille de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb (1703-1792) – a assis son pouvoir sur les provinces du Nejd et du Hedjaz et les tribus qui y vivaient[9]. Ce premier État saoudien est ainsi né de l’alliance d’un prédicateur religieux et d’un chef politique, donnant lieu à une expansion territoriale qui sera en même temps une expansion religieuse de la doctrine wahhabite. Cette doctrine est extrêmement hostile à l’égard des chiites, les considérant comme hérétiques et appelant à la répression (jusqu’à la mort) de ces derniers[10].

La formation de l’État saoudien et l’alliance avec Abd al-Wahhab — Dès le XVIIIème siècle, l’Arabie connaît de très grands mouvements tribaux, caractérisés par la structuration des principales tribus que l’on connaît encore aujourd’hui. Les mouvements démographiques inédits auxquels ces mouvements tribaux ont donné lieu dans la Péninsule arabique ont engendré un phénomène de transition politique tout autant original[11]. Le clan Al-Saoud, avec à sa tête Mohammed Ibn Saoud (1710-1765), est alors installé dans la petite oasis de Dir’iyya, où elle accueille un prédicateur musulman, Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb[12]. Lorsque le prédicateur arrive dans l’oasis, l’émir et lui s’entendent[13] pour permettre à l’un et à l’autre d’étendre respectivement leur territoire et leur prédication : ‘Abd al-Wahhâb s’engage à soutenir « l’État » saoudien en contrepartie d’un soutien à la réforme religieuse qu’il promeut[14]. Cette alliance s’avère rapidement extrêmement féconde : en effet, ‘Abd al-Wahhâb n’hésite pas à déclarer impies tous ceux qui ne se rallient pas à ses idées[15], ce qui permet au clan d’Ibn Saoud de déclarer la guerre, et même la guerre sainte, à tous ses ennemis et contempteurs. Enfin, cette expansion est servie par le fait que les Saoud vont inclure au premier État saoudien les autres tribus de la région, auxquelles ils interdisent les razzias afin d’assurer la sécurité des routes économiques. Un premier État est donc apparu au cours de la décennie 1740 et s’est progressivement étendu jusqu’à l’incendie par les troupes de Mohammed Ali Pacha de Dir’iyya en 1818. La période suivante (1824-1891) est marquée par des reconquêtes saoudiennes, aussi bien que par des revers militaires sévères infligés par les Ottomans et les Égyptiens, et plus encore par des divisions entre les différentes branches de la famille des Saoud. À partir de 1902, Abd al-Aziz Ibn Saoud quitte le Koweït où sa famille s’était réfugiée, dans le but de reconstituer le royaume de ses pères, que ces derniers n’avaient su protéger face à la dynastie des Ibn Rashid[16]. Après quelques succès militaires, il profite du contexte géopolitique (Empire Ottoman mourant, débuts de la Première Guerre Mondiale) pour asseoir son autorité sur les régions reconquises. Finalement, le royaume d’Arabie naît de la fusion du royaume du Hedjaz et du Nejd le 18 septembre 1932, cinq ans après la reconnaissance des frontières politiques du troisième État saoudien par les Britanniques le 10 mai 1927 grâce au traité de Djeddah[17]. L’État saoudien actuel est ainsi indissociable de la légitimité religieuse offerte par le wahhabisme, que le clergé continue de prêcher et exporte largement grâce à sa diplomatie religieuse. De ce fait, les représentations propres au clergé infusent la société et le pouvoir politique aux mains des Saoud, ou du moins influencent ces derniers.

Les chiites dans les représentations wahhabites — La doctrine wahhabite se réclame d’un retour à la pureté de l’Islam, celui pratiqué par les « anciens », les salafs, d’où découle le terme de « salafistes », qu’ils préfèrent à celui de wahhabite, utilisé par les contempteurs de la doctrine[18] Par ailleurs, ainsi que le rappelle Toby Matthiesen, la pensée wahhabite rejette en bloc le chiisme, considéré comme impur et déviant : « Dès le milieu du XVIIIème siècle, le clergé wahhabite considère l’islam chiite comme l’un de ses principaux, sinon le principal, ennemis. Alors que les relations entre les dirigeants politiques chiites et des membres individuels de la famille régnante saoudienne ont fluctué, et se sont même améliorées à certains moments, les attitudes du clergé wahhabite ne changent pas.[19] » La pensée wahhabite est en effet violemment anti-chiite, du fait des interprétations littérales d’Abd al-Wahhab, qu’il a synthétisées dans Le Livre de l’Unicité, où il « condamne les Musulmans qui rendent un culte aux compagnons du Prophète et aux saints, et font un pèlerinage sur leurs tombes (…). »[20] En outre, cette pensée est immobile, ne s’adaptant pas aux contextes changeants, mais au contraire durcit sa vision déjà radicale, et poussera à de nombreuses reprises le pouvoir saoudien à réprimer les chiites de la Province de l’Est. Ainsi les exactions commises par les Ikhwans, bras armé du wahhabisme permettant la diffusion de la doctrine d’Abd al-Wahhab de gré ou de force : « Avant-garde de l’armée des Al Saoud, ces derniers démontraient un zèle religieux tout particulier et s’étaient rendus coupables de nombreuses exactions, notamment contre les chiites. »[21]

Les chiites de la Péninsule arabique, puis de l’Arabie Saoudite, ont donc depuis longtemps été tenus à l’écart de la vie politique, économique, sociale et religieuse du fait de leur confession et de leurs pratiques propres, rejetées par l’orthodoxie musulmane. L’alliance entre Abd al-Wahhab et la famille Al-Saoud a ainsi empiré la situation des chiites saoudiens, du fait de l’institutionnalisation de l’anti-chiisme. Relayés au rôle de l’autre éternel, persécutés, parfois même massacrés, les chiites saoudiens ont néanmoins su s’adapter aux contingences qui étaient les leurs pour gagner un peu de reconnaissance auprès du pouvoir saoudien, jouant avec les différents contextes et tirant profit des facteurs idiosyncratiques des dirigeants saoudiens. Pour autant, ils ont aussi été dépendants du contexte géopolitique de la région, en particulier des relations entre l’Iran et leur pays. La Révolution islamique iranienne a ainsi eu de nombreuses incidences sur leurs revendications et leurs moyens d’action auprès du pouvoir saoudien, ce dernier craignant qu’ils constituent une cinquième colonne, influencés par l’ennemi dorénavant juré que représente la République islamique chiite d’Iran.

 

II. Influences de la Révolution islamique iranienne sur les chiites de la Province de l’Est et exacerbation des tensions entre l’Arabie Saoudite et l’Iran

La Révolution islamique iranienne, véritable traumatisme pour les dirigeants saoudiens, a en effet eu de nombreuses conséquences sur les revendications des chiites de la Province de l’Est. Se sentant soutenus et renforcés par un pouvoir chiite voisin, leurs revendications se sont faites plus fermes et résolues. Ce changement d’attitude a lui-même eu de nombreux effets sur les relations irano-saoudiennes, dans un contexte de tensions et d’oppositions croissantes.

  1. La montée des tensions en Iran, la Révolution islamique et ses répercussions sur la Province de l’Est saoudienne

Avant même le changement de régime et l’arrivée de Khomeiny au pouvoir en Iran, les tensions entre le chah et la population se faisaient grandissantes. Dès le 2 juin 1978, des manifestations étudiantes ébranlèrent Téhéran ; le 21 août, un violent et sanglant attentat est perpétré contre un cinéma à Abadan ; le 9 septembre de la même année, ce sont les ouvriers du secteur pétrolier qui entament une grève. Khomeiny jette alors de l’huile sur le feu pour faire tomber le régime de Mohammed Reza Shah Pahlavi[22]. Ces différents soulèvements et la montée des tensions en Iran ne sont pas sans effet sur l’Arabie Saoudite voisine, notamment à l’approche du mois de Muharram.

Le mois de Muharram et les processions d’Achoura, point de départ des tensions sur le sol saoudien — En Arabie Saoudite, au début du mois de Muharram, des clercs chiites ont décidé de célébrer ce rite très cher aux populations chiites – leur permettant de revivre le martyr d’Hussein[23] – en public, alors que cela leur était interdit sur le sol saoudien du fait de l’opposition radicale de la part du clergé wahhabite. Cela est d’autant plus significatif en cette année 1979 que ces célébrations ont constitué l’un des moments clés de la Révolution islamique iranienne un an plus tôt, forçant le chah à s’exiler en janvier 1979. Le 25 novembre 1979, des centaines de chiites de la province de l’Est se sont joints aux manifestations débutées quelques jours auparavant. Les jours suivants, la foule n’a cessé de grandir, et des heurts avec les forces de la Garde nationale saoudienne ont eu lieu, faisant les premiers morts des deux côtés. Au cours des manifestations, des portraits de Khomeiny étaient brandis, les manifestants entonnant des chants révolutionnaires popularisés lors de la Révolution islamique[24]. Ces éléments attestent des influences de la Révolution islamique iranienne sur les protestations chiites saoudiennes. Ces manifestations ont connu une certaine accalmie après l’Achoura, pour reprendre quelques jours plus tard, notamment le 1er février, date anniversaire du retour de Khomeiny en Iran[25]. À ce titre, Joseph Kostiner a montré que certains journaux iraniens, dont Jomhuri-ye Eslami (La République Islamique), avait affirmé le caractère de soutien à la Révolution islamique des manifestations de janvier et février 1980. Ce même journal a publié un communiqué de l’ORIPA[26] menaçant que les manifestations ne cesseraient pas tant qu’une République islamique ne serait pas installée en Arabie Saoudite[27]. Cette intifada a marqué les esprits, et l’ORIPA a voulu s’en servir comme moyen de propagande dans l’objectif de promouvoir une identité collective aux chiites saoudiens[28]. Dans cette perspective, une célébration de cette intifada a été organisée pendant plusieurs années à Téhéran par l’ORIPA. L’Iran a ainsi bel et bien – aux niveaux étatiques et infra étatiques, et selon les sensibilités politiques propres aux différents acteurs – appuyé et nourri les contestations chiites dans la Province de l’Est saoudienne, dans un souhait de déstabilisation, parfois d’exportation de la Révolution islamique en Arabie Saoudite, Khomeiny étant un fervent défenseur de cette option. Dès lors, ces manifestations ont eu des répercussions sur les relations irano-saoudiennes, approfondissant les antagonismes et la rivalité grandissants entre les deux pays. Plus encore, le soutien iranien aux contestations des chiites saoudiens ainsi que le référent khomeyniste manifesté au cours des évènements de 1979 en Arabie Saoudite ont tous deux profondément marqué les représentations saoudiennes de leur minorité chiite, comme le rappelle Toby Matthiesen : « After the intifada the state began to see the Shia in the Eastern Province as a serious security threat. This perception has dominated the state’s view of the Shia ever since.”[29] De plus en plus obsédés par le référent iranien, les dirigeants saoudiens n’ont eu de cesse de considérer les chiites de la Province de l’Est comme une force manipulable aux ordres l’Iran voisin : cela a eu pour conséquence de redoubler l’appréhension ressentie face à cet alter de plus en plus menaçant, tout en influant sur les attitudes du pouvoir saoudien relativement aux chiites de la province de l’Est. Ces différents éléments prendront plus de force encore au lendemain de la Révolution islamique iranienne, du fait du traumatisme et de la peur de son exportation qu’elle a engendrés en Arabie Saoudite.

La révolution islamique et les chiites d’Arabie Saoudite — La Révolution islamique en Iran au cours de l’année 1979, qui voit le chah d’Iran être destitué et une République islamique mise en place, a constitué un véritable traumatisme chez les décideurs politiques saoudiens, ainsi qu’au sein du clergé wahhabite qui voyait la menace chiite prendre de l’ampleur et risquer de remettre en question la conception wahhabite/salafiste hégémonique de l’islam. Les citoyens saoudiens chiites, jusque-là fidèles aux Al Saoud malgré les inégalités de traitement entre eux et les citoyens sunnites, ont vécu les évènements de 1978-79 et la Révolution islamique comme un possible levier de reconnaissance d’une citoyenneté et dès lors de droits égaux. Le changement qu’a opéré la Révolution islamique en Iran est que la population chiite de la Province orientale n’est plus seulement suspectée d’être soutenue par l’Iran révolutionnaire : les Saoudiens en sont dorénavant convaincus, les allocutions de Khomeiny allant dans le sens d’une exportation de la Révolution islamique à l’ensemble du monde musulman, qu’il souhaite unifier sous une même bannière[30]. C’est la raison pour laquelle il appelle à l’unité des musulmans, en rappelant les objectifs de la Révolution islamique : « The other pilgrims must realise that the goal of the Iranian Moslems is to establish an Islamic government under the banner of Islam and under the guidance of the Holy Qoran and the Prophet of Islam so that our Moslem brothers will come to know that our only goal is Islam and we only think about the establishment of a just Islamic government.[31] » Cette affirmation de Khomeiny remet fondamentalement en cause la prétention hégémonique de l’Arabie Saoudite sur le monde musulman en se voulant porteur et défenseur de l’orthodoxie musulmane. Cela explique la radicalité du jugement saoudien sur les chiites de la Province de l’Est, pour qui « Celle-ci [la minorité chiite de la Province de l’Est] a été désormais considérée, dans son ensemble, comme un élément subversif inféodé au régime iranien.[32] » Ce jugement saoudien s’explique par les différents éléments mentionnés plus haut, mais aussi et surtout par l’incontestable réalité des faits ; l’Iran, dès le lendemain de la Révolution islamique est en effet devenue une base arrière pour une partie des mouvements de contestation du pouvoir saoudien et de revendication de la garantie d’une reconnaissance accrue. Téhéran a ainsi accueilli dès 1979 le MVM et une partie de ses leaders comme al-Shirazi, mais aussi d’autres figures importantes de la contestation chiite saoudienne comme Muhammad Taqi al-Mudarrisi, qui devint très proche d’un certain nombre de factions politiques iraniennes[33]. L’Iran devient dès lors la principale base arrière des militants chiites saoudiens, leur offrant un soutien logistique non négligeable.

L’Iran, base arrière des contestations chiites d’Arabie Saoudite — En effet, dès le lendemain de la Révolution islamique, des hawzas (séminaires) ont été organisés autour de Téhéran, notamment le hawzat al-Qa’im du MVM, sous la supervision d’al-Mudarrisi. Ce dernier a compté plusieurs centaines d’étudiants, dont la majorité était saoudiens. L’Iran alimentait ainsi les sentiments hostiles à l’Arabie Saoudite des chiites saoudiens, mais aussi irakiens et bahreïnis, en leur offrant les armes intellectuelles et idéologiques pour combattre leur voisin avec qui la rivalité se creusait au fur et à mesure des mois[34]. L’Iran ne constitue pas pour autant l’élément déclencheur des manifestations de militants chiites saoudiens, comme en témoigne le débat historiographique autour des influences iraniennes sur le sol saoudien en 1978-1980. Une querelle historiographique oppose en effet ceux[35] qui présentent l’intifada sur le sol saoudien comme un dérivé de la Révolution islamique, quand d’autres[36] affirment que ce sont les particularités locales des chiites d’Arabie Saoudite qui ont été à l’origine des soulèvements de 1979-1980, l’influence de la Révolution islamique étant avant tout symbolique. Ce qui est certain, c’est que l’Iran abritait déjà de nombreux leaders chiites en exil, ce qui a facilité l’organisation et la tenue des intifadas, ainsi que le développement et la diffusion[37] de rhétoriques propres à susciter de nombreux ralliements. Dans la même perspective, les mots d’Hasan al-Saffar[38] témoignent d’une réelle proximité entre les chiites d’Arabie Saoudite et Téhéran : « We are genuinely part of the realm of the downtrodden [mustadafun] while the despots of Al Saud…are genuinely part of the realm of oppressors…and colonizers. The ongoing battle is now between these two realms…. Our struggle against…tyrannical rule is a cycle of a long chain of a universal revolution which will, inevitably, lead to the collapse of imperialistic superpowers and the rise of the world of the downtrodden.[39] » Le terme de mustadafun qu’utilise Hasan al-Saffar définit dans son esprit aussi bien la minorité chiite saoudienne que l’Iran dans son intégralité, porté par son projet d’exportation de la Révolution islamique, les premiers et les deuxièmes ne formant qu’un face à l’ennemi saoudien. Par ailleurs, les nombreux textes anti-chiites publiés par les clercs wahhabites dès le lendemain de la Révolution islamique iranienne témoignent d’un double objectif : à la fois réduire, tant que faire se peut, l’influence iranienne et l’exportation de la révolution, et associer dans les esprits les chiites de la Province du Hasa à l’Iran[40]. Le rôle de l’Iran dans les révoltes des chiites d’Arabie Saoudite est donc extrêmement important, et les craintes du clergé wahhabite et des Al Saoud semblent ici extrêmement justifiées. Dans cette perspective, le soutien apporté par l’Iran à différents groupes chiites saoudiens, sur le sol saoudien et iranien, ainsi que les propos de Khomeiny condamnant l’Arabie Saoudite ont contribué à la détérioration des relations entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. À ce titre, on peut noter l’interdiction de voyager vers l’Iran à partir de l’Arabie Saoudite imposée par le pouvoir saoudien l’intifada « de Mouharram 1400 »[41]. Cela a eu pour conséquence le départ des membres de l’ORIPA de Téhéran pour des raisons techniques et logistiques, le gouvernement d’Al-Assad les accueillant à Sayyidah Zaynab en Syrie.

Finalement, comme le résume parfaitement Laurence Loüer, « On le comprend, l’établissement de la République islamique d’Iran a eu pour effet de lier intimement le sort des chiites saoudiens, et plus particulièrement de l’opposition islamiste chiite, aux relations bilatérales entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Plus précisément, l’évolution de la politique étrangère iranienne, elle-même liée aux dynamiques internes du régime iranien, explique les transformations de la stratégie de l’opposition islamiste chiite saoudienne. En effet, si, durant toutes les années 1980, l’Arabie saoudite a été l’une des cibles privilégiées de la partie diplomatie publique de la politique d’exportation de la révolution, d’une part les acteurs de cette politique ont été multiples et, d’autre part, leur marge de manœuvre vis-à-vis du régime iranien était variable.[42] » Ce qui est ici mis en valeur est d’abord la proximité intrinsèque, dans les faits comme dans les représentations, entre l’Iran et les groupes contestataires chiites saoudiens de toute nature du fait de leurs relations depuis 1978 ; puis la pluralité de ces groupes, allant de la simple contestation à une lutte armée et à des revendications propres à l’islam politique chiite. C’est de cette pluralité des groupes d’opposition au pouvoir saoudien que découlent la complexité et la richesse de la décennie 1980 en ce qui concerne les chiites d’Arabie Saoudite et leurs influences sur les influences saoudo-iraniennes.

  1. La décennie 1980 : des ingérences iraniennes en Arabie Saoudite à l’autonomisation des groupes islamistes chiites saoudiens

Les dix années qui couvrent la décennie 1980 se caractérisent par leur pluralité et leur richesse, au sens où elles ont été le double moment de cristallisation d’évolution des différentes tendances chiites saoudiennes de contestation du pouvoir saoudien, et ont vu s’alterner des périodes d’accalmie avec des périodes de regain de tensions. En outre, ici encore, les liens toujours actifs des mouvements de contestation chiites saoudiens avec l’Iran révolutionnaire auront des conséquences non négligeables sur sa rivalité croissante avec l’Arabie Saoudite.

L’accalmie dans la Province de l’Est — En juin 1982, après la mort du roi Khalid, le prince héritier Fahd est monté sur le trône saoudien. Très rapidement, il décide de nommer un nouveau gouverneur à la tête de la Province de l’Est, son fils Muhammad en 1984. Ce dernier a introduit de nombreux programmes dans le but d’améliorer les conditions de vie des chiites de la région. Plus encore, une amnistie générale a été déclarée pour tous les chiites saoudiens arrêtés depuis 1979. Dans la même perspective, Muhammad ben Fahd organisa de nombreuses rencontres avec les notables et la jeunesse chiites de la Province. Cela a eu pour conséquence une réelle accalmie après la violente intifada de 1979-80. Ces quelques améliorations ponctuelles ne doivent pas pour autant occulter la poursuite de l’arrestation et de la répression d’un grand nombre de chiites saoudiens par la police religieuse[43]. De même, malgré les liens entre l’Iran et la population chiite saoudienne, cette accalmie temporaire n’a pas eu pour conséquence une amélioration des relations irano-saoudiennes, comme l’instrumentalisation du hajj par Téhéran l’illustre.

Le hajj, outil de propagande iranien et élément de discours anti-saoudien — L’importance que revêt l’organisation du hajj pour l’Arabie Saoudite est immense et sans égale. En effet, la monarchie saoudienne en retire un prestige très important et une légitimité à la fois nationale et internationale. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir le pèlerinage annuel à La Mecque et à Médine devenir une nouvelle question de discorde entre l’Arabie Saoudite et l’Iran[44], dans un contexte de rivalité globale croissante, où la religion est présentée comme l’un des facteurs les plus importants, bien qu’elle ne constitue en réalité qu’un outil au service des désirs hégémoniques et politiques de chacun des deux pays[45]. L’Iran se sert très vite du hajj comme d’un média pour exporter la Révolution islamique ; au lendemain de la Révolution islamique, les dirigeants politiques et religieux iraniens ne considèrent en effet pas tant le pèlerinage dans sa dimension religieuse et rituelle que comme le lieu idéal de prosélytisme, du fait de la présence de millions de musulmans[46]. Plus encore, le hajj a très vite été perçu par les éléments iraniens les plus radicaux comme un moyen de déstabiliser l’Arabie Saoudite en remettant en question sa souveraineté, puisqu’en effet « Ayatollah Khomeini and other Iranian spiritual leaders never kept their intentions to use the hajj as a vehicle for pan-Islamic agitation a secret and they regularly received Iranian pilgrims and instructed them in detail on the role expected of them.[47] » Non seulement le hajj devenait aux yeux des dirigeants iraniens un lieu de diffusion de leur doctrine, mais les pèlerins iraniens et saoudiens chiites eux-mêmes devaient être chargés d’assumer cet objectif. Ces derniers avaient en effet pour rôle de remettre au goût du jour les cérémonies du bara’ah[48], au cours desquelles les pèlerins avaient pour objectif de dénoncer les ennemis de l’islam, les États-Unis et Israël. Cela permettait à l’Iran de faire perdre à l’Arabie Saoudite sa neutralité ainsi que toute forme de légitimité aux yeux de ses alliés, témoins d’images sur lesquelles des millions de personnes qui leur étaient hostiles criaient des slogans de haine à leur encontre. Mais cette politique iranienne aura de lourdes conséquences, comme l’arrêt des relations diplomatiques entre les deux pays rivaux au lendemain des émeutes au hajj en 1987[49], au cours desquelles des centaines de pèlerins et de membres des forces de l’ordre saoudiennes ont trouvé la mort[50]. Nombreux sont ceux qui ont soutenu que des éléments saoudiens chiites étaient impliqués dans cet « incident », renforçant un peu les craintes saoudiennes d’une instrumentalisation iranienne des chiites de la Province de l’Est[51].

Dans cette perspective, les dirigeants politiques et religieux iraniens n’ont eu de cesse de remettre en question la légitimité de l’Arabie Saoudite et de ses dirigeants à organiser le pèlerinage annuel à la Mecque. Ainsi les mots de l’ayatollah Montazeri, critiquant le caractère musulman de la foi wahhabite : « Wahhabism was originally established by mercenaries of foreigners whose main objective was to divert the Muslims, and to encourage them to fight each other … This sect is neither committed to Islam nor to the Qur’an, it is rather interested in eliminating Islam and its history? Therefore Shi’ites as well as Sunnites are rejecting them.[52] » Ces tensions entourant le hajj vont dans le sens de l’interdépendance entre les chiites saoudiens et l’Iran : ce dernier les perçoit en effet comme un outil au service de leur influence et de la rivalité qui l’oppose à l’Arabie Saoudite. Néanmoins, la fin de la décennie 1980, et plus encore la décennie 1990 vont être le moment d’une autonomisation d’une partie des mouvements de contestation chiites saoudiens par rapport à l’Iran, et de fait d’une transformation des modalités de contestation du pouvoir saoudien.

De la divergence croissante des intérêts des groupes islamistes chiites et de l’Iran : la fin du soutien iranien aux shirazistes et l’autonomisation de l’ORIPA — Comme cela a été montré précédemment, le soutien apporté par l’Iran aux mouvements de contestation chiites saoudiens devait servir les intérêts de puissance et d’influence de l’Iran. Cependant, différents groupes islamistes chiites ont voulu, au cours de la décennie 1980, servir leurs intérêts propres et voir leurs conditions de vie en Arabie Saoudite s’améliorer. Cela a eu pour conséquence l’autonomisation progressive de Mohammed al-Shirazi et de son Mouvement du Message notamment, Shirazi jouissant d’une aura et d’une autorité religieuse de plus en plus prégnantes. De ce fait, les objectifs iraniens et shirazistes ont évolué de façon séparée. Comme le rappelle Laurence Louër, « Les shirazistes ont en effet fini par apparaitre comme des éléments trop incontrôlables : non seulement ils avaient leur propre agenda, mais Mohammed al-Shirazi représentait une autorité religieuse concurrente à celle de Khomeiny et, entre autres, ne se privait pas de critiquer les dérives autocratiques de la République islamique. En 1987, l’élimination des derniers soutiens iraniens des shirazistes qui, dans leur lutte contre la faction montante agrégée autour de Ali Akbar Hachémi Rafsandjani (élu président en 1989), se trouvaient avoir été à l’origine du dévoilement des ventes d’armes américaines à l’Iran (affaire de l’Irangate), a achevé de marginaliser les shirazistes dans le dispositif d’exportation de la révolution.[53] » Dans le même sens, l’ORIPA dont il a déjà été question, s’est progressivement autonomisée de l’Iran, en adoptant le nom de Mouvement de la Réforme, témoignant de leur changement de stratégie par rapport au pouvoir saoudien, adoptant la voie de la conciliation et de la négociation et abandonnant celle de la lutte armée[54].

L’on perçoit finalement que les relations entre chiites saoudiens et pouvoir iranien sont doubles : d’une part, le sort réservé aux chiites de la Province de l’Est réveille – a fortiori depuis la Révolution islamique de 1979 – différentes formes de contestation plus ou moins violentes, qui du fait de leur soutien par l’Iran creusent un peu plus la rivalité et l’antagonisme qui opposent les deux pays  ; d’autre part, cette rivalité croissante entre la République islamique d’Iran et le royaume d’Arabie Saoudite a elle-même des conséquences sur la façon dont les chiites saoudiens sont perçus et traités, et de facto sur leurs modes de revendication. La fin de la décennie 1980 et le début de la décennie 1990 sont à ce titre très éloquents, du fait de la réforme des principaux mouvements islamistes chiites saoudiens. La période partant de la décennie 1990 et allant jusqu’aux révolutions arabes suivra la même logique, notamment avec la création du Hezbollah al-Hijaz, véritable bras armé iranien en Arabie Saoudite.

 

III. De l’influence des acteurs extérieurs et des enjeux géopolitiques régionaux sur le sort des chiites de la Province de l’Est et les conséquences sur la rivalité irano-saoudienne

La décennie 1990 est marquée, en ce qui concerne les chiites d’Arabie Saoudite, par une autonomisation des mouvements de l’islam politique par rapport à l’Iran. La voie que ces mouvements prennent est celle de la conciliation, de la main tendue et de la fidélité au royaume saoudien. Ils rompent en cela avec les années précédentes, émaillées de manifestations souvent violentes et d’une certaine instrumentalisation par l’Iran des sentiments de frustration des chiites saoudiens. L’Iran, qui souhaite conserver un outil d’influence sur le sol saoudien, va alors armer et financer des groupuscules violents, rejetant toute forme de conciliation avec le pouvoir saoudien : ainsi le Hezbollah al-Hijaz, qui perpétrera un certain nombre d’attentats très meurtriers.

 

  1. Le Hezbollah al-Hijaz, bras armé iranien en Arabie Saoudite contre la voie du compromis

 

Le Hezbollah al-Hijaz, créé avec le soutien de l’Iran, deviendra très rapidement son bras armé en territoire saoudien, lui permettant de servir ses intérêts par des actions de déstabilisation sur le territoire saoudien. Elle est ainsi le symbole des tensions et de la rivalité qui oppose l’Arabie Saoudite à l’Iran.

La création du Hezbollah al-Hijaz — C’est en 1988, après l’attentat de la raffinerie de Joubaïl que l’Arabie Saoudite prend connaissance d’un mystérieux groupuscule qui se donne pour nom Hezbollah-fil-Hedjaz[55]. Cette organisation, dès sa création en mai 1987 après les émeutes du hajj[56], a été parrainée par l’Iran et par l’ayatollah Khomeiny, dont les membres sont fidèles à sa marja’îyya[57] et loyaux à sa vision politique. Excepté cette fidélité à Khomeiny (dont ils acceptent en outre le principe de wilayat al-faqih[58]), le groupe ne reconnaît aucune autre autorité, ainsi que le rappelle Joshua Teitelbaum : « But one organization accepted neither Saffar’s policy of engagement nor the accommodation with the Saudi regime. This was Hezbollah al-Hijaz, known also as Saudi Hezbollah and Ansar Khat al-Imam (Followers of Imam Khomeini).[59] » Le nom qu’ils se sont choisis est très significatif en cela qu’ils nomment Hijaz la totalité du territoire saoudien, remettant ainsi en question la légitimité de la famille royale saoudienne de gouverner ce territoire. Les membres de ce groupe s’appellent aussi entre eux « Khat al-Imam », insistant une fois de plus sur leur fidélité à Khomeiny ; c’est aussi le nom par lequel ils sont désignés en Arabie Saoudite : cela va dans le sens d’une affiliation, dans l’esprit des Saoudiens et dans la réalité des faits, du groupe à l’Iran. Pourtant, les fondateurs du groupe ne sont pas iraniens mais bien saoudiens, plus particulièrement originaires de la Province de l’Est, principalement d’Al-Hasa. Leurs biographies sont d’ailleurs assez proches : ils ont presque tous suivi une éducation religieuse en Irak, et ont pour la plupart pris part à des contestations violentes à l’encontre du pouvoir saoudien[60]. La création et le développement de cette organisation s’inscrit ainsi dans la rivalité opposant l’Arabie Saoudite et l’Iran, dont les relations se réchaufferont quelque peu après la fin de la guerre Iran-Irak en 1988, ce qui n’empêchera pas pour autant le Hezbollah al-Hijaz de continuer à essayer de déstabiliser le pouvoir saoudien par différentes actions violentes : c’est en cela que l’organisation représente le bras armé iranien en Arabie Saoudite[61].

Le bras armé de l’Iran en Arabie Saoudite — Nous l’avons vu, l’organisation du Hezbollah al-Hijaz a été parrainée par l’Iran dès sa création. La République islamique voulait en effet disposer de groupuscules mobiles, malléables et à ses ordres, pouvant servir de moyen de pression sur le gouvernement saoudien sans mettre en danger les objectifs et les principes « assumés » de sa politique étrangère.[62] Dans cette perspective, l’organisation apparaît bel et bien comme le bras armé informel de l’Iran sur le territoire saoudien, servant secrètement son objectif d’exportation de la Révolution islamique dans la Péninsule arabique, ainsi que Toby Matthiesen le rappelle : « Hizbullah al-Hijaz’s long-term political goal was the establishment of an Islamic Republic in the Arabian Peninsula after the Iranian model, and it advocated the overthrow of the Saudi regime through violence.[63] ». Dans un contexte de guerre contre l’Irak, l’Iran pouvait ainsi continuer à affirmer sa nonintervention sur les territoires des pays arabes et musulmans, tout en se servant du Hezbollah al-Hijaz pour en fait intervenir réellement et tenter de déstabiliser le pouvoir saoudien. Cette volonté de déstabiliser le pouvoir saoudien se concrétise dès 1988, lors du premier attentat revendiqué par l’organisation, à la raffinerie de Joubaïl. Les responsables de l’attentat ont ensuite été décapités, ce que les autres membres de l’organisation ont voulu venger en assassinant des membres des services secrets saoudiens à l’étranger, rentrant dans un cercle vicieux fait d’assassinats, de condamnations et de vengeances. Malgré le réchauffement des relations entre l’Iran et l’Arabie Saoudite après la fin de la guerre Iran-Irak, la mort de Khomeiny et l’élection du modéré Rafsandjani au poste de président, la République islamique souhaitait continuer de promouvoir une propagande anti-saoudienne, tout en affirmant la légitimité de l’Iran sur les lieux saints de La Mecque et Médine et en se présentant comme les protecteurs des chiites saoudiens[64]. Pour cela, les opérations de subversion sur le territoire saoudien se sont faites plus rares, la propagande prenant le pas sur la violence, comme en témoigne la création et la diffusion d’un journal, Risalat al-Haramayn, La lettre des deux villes saintes, servant les intérêts iraniens à travers le Monde arabe[65]. C’est d’ailleurs dans ce journal que le Hezbollah al-Hijaz a publiquement affirmé ses liens avec la République islamique d’Iran, affirmant « there is no doubt that our links with the Islamic Republic are very strong, because it is a base for all the liberators and revolutionaries in the world.[66] » Les activités de déstabilisation continuèrent encore pendant de nombreuses années, notamment motivées par la présence américaine sur le territoire saoudien. Par ailleurs, l’organisation n’accepta pas les accords de 1993 passés entre le gouvernement saoudien et le mouvement d’Hassan al-Saffar notamment, selon lesquels les différentes organisations chiites islamistes saoudiennes abandonnaient le militantisme politique et la violence contre une amnistie générale et une amélioration des conditions de vie des chiites saoudiens.

Hassan al-Saffar et la voie du compromis — L’on s’en rappelle, Hassan al-Saffar, extrêmement présent sur la scène chiite saoudienne, avait changé le nom de l’ORIPA en Mouvement de la Réforme en 1991, dans un contexte général de changement de stratégie visant à assurer un minimum de droits et une reconnaissance des chiites saoudiens par le pouvoir. En effet, après la chute du régime de Saddam Hussein, « The leading Shiite figure, Sheikh al-Saffar, said that Saudi Shiites were now “determined to claim some of their rights while defending the nation’s unity.”[67] »  La nouvelle stratégie de Saffar, contre laquelle s’élevait le Hezbollah al-Hijaz, consistait donc à affirmer la loyauté des chiites saoudiens au pouvoir des Al Saoud en échange de la reconnaissance de ces premiers, politiquement et socialement, ainsi qu’un assouplissement des lois ayant traits à leurs cultes et à la pratique de ceux-ci en public. Cette voie du compromis était dictée par une situation délicate et complexe, entre la joie de voir les chiites valorisés et gagner du pouvoir, et la peur de se faire réprimer au nom des chiites irakiens par le pouvoir saoudien. C’est donc à un jeu d’équilibriste que Safaar s’est prêté, tiraillé entre des revendications pour plus de reconnaissance ainsi qu’une égalité de fait, et la nécessité de faire preuve d’une loyauté au régime saoudien, ayant en tête que le pouvoir politique constitue la première bride à un wahhabisme violemment anti-chiite[68]. Ainsi, au moment du renversement de Saddam Hussein, il a dû faire preuve de loyauté afin rassurer la monarchie sunnite, qui craignait l’émergence d’un régime chiite en Irak, qui risquerait de faire des émules dans le Golfe.

Saffar était donc maintenant indépendant de l’Iran, dont il ne partageait pas les vues, et dont il avait compris que les intérêts et la façon de les réaliser étaient contraires aux siens et à ceux des chiites d’Arabie Saoudite en général. Ce tournant réformiste s’accentuera tout au long de la décennie 1990 avec des avancées notables en ce qui concerne les droits des chiites saoudiens, malgré des retours en arrière ponctuels, du fait de la dépendance du sort des chiites saoudiens au caractère et à l’humeur des dirigeants saoudiens. La fracture géopolitique que constitue l’année 2003 ira dans le sens d’un approfondissement de ce réformisme chiite, toujours intimement lié à l’Iran malgré l’autonomisation de Saffar ; les craintes de la famille Al Saoud de voir les chiites de la Province de l’Est se soulever après la chute de Saddam Hussein réactiveront en effet l’assimilation du chiisme à l’Iran rival.

  1. Le tournant de 2003 : la chute de Saddam Hussein et la hantise d’un croissant chiite

L’année 2003 et la chute de Saddam Hussein en Irak marquent un tournant géopolitique majeur au Moyen-Orient, puisque ces évènements ont permis à la majorité chiite irakienne d’arriver au pouvoir, prenant politiquement leur revanche sur la minorité sunnite qui avait longtemps dominé le pays. Ce changement profond dans les équilibres régionaux et dans les jeux d’alliance a fait craindre aux pays arabes sunnites voisins que les chiites irakiens ne fassent des émules au sein des minorités chiites de leurs populations. En témoigne l’allocution du roi Abdallah de Jordanie, en décembre 2004, qui a fait part lors d’une conférence de presse de sa crainte de voir se former un croissant chiite qui déstabiliserait et redéfinirait l’équilibre politique régional[69].

Les conséquences de la chute de Saddam Hussein — Le roi Abdallah de Jordanie, en utilisant l’expression de « croissant chiite », faisait part de la crainte partagée par tous les régimes arabes sunnites de voir se propager une fièvre révolutionnaire chiite au sein de leurs populations. Véritable fantasme, notamment dénoncé par Georges Corm[70], ce croissant chiite a avant tout permis aux pouvoirs alors en place de réprimer ou du moins de durcir ses positions par rapport aux minorités sunnites que leurs populations comptent. En ce qui concerne l’Arabie Saoudite, c’est le spectre d’une instrumentalisation iranienne des minorités chiites arabes en général, saoudiennes en particulier, qui a alors hanté le gouvernement, se souvenant des ingérences iraniennes sur son territoire des décennies 1980 et 1990 : en effet, « For the Saudi Shiites who supported a model of cooperation with the regime, Shiite identification with Hezbollah proved particularly problematic. Saudi Arabia is a Sunni religious state. To identify with a Shiite movement, and, by implication, the Shiite state of Iran, ran counter to the normative Saudi ethos.[71] » Cette crainte a été redoublée par la hantise d’un prosélytisme chiite dans le Golfe notamment, que le roi Abdallah ben Abdelaziz a dénoncé dans un quotidien koweïtien en janvier 2007[72]. La montée en puissance de l’Iran et ses désirs hégémoniques, l’avènement d’un pouvoir chiite en Irak ou encore les victoires militaires du Hezbollah en 2006[73] sont autant d’éléments qui ont nourri les peurs des régimes sunnites au Moyen-Orient. Face à cela, le roi Abdallah ben Abdelaziz, alors sur le trône en Arabie Saoudite, se retrouvait à nouveau dans l’habituel dilemme face aux chiites de la Province de l’Est : accepter un certain nombre d’avancées pour faire taire leurs revendications et assurer la sécurité des champs pétrolifères, tout en se montrant assez ferme pour ne pas subir les foudres du clergé wahhabite. Nous allons voir que cette problématique du dilemme se retrouve chez les chiites saoudiens, tiraillés entre la nécessité de réaffirmer en permanence leur loyauté au régime, tout en essayant d’acquérir un peu plus de reconnaissance et de droits par ce même régime.

Le dilemme des chiites d’Arabie Saoudite — Comme cela a été expliqué plus haut, la voie de la réforme qu’a adoptée Hassan al-Saffar consistait en l’affirmation de la loyauté de la population chiite de la Province de l’Est, moyen considéré comme le plus efficace pour se voir accorder une reconnaissance par le régime saoudien. Le dilemme dont il est question est parfaitement résumé par Joshua Teitelbaum, selon qui “The leading Shiite figure, Shaykh Hasan al-Saffar, said that now Saudi Shiites were “determined to claim some of their rights while defending the nation’s unity.” Saffar’s views epitomized the dilemma of the Saudi Shiites—making an effort to achieve equality while trying to avoid a backlash that could put the Shiites back many decades.[74]” Ainsi, Hassan al-Saffar, et à travers lui la population chiite d’Arabie Saoudite se trouvaient donc dans une position délicate, caractérisée par une demande de plus d’égalité avec les citoyens saoudiens sunnites qui risquaient en même temps de réduire à néant les maigres avancées concédées jusque-là par le pouvoir saoudien. Dans cette situation que l’on peut qualifier de problématique, les chiites saoudiens devaient en permanence – obligés par les circonstances géopolitiques sur lesquelles ils n’avaient aucune prise – réaffirmer leur appartenance au royaume saoudien. C’est ainsi que les entrepreneurs d’identité chiites d’Arabie Saoudite, (« identity entrepreneurs » comme les appelle Toby Matthiesen[75]) ont insisté sur le terme de Bahrani pour mettre en valeur leur présence historique à Bahreïn, Qatif et Al-Hassa. Une telle présence et la référence qui en est faite dans les discours de revendication politique ont dès lors constitué un enjeu symbolique extrêmement fort dans les relations entre les populations chiites saoudiennes et le pouvoir politique, tout en séparant un peu plus cette population de l’Iran. D’ailleurs, la loyauté religieuse de la majorité des chiites saoudiens ne se portaient plus vers l’Iran mais vers l’Irak, incarnée par Ali al-Sistani (basé à Najaf), ce qui témoigne un peu plus de l’autonomisation des chiites saoudiens par rapport à la République islamique.[76] Plus encore, des clercs et des intellectuels chiites saoudiens ont progressivement développé des sentiments et une rhétorique anti-iranienne[77]. Malgré les difficultés rencontrées par Hasal al-Saffar, cette politique du compromis a porté ses fruits, en débouchant sur un Dialogue National organisé en Arabie Saoudite entre les différentes confessions que compte le royaume.

Le Dialogue National en Arabie Saoudite et les élections des conseils municipaux saoudiens de 2005 — Dès juin 2003, le Prince héritier Abdallah a tendu la main aux chiites de la Province de l’Est en organisant un premier « Dialogue National » à Riyad. S’étendant sur quatre jours, ce premier Dialogue National a réuni plus de cinquante oulémas, sunnites et chiites. C’est la première fois qu’un tel évènement était organisé ; son caractère inédit tenant surtout à l’espoir de reconnaissance du chiisme par le pouvoir saoudien. Pour les chiites d’Arabie Saoudite, le simple fait d’avoir été conviés à une telle rencontre constituait déjà une victoire en soi, d’autant plus que de nombreux oulémas wahhabites y étaient présents, ne refusant donc pas par principe de rencontrer de discuter avec des représentants du chiisme[78]. Finalement, ce premier Dialogue National a surtout revêtu une valeur symbolique, comme le montre Joshua Teitelbaum : « In sum, one could say that the Shiites had gained some points in the dialogue, but remained far from any serious change in their basic situation.[79] » Pour autant, la tenue de cet évènement a ouvert la voie à un dialogue entre le pouvoir et les représentants chiites saoudiens. Ainsi, en 2005, deux évènements notables ont eu lieu : l’accession au trône du prince Abdallah, en faveur d’un dialogue (rappelons que depuis la répression des Ikhwân en 1930, le clergé wahhabite a perdu une bonne partie de son influence sur le pouvoir du clan Saoud, influence qu’il ne faut pour autant pas nier) avec ses citoyens chiites, et la tenue d’élections pour les conseils municipaux. Abdallah devenant roi après la mort du roi Fahd ben Abdelaziz Al Saoud, les chiites saoudiens pensaient alors « que leur moment était arrivé », un certain nombre d’activistes et de clercs chiites s’étant même rendus à Riyad pour jurer fidélité et loyauté au nouveau roi, « champion de la réforme et de la tolérance religieuse »[80]. La participation à ces élections fut très encourageante pour les leaders chiites, Hassan al-Saffar insistant sur l’importance de prendre part au processus électoral, comme cela avait été le cas en janvier de la même année en Irak. En 2005 toujours, une réforme du système de statut personnel chiite a été lancé, ayant notamment pour conséquence l’augmentation sensible du nombre de tribunaux chiites.[81] À ce titre, il convient de noter que le pouvoir saoudien, malgré les différences d’opinions et de représentations au sein des nombreux clans de la famille royale, commençait à ne plus considérer le chiisme comme un problème en soi, faisant une différence entre l’Iran et la partie chiite de la population saoudienne : « Official Saudi voices emphasize that it is Iran’s policy behavior and regional ambitions, not Shi’ism per se, that fuels their concerns.[82] » La stratégie d’Hassan al-Saffar semblait donc commencer à porter ses fruits. Pour autant, il suffira de peu pour que le sectarisme soit réactivé, notamment à la faveur de crises politiques et géopolitiques dressant une ombre sur les désirs hégémoniques de l’Arabie Saoudite.

Printemps arabe et repli sectariste dans le Golfe, moment de cristallisation des dissensions au sein du Mouvement de la réforme — Le terme de « sectarisme », tel qu’il est utilisé dans les recherches scientifiques françaises en relations internationales, sociologie des mobilisations, et plus largement en sciences politiques, de « sectarianism » dans le monde anglo-saxon, rend compte de l’entremêlement de logiques autonomes au service d’intérêts particuliers. Il permet de qualifier et décrire l’attitude de certains gouvernements ou groupes sociaux – du Monde arabe pour ce qui nous intéresse – envers des minorités religieuses et ethniques, mais pas seulement. L’intellectuel et activiste palestinien Salameh Kaileh donne une définition juste et complète d’un terme complexe et parfois confus du fait de son emploi extrêmement répandu : « Sectarianism is any religious or sectarian barrier that is based on inherited beliefs against the ‘other’ »[83]. Le sectarisme est donc plus une modalité du pouvoir quel qu’il soit, un instrument aux mains des acteurs politiques, qu’un réflexe intrinsèque à des groupes particuliers. De ce fait, il peut être activé, désactivé et réactivé en fonction des contextes politiques. Dans cette perspective, Olivier Da Lage a montré que le repli sectaire et communautaire a été encouragé par les monarchies du Golfe dans le contexte d’adversité qu’ont constitué les « Printemps arabes » à partir de 2011. Une partie des pays du CCG a ainsi été confrontée à une contestation qui voyait, notamment au Bahreïn, la jonction des oppositions chiites et sunnites, demandant une meilleure reconnaissance, une amélioration des droits et des conditions de vie. Dès lors, des « entrepreneurs de l’identité communautaire » ont polarisé et cristallisé les sentiments communautaires, opposant chiites et sunnites, dans le cadre de l’Arabie Saoudite pour ce qui nous intéresse. Ces mécanismes ont eu des effets payants, puisque cela a permis de faire avorter les tentatives embryonnaires de déstabilisation du pouvoir, la peur de l’autre communauté servant désormais de boussole aux populations. De leur côté, les dirigeants iraniens, s’ils s’en sont indignés, y ont aussi trouvé leur intérêt, les populations chiites du Bahreïn, d’Arabie saoudite, et même du Koweït ou de Dubaï étant dès lors encouragées à voir en Téhéran leur protecteur naturel. L’instrumentalisation d’identités dormantes a donc permis aux pouvoirs en place de se maintenir en faisant taire les contestations, en les déviant sur des problématiques ayant trait aux représentations, aux craintes et aux passions, par nature irrationnelles mais à l’efficacité redoutable ; c’est ainsi que les revendications des chiites de la Province de l’Est ont été réprimées.[84] Des émeutes se sont effet répandues dans la Province de l’Est en 2012, en réaction aux soulèvements populaires dans les différents pays du Monde arabe. Ces manifestations violentes ont mis en lumière des dissensions déjà profondes au sein du Mouvement de la réforme, faisant apparaître de nouvelles figures qui critiquaient le manque d’ambition d’Hassan al-Saffar et des autres leaders chiites religieux. C’est dans le Hasa principalement que des soulèvements ont vu le jour, notamment sous la houlette de Tawfiq al-‘Amer[85]. De même, à Qatif, le cheikh Nimr al-Nimr a mené des mouvements de contestation du pouvoir entre 2011 et 2012, allant jusqu’à appeler la population saoudienne à faire sécession, tout en se réjouissant de la mort du prince héritier Nayef[86]. Il a finalement été arrêté en 2012, puis exécuté le 2 janvier 2016, avec pour conséquences l’incendie de l’ambassade saoudienne à Téhéran et la condamnation de cette exécution par les pouvoirs publics iraniens. Cela a ainsi relancé les tensions déjà vives entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, signe que le sort des chiites saoudiens est toujours bel et bien lié à celui de l’Iran. Quelques jours plus tard, Riyad annonçait qu’il rompait ses liens diplomatiques avec l’Iran[87].

Conclusion.

Les liens d’interdépendance et les interactions entre les chiites d’Arabie Saoudite et l’Iran évoluent donc en fonction des contextes politiques et géopolitiques, intérieurs et extérieurs, des groupes en présence et de la force de ces différents acteurs. Ce que notre analyse a révélé, outre la complexité des liens décrits, sont les conséquences des relations irano-saoudiennes sur le sort des chiites d’Arabie Saoudite, et inversement les effets des relations entre le pouvoir saoudien et les chiites d’Arabie Saoudite sur la relation irano-saoudienne. C’est donc peu dire que d’affirmer que le sort de la minorité chiite de la Province de l’Est ne dépend que très peu d’elle-même, étant d’ailleurs divisée sur les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir. Considérés comme d’éternels autres, assimilés à l’ennemi iranien qui partage avec l’Arabie Saoudite des visées hégémoniques sur la Péninsule arabique, et plus largement sur tout le Moyen-Orient, si ce n’est le monde musulman, les chiites saoudiens continuent aujourd’hui encore de subir l’ire du clergé wahhabite et la répression du régime. Malgré des périodes d’apaisement et d’amélioration de leurs conditions de vie, un trop grand nombre de facteurs qui leurs sont indépendants les rappellent à leur sort. Il semble donc qu’ils soient aujourd’hui dans une véritable impasse : la voie du compromis et la politique de la main tendue n’ont porté leurs fruits que pour quelques temps, la répression reprenant le pas sur la conciliation ; la voie de la violence quant à elle ne fait que détériorer, à long terme, la perception de la minorité chiite à l’intérieur du royaume, et la répression qui suit ces épisodes de violence n’en est que plus forte et sanglante. Le rapport annuel d’Amnesty International de cette année dénonce et condamne la gestion de cette minorité chiite par Riyad avec ces mots : « Les membres de la minorité chiite faisaient toujours l’objet de discriminations en raison de leurs convictions religieuses. Ces discriminations limitaient leur droit à la liberté d’expression religieuse ainsi que leur accès à la justice, et restreignaient arbitrairement un certain nombre d’autres droits, dont le droit d’occuper un emploi et de bénéficier de services publics. Cette année encore, des militants chiites ont été arrêtés, emprisonnés et, dans certains cas, condamnés à mort à l’issue de procès inéquitables.[88] » Cette discrimination, ajoutée aux tensions croissantes avec l’Iran sur les théâtres syriens et yéménites principalement, semblent condamner les chiites saoudiens à la répression.

Etienne de Gail, Étudiant en Master II, promotion 2018-2019


[1] MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism, Dissent and Sectarianism, Cambridge University Press, New-York, 2015, p.16

[2] FÜRTIG Henner, Iran’s Rivalry with Saudi Arabia between the Gulf Wars, Garnet Publishing Limited, UK, 2002, p.36

[3] “Bahrani is a term that refers to the native, mainly Arab Shia, inhabitants of Bahrain, Qatif, and to a lesser extent al-Ahsa.”, MATTHIESEN Toby, The other Saudis …, op. cit., p.24

[4] Voir annexe 1

[5] MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism …, op. cit., p.24

[6] Ibid., p.25

[7] Ibid., p.26

[8] BECKER Howard S., Outsiders. Études de sociologie de la déviance. Éditions Métailié, « Leçons De Choses », 1985, p.33

[9] de PLANHOL Xavier, Les nations du prophète, Manuel géographique de politique musulmane, Fayard, Paris, 1993, 895 p., p.68

[10] LACROIX Stéphane, « Les nouveaux intellectuels religieux saoudiens : le Wahhabisme en question », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 123 | juillet 2008, mis en ligne le 12 décembre 2011, consulté le 03 juin 2018. URL : http://journals.openedition.org/remmm/5423

[11] PÉTRIAT Philippe, Communication « L’Arabie Saoudite et ses voisins du XVIIIème au XXIème siècle », Journée internationale sur le Monde arabe, Sciences Po Grenoble, jeudi 30 novembre 2017

[12] Prédicateur musulman qui « commença à prêcher la nécessité pour les musulmans de revenir à l’enseignement de l’islam tel qu’il avait été compris par les partisans d’Ibn Hanbal : strict respect du Coran et du Hadith tels que les interprétaient les lettrés responsables à chaque génération, et rejet de tout ce qui pouvait être considéré comme innovation illégitime. Il comptait au nombre de ces innovations la vénération des saints après leur mort en tant qu’intercesseurs auprès de Dieu, et les dévotions spéciales des ordres soufis. », HOURANI Albert, Histoire des peuples arabes, Points Seuil, Paris, 1993, p.344

[13] Sur le Pacte (oral) du Najd, CONESA Pierre, Dr. Saoud et Mr. Djihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite, Robert Laffont, Paris, 2016, p.29

[14] HOURANI Albert, Histoire des peuples arabes …, op. cit., p.344

[15] « Le wahhabisme est une doctrine religieuse puritaine développée par le prédicateur Mohammed Ibn Abdel Wahhab (…) Le wahhabisme rejette tout culte des saints dans l’islam, qu’il assimile à du paganisme. Les tombeaux et les monuments élevés à leur souvenir doivent être doivent être systématiquement détruits (…) Cette doctrine rejette aussi toute innovation ou changement par rapport à une lecture totalement littéraliste du texte coranique. » CORM Georges, Pensée et politique dans le monde arabe. Contextes historiques et problématiques, XIXè-XXIème siècle, Éditions La Découverte, Paris, 2015, pp.222-223

[16] HOURANI Albert, Histoire des peuples arabes, op. cit., p.375

[17] Ibid., p.424

[18] LESCURE Jean-Claude, Le Moyen-Orient de 1976 à 1980, Ellipses, Paris, 2016, p.219

[19] MATTHIESEN Toby, « Être chiite au royaume wahhabite : le destin de ces autres Saoudiens », Moyen-Orient, n°29, janvier-mars 2016, pp.30-35

[20] LESCURE Jean-Claude, Le Moyen-Orient, op. cit., p.220

[21] LOUËR Laurence, Sunnites et chiites. Histoire politique d’une discorde, Seuil, Paris, 2017,

pp.239-240

[22] LESCURE Jean-Claude, Le Moyen-Orient, op. cit., p.173

[23] “The first ten days of Muharram are especially important for Shia and culminate on the tenth of Muharram (Ashura), when they commemorate the martyrdom of Hussayn in 680 (…) For Shia Muslims around the world these processions are probably the most important events in re-enacting Shia collective memories.”, MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism …, op. cit., p.101

[24] Ibid., p. 106

[25] Ibid., p. 107

[26] Organisation pour la Révolution Islamique dans la Péninsule Arabique

[27] KOSTINER Joseph, “Shi’i Unrest in the Gulf”, in KRAMER Martin S., Shi’ism, Resistance and Revolution, Boulder, Colo. : Westview Press, cop. 1987, p.179

[28] Ibid., p.109

[29] MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism …, op. cit., p.112

[30] « Khomeini often addressed his appeals not only to Iranians but to the people of the Moslem wolrd in general (…).”, FÜRTIG Henner, Iran’s Rivalry with Saudi Arabia …, op. cit.,  p.24

[31] « The Revolutionary Message and Historical Religious Decree (fatwa) of Imam Khomeini, September 20, 1979 » in Selected Messages and Speeches of Imam Khomeini, Teheran: Ministry of Information and Islamic Guidance, 1980, p.38

[32] LOUËR Laurence, « De la révolution à la réforme : chiisme et politique en Arabie saoudite », Confluences Méditerranée 2016/2 (N° 97), p.35

[33] MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism …, op. cit., p.114

[34] Ibid., pp.114-15

[35] FÜRTIG Henner, Iran’s rivalry with Saudi Arabia between the Gulf Wars, Reading, UK: Ithaca Press, 2002

[36] JONES Toby Craig, “Rebellion on the Saudi Periphery: Modernity, Marginalization, and the Shiʿa Uprising of 1979”, International Journal of Middle East Studies, Vol. 38, No. 2 (May, 2006), pp. 213-233, consulté en ligne

[37] À travers Radio Téhéran, Radio Ahwaz et les chaînes de télévision iraniennes qui ont atteint Qatif pour la première fois le premier jour de Muharram, ainsi qu’à l’aide d’une radio émise d’Abadan, en arabe et qui traitait des évènements sur le sol saoudien durant plusieurs heures par jour, MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism …, op. cit., p.116

[38] Hasan al-Saffar (1958-), clerc chiite saoudien qui a fondé l’Organisation de la Révolution Islamique dans la Péninsule Arabique (ORIPA, ou OIRAP en anglais), qui deviendra le Mouvement de la Réforme en 1991

[39] AL-SAFFAR Hasan, Kalimat al-Haraka al-Islamiyya, p. 30, in IBRAHIM Fuad, The Shi’is of Saudi Arabia, London: Saqi, 2006, p.30

[40] WEHREY, KARASIK, NADER, GHEZ, HANSELL, GUFFEY, Saudi-Iranian Relations since the Fall of Saddam, National Security Research Division, RAND, 2006, p.27

[41] MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism …, op. cit., p.119

[42] LOUËR Laurence, « De la révolution à la réforme …, op. cit., p.36

[43] MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism …, op. cit., pp.124-25

[44] FÜRTIG Henner, Iran’s Rivalry with Saudi Arabia …, op. cit., p.42

[45] « For Iran, the hajj thus become an act of immense political significance (…) », Ibid., p.43

[46] Ibid., pp.42-43

[47] Ibid., p.43

[48] Les cérémonies mises place par les pèlerins iraniens prenaient en effet la forme traditionnelle de la bara’at al-mushrekin, soit se libérer des infidèles, Ibid., p.44

[49] LOUËR Laurence, « De la révolution à la réforme …, op. cit., p.37

[50] MATTHIESEN Toby, “Hezbollah al-Hijaz: A History of The Most Radical Saudi Shi’a Opposition Group.”, Middle East Journal, Vol. 64, no. 2 (Spring 2010), p.180

[51] PETERSON J.E., Historical Dictionary of Saudi Arabia, Metuchen, NJ: Scarecrow Press, 1993, p. 122

[52] Radio Tehran, 3 december 1985, in FÜRTIG Henner, Iran’s Rivalry with Saudi Arabia …, op. cit., pp.40-41

[53] LOUËR Laurence, « De la révolution à la réforme …, op. cit., p.36

[54] Ibid., p.37

[55] RIGOULET-ROZE David, « Les chiites de la province saoudienne du Hasa : une minorité́ « nationale » stratégique au cœur des enjeux ethno-confessionnels régionaux », Hérodote, 2009/2 (n° 133), p. 108-135., p.119

[56] MATTHIESEN Toby, “Hezbollah al-Hijaz: A History of …, op. cit., p.181

[57] La marja’îyya correspond à l’autorité religieuse d’un marja, plus haut rang religieux dans le chiisme duodécimain. Coopté par ses pairs

[58] Le gouvernement du spécialiste de la loi religieuse, notion théorisée par Khomeiny au cours de son exil, LOUËR Laurence, Sunnites et chiites …, op. cit., p.91

[59] TEITELBAUM Joshua, “The Shiites of Saudi Arabia,” Current Trends in Islamist Ideology, Vol. 10 (2010), p.77, http://www.currenttrends.org/research/detail/the-shiites-of-saudi-arabia

[60] MATTHIESEN Toby, “Hezbollah al-Hijaz: A History of …, op. cit., p.179

[61] MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism …, op. cit., p.135

[62] LOUËR Laurence, Transnational Shiite Politics: Religious and Political Networks in the Gulf, Columbia University Press, Londres, 2008, p.211

[63] MATTHIESEN Toby, “Hezbollah al-Hijaz: A History of …, op. cit., p.186

[64] Ibid., p. 183

[65] Ibid., p.184

[66] Interview with an unnamed cleric of Hizbullah al-Hijaz in Risalat al-Haramayn, No. 0, 1989, in MATTHIESEN Toby, “Hezbollah al-Hijaz: A History of …, op. cit., p.183

[67] Al-Quds al-Arabi, May 1, 2003, in TEITELBAUM Joshua, Saudi Arabia and the New Strategic Landscape, Hoover Institution Press Publication, 2010, p.31

[68] STEINBERG Guido, “The Shiites in the Eastern Province of Saudi Arabia (Al-Ahsa’)”, 1913-1953, in BRUNNER Rainer, ENDE Werner, The Twelver Shia in Modern Times, Religious Culture & Political History, Brill, 2001. Guido Steinberg explique à ce titre que s’ouvrait en 1930 – après qu’Ibn Saoud ait réprimé la révolte des Ikhwan – la période de consolidation de la règle saoudienne et de l’émergence d’un État centralisé. En perdant leur principal allié, les oulémas wahhabites perdaient ainsi aussi une grande part de leur influence politique. C’est pour cela qu’à partir de 1930, ils furent subordonnés au roi. Par conséquent, après 1930, la politique du roi ne fut jamais vraiment remise en question ou contrainte par les oulémas. Par conséquent, la politique mise en place par Ibn Saoud envers les chiites à partir de 1930 peut être comprise comme sa prise de position personnelle.

[69] LOUËR Laurence, « Déconstruire le croissant chiite », Revue internationale et stratégique, 2009/4 (n° 76), p. 45-54.

[70] « Toute une littérature politique et médiatique invoque désormais le danger représenté par un croissant dit « chiite », constitué par l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Hezbollah libanais, qui tenterait de déstabiliser l’islam sunnite, pratiquerait le terrorisme et serait animé par la volonté d’éliminer l’État d’Israël. Personne ne pense à rappeler que la conversion d’une partie des Iraniens à l’islam chiite ne remonte qu’au XVIe siècle, et qu’elle fut encouragée par la dynastie des Safavides pour mieux s’opposer à l’expansionnisme ottoman. On feint également d’ignorer que l’Iran a toujours été une puissance régionale majeure, et que le régime ne fait que poursuivre, sous de nouveaux oripeaux, la politique de grandeur du chah, qui se voulait le gendarme du Golfe — et qui avait, lui aussi, de fortes ambitions nucléaires, encouragées alors par la France. Malgré ces données historiques profanes, tout, au Proche-Orient, est désormais analysé en termes de « sunnites et chiites ». », CORM Georges, « Pour une analyse profane des conflits », Le Monde diplomatique, février 2013, p.3

[71] MATTHIESEN Toby, The other Saudis, Shiism …, op. cit., p.82

[72] RIGOULET-ROZE David, « Les chiites de la province saoudienne du Hasa …, op. cit., p.124

[73] TEITELBAUM Joshua, « The Shiites of Saudi Arabia …, op. cit., p.81

[74] Ibid., p.78

[75] Ibid.

[76] WEHREY, KARASIK, NADER, GHEZ, HANSELL, GUFFEY, Saudi-Iranian Relations …, op. cit., p.30

[77] Ibid., p.31

[78] TEITELBAUM Joshua, « The Shiites of Saudi Arabia …, op. cit., pp.79-80

[79] Ibid., p.80

[80] « When Abdallah became King, the Shiites thought their moment had finally arrived. He was the champion of reform and religious tolerance. A busload of leaders and clerics from the Eastern Province traveled to Riyadh to pledge their loyalty, or baya. A Shiite activist was quoted as saying, “I have never seen anything like this.” », JONES Toby, “The Iraq Effect in Saudi Arabia,” Middle East Report, No. 237 (Winter 2005), in TEITELBAUM Joshua, « The Shiites of Saudi Arabia …, op. cit., p.80

[81] LOUËR Laurence, « De la révolution à la réforme …, op. cit., p.39

[82] WEHREY, KARASIK, NADER, GHEZ, HANSELL, GUFFEY, Saudi-Iranian Relations …, op. cit., p.27

[83] MABON Simon, ARDOVINI Lucia, “People, sects and states: interrogating sectarianism in the contemporary Middle East”, Global Discourse, volume 6, issue 4 (December 2016), p.555

[84] DA LAGE Olivier, « L’apparence du religieux », Confluences Méditerranée 2016/2 (N° 97), p. 43-52

[85] LOUËR Laurence, « De la révolution à la réforme …, op. cit., p.39

[86] « Qui était le cheikh Al-Nimr, exécuté par l’Arabie saoudite ? », Le Monde, 03/01/3016

[87]« Saudi Arabia severs ties with Iran », Middle East Eye, 3 janvier 2016, http://www.middleeasteye.net/news/breaking-saudi-arabia-severs-ties-iran-85335819

[88] Amnesty International, Rapport annuel 2017/2018, Londres, 2018, pp.93-94

***

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages de référence

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WEHREY, KARASIK, NADER, GHEZ, HANSELL, GUFFEY, Saudi-Iranian Relations since the Fall of Saddam, National Security Research Division, RAND, 2006

Ouvrages secondaires

CONESA Pierre, Dr. Saoud et Mr. Djihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite, Robert Laffont, Paris, 2016

Articles scientifiques

DA LAGE Olivier, « L’apparence du religieux », Confluences Méditerranée 2016/2 (N° 97), p. 43-52

JONES Toby Craig, “Rebellion on the Saudi Periphery: Modernity, Marginalization, and the Shiʿa Uprising of 1979”, International Journal of Middle East Studies, Vol. 38, No. 2 (May, 2006), pp. 213-233, consulté en ligne

LACROIX Stéphane, « Les nouveaux intellectuels religieux saoudiens : le Wahhabisme en question », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 123 | juillet 2008, mis en ligne le 12 décembre 2011, consulté le 03 juin 2018. URL : http://journals.openedition.org/remmm/5423

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LOUËR Laurence, « De la révolution à la réforme : chiisme et politique en Arabie saoudite », Confluences Méditerranée 2016/2 (N° 97)

MABON Simon, ARDOVINI Lucia, “People, sects and states: interrogating sectarianism in the contemporary Middle East”, Global Discourse, volume 6, issue 4 (December 2016)

MATTHIESEN Toby, « Être chiite au royaume wahhabite : le destin de ces autres Saoudiens », Moyen-Orient, n°29, janvier-mars 2016

MATTHIESEN Toby, “Hezbollah al-Hijaz: A History of The Most Radical Saudi Shi’a Opposition Group.”, Middle East Journal, Vol. 64, no. 2 (Spring 2010)

RIGOULET-ROZE David, « Les chiites de la province saoudienne du Hasa : une minorité « nationale » stratégique au cœur des enjeux ethno-confessionnels régionaux », Hérodote, 2009/2 (n° 133), p. 108-135

TEITELBAUM Joshua, “The Shiites of Saudi Arabia,” Current Trends in Islamist Ideology, Vol. 10 (2010)

Articles de presse

CORM Georges, « Pour une analyse profane des conflits », Le Monde diplomatique, février 2013

« Qui était le cheikh Al-Nimr, exécuté par l’Arabie saoudite ? », Le Monde, 03/01/3016

« Saudi Arabia severs ties with Iran », Middle East Eye, 3 janvier 2016, http://www.middleeasteye.net/news/breaking-saudi-arabia-severs-ties-iran-853358199

Communication

PÉTRIAT Philippe, Communication « L’Arabie Saoudite et ses voisins du XVIIIème au XXIème siècle », Journée internationale sur le Monde arabe, Sciences Po Grenoble, jeudi 30 novembre 2017

Autres

Amnesty International, Rapport annuel 2017/2018, Londres, 2018

Selected Messages and Speeches of Imam Khomeini, Teheran: Ministry of Information and Islamic Guidance, 1980

***

Annexe 1. Carte de la Péninsule arabique de 1616, réimpression de la carte de 1598 par Jodocus Hondius (1563-1612), https://www.wdl.org/en/item/2921/

 

 

 

 

 

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