Archive | terrorisme RSS feed for this section

Penser un islam français ? Au delà des solutions sécuritaires, construire une lutte durable contre la « radicalisation »

22 Nov

Penser un islam français ? Au delà des solutions sécuritaires, construire une lutte durable contre la « radicalisation »

L’islam français est en pleine transformation et affirmation depuis les années 1990. La multiplicité des profils de français de confession musulmane et la structuration du culte musulman en France sont l’expression d’un thème de société riche et complexe.

L’action publique ne s’est penchée que tardivement sur la question de la structuration du culte musulman et son résultat est assez mitigé aujourd’hui. Dans le même temps l’expression radicale de la religion musulmane s’est développée avec l’affirmation du néo-salafisme en France depuis les années 2000. Inspiré du wahhabisme, ce courant est pointé du doigt dans le monde politique et médiatique avec, l’apport de solutions avant tout sécuritaires. Cette « hystérisation du débat politique »[1] que Vincent Geisser dans son Musulmans de France, la grande épreuve, explique n’a pas pu encore offrir de solutions durables pour lutter non seulement contre le salafisme révolutionnaire mais aussi contre l’idéologie anti-républicaine du néo-salafisme. Ce terreau au terrorisme représente un danger certain comme le prouve la vague de terrorisme que connait la France depuis 2012. La réponse publique ne peut être uniquement sécuritaire. Si celle-ci représente une nécessité comme a pu en témoigner l’inscription de l’état d’urgence en octobre 2017 dans le droit commun par exemple, des solutions durables doivent aussi être développées.

Ce qui est entendu ici, c’est que le travail de lutte contre le néo-salafisme est un travail de pédagogie et de long terme ayant pour objectif de réduire la portée de cette pensée dans notre pays. Il faut alors se pencher sur les propositions et pistes possibles pour trouver des perspectives d’une réponse de la puissance publique face au néo-salafisme. Le travail réalisé essaie de compiler plusieurs propositions, il ne s’agit pas de donner un avis mais de faire murir la réflexion.

 

A/ Changer le rapport à l’islam

La question posée est alors celle de comment appréhender le problème, ce à quoi Vincent Geisser, à la suite des attaques de Charlie Hebdo et de l’HyperKasher en janvier 2015 essaie de répondre. Son article Eduquer à la laïcité, rééduquer au « bon Islam » ? Limites et dangers des réponses culturalistes et misérabilistes au terrorisme dans Migrations et Sociétés, offre un éclairage sur la meilleure manière d’approcher la question du radicalisme et de ses sources.

Il met en avant le modèle français car notre pays a su ne pas tomber dans la violence et a fait la promotion de la fraternité entre tous avec une faible envie de vengeance. Cependant il critique la lecture « culturo-misérabiliste »[2] développée depuis les attentats. Effectivement, l’adoption d’un discours émotionnel se rapprochant de celui du choc des civilisations et basé autour de la supposée existence d’une communauté musulmane en France est rejeté.

Le lien fait entre islam-banlieue et pauvreté qui créerait des terroristes ou que ce soit forcément les plus faibles scolairement qui serait les plus probables djihadistes est aussi fortement critiqué. Il veut banaliser le débat sur l’Islam en sortant des à priori et clichés/fascination culturelle pour en débattre et traiter l’extrémisme musulman comme n’importe quel groupe extrémiste. Cela permet de lutter contre une supposée « chaîne imaginaire d’islamité ».[3]

Il met aussi l’accent sur les convertis qui sont plus susceptibles de sombrer dans la radicalité et qui occupe aujourd’hui 22% des effectifs français de Daech. Il y a donc une obligation à « désexotiser l’exotique » [4]au risque de tomber dans la grille de lecture adoptée par les terroristes et involontairement les légitimer.

Cette critique de l’approche culturaliste de l’Islam dans notre pays permet de prendre plus froidement et plus scientifiquement le problème de la radicalisation mais aussi de mieux traiter de fait, les sources d’influences de l’extrémisme religieux.

Les propos de Geisser sont importants en matière d’approche de l’islam car ils permettent d’aborder différemment le problème et offrir une base solide à ce qu’il appelle une islamité « à la française ». L’auteur ici pense que les événements terroristes de 2015 permettront d’imaginer un islam pleinement français et son affirmation. Ainsi comme l’exprime l’historienne Arlette Farge « l’événement recèle la vision du futur »[5]. Le futur est ici celui d’une islamo-laïcité. La France doit devenir ce pays dans lequel, du fait des événements terroristes et après la période d’un certain repli identitaire, l’expression de la religiosité musulmane se banalise et s’insère complétement dans la société française. Son espoir se base sur les initiatives citoyennes diverses prises après les attentats pour donner un autre visage de la religion musulmane. L’islam ne doit plus alors être perçu comme sujet de discorde et de désordre mais comme une chose positive apportant à la société française. Cette évolution doit permettre aussi de remettre en cause certaines imperfections du modèle français républicain concernant son ouverture à Autrui selon l’auteur. Ainsi s’engagerait un phénomène de destruction créatrice pour reprendre l’économiste Joseph Schumpeter, avec l’émergence du terrorisme d’une affirmation d’un islam français.[6]

Le chercheur et professeur Franck Frégosi dans son livre Penser l’islam dans la laïcité, développe cette thématique. Il faut tout d’abord comprendre la difficulté pour cette religion d’exister dans un univers totalement sécularisé mais selon lui l’islam est passé de « religion importée à transplantée »[7] dans notre pays. Il s’agit alors pour les français de confession musulmane d’inscrire leur rapport à la religion dans celui de la laïcité concernant notamment la gestion du culte musulman ou l’organisation de la religion. Il faut donc inscrire l’islam dans la laïcité et non l’inverse. Comme le rappellent Leila Babès et Tareq Oubrou , l’islam est avant tout une religion qui « postule le primat du cœur »[8]. Par conséquent dans le contexte français la foi doit être avant tout éthique. La religiosité par la loi islamique est de moins en moins opportune dans un contexte sécularisé.

Par conséquent, le rapport de la société française à l’islam doit changer pour mieux l’insérer, affirmer la constitution d’un islam français et lutter contre le djihadisme mais aussi l’idéologie néo-salafiste. Un sondage de février 2018 prouve un changement dans l’opinion car pour la première fois majoritairement (56%) les français pensent que l’islam est compatible avec les valeurs de la société française.[9] La lutte contre le néo-salafisme et le djihadisme permettra l’affirmation d’un islam français totalement inclue dans la vie nationale. Il faut alors trouver des pistes de solutions pour affirmer cette aspiration.

 

B/ Perspectives de structuration de l’islam français pour lutter contre le néo-salafisme : les propositions de Hakim El Karoui

Du changement d’approche de l’islam en France, il faut aussi procéder à une affirmation de l’islam français pour en finir avec son rapport conflictuel à la République. Ce travail permettra d’endiguer la menace que représente le néo-salafisme essentiellement d’inspiration wahhabite.

Le rapport de l’Institut Montaigne de 2016 écrit par Hakim El Karoui fait un certain nombre de propositions qui pourrait permettre de réaliser ce dessein. Celles-ci seront défendues par l’auteur le 25 novembre prochain lors d’une réunion à Paris. Ce passage ne fait que présenter certaines idées de l’auteur. Elles sont exposées pour permettre la maturité de la réflexion, il ne s’agit pas d’un avis.

Tout d’abord il faut réussir la création des deux instances que sont la Fondation pour l’islam de France (FIF) et l’association musulmane pour un islam français (AMIF). Ces deux organisations devront être en charge du financement du culte (construction des lieux de culte, salariat des imams, formation théologique). Ceci devra passer par la mise en place d’une redevance sur la viande halal. Aussi le rôle de ces instances sera celui de produire un contre discours susceptible non seulement de réduire l’influence des Etats étrangers comme l’Arabie Saoudite mais aussi de se détacher définitivement de la tutelle de pays tiers comme l’Algérie ou le Maroc pour permettre une autonomisation complète du culte musulman. Ces instances doivent être gérées par des français qui sont les plus à même de comprendre la réalité de l’islam en France. Ces dernières devront aussi centraliser les flux financiers (aumône, dons …) pour mieux allouer leur dépense et éviter le financement d’activités néo-salafistes ou terroristes.

Ensuite, il faut selon l’auteur créer le poste de Grand Imam de France qui sera élu et devra permettre d’assurer le travail théologique et intellectuel islamique en adéquation avec la réalité française. Ce poste permettra une continuité des valeurs républicaines et d’être un relai politique et médiatique aux cotés des présidents du CFCM et de l’AMIF.

Il faut élargir le concordat alsaco-mosellan à l’islam concernant notamment la formation théologique des imams car jusqu’à présent l’islam est un culte non reconnu par le régime concordataire et s’il peut recevoir des subventions publiques, l’Etat ne s’occupe pas de sa régulation. Il faut alors pousser à la création d’une chaire de théologie à l’Université de Strasbourg et une école de formation des imams. Cette actualisation de la loi concordataire à un cout, entre 5,5 et 6 millions d’euros selon El Karoui, et risque d’essuyer de vives critiques des partisans de la fin du régime concordataire.

Aussi il est nécessaire de faciliter l’apprentissage de l’arabe à l’école pour réduire la fréquentation des écoles coraniques. Effectivement, le problème étant que l’enseignement de l’arabe passe dans ces écoles par celui de la religion. Ici il s’agit de sortir de l’agrippement de la culture d’origine dans l’enseignement de l’arabe et limiter l’influence d’écoles néo-salafistes offrant une base religieuse à des enfants à l’opposé des valeurs républicaines.

La proposition de former et de professionnaliser statut d’aumonier dans les prisons, les hôpitaux, les armées et les écoles est capitale car elle permettra de limiter les possibilités de radicalisation. Effectivement en 2017 1336 détenus ont été identifiés comme « radicalisés », un chiffre qui a presque triplé depuis 2015.[10] L’auteur propose même que ces aumoniers reçoivent une formation universitaire et soient des contractuels de service public.

L’auteur préconise aussi d’adapter l’islam à la réalité local et en faciliter sa gestion à cet échelon notamment en termes de gestion des cimetières, d’unions des associations musulmanes pour mieux mutualiser les ressources des fidèles. Il suggère également que la collectivité territoriale garantisse l’emprunt contracter par une association cultuelle et de fait devra se substituer à l’emprunteur en cas de défaut. Ceci permet de faciliter l’emprunt bancaire mais il faudrait l’élargir aux établissements publics de coopération intercommunale et non pas seulement aux agglomérations. Aussi la réservation d’espace dédiés aux cultes dans le plan local d’urbanisme est suggérée.

Enfin, pour faciliter la nouvelle approche de la religion musulmane en France et la faire sortir du champ sécuritaire donc celui du ministère de l’Intérieur, il faudrait créer un secrétariat d’Etat rattaché au Premier Ministre chargé des affaires religieuses et de la laïcité. Aussi il propose la rédaction d’un livre d’histoire commun à l’Italie, l’Espagne, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la France pour mieux comprendre l’histoire culturelle et religieuse qui lit les deux rives de la méditerranée.

Ces propositions doivent permettre selon l’auteur d’autonomiser et d’affirmer l’islam dans la réalité française avec le concours des citoyens de confession musulmane mais aussi des pouvoirs publics. Ce travail difficile mais ambitieux doit aussi permettre de lutter contre le néo-salafisme.[11] Cependant, l’ultime étape pour réduire considérablement l’influence de ce courant est de créer un contre-discours.

 

C/ La nécessité d’un contre discours au néo-salafisme comme arme de résistance

Le néo-salafisme a fait de plus en plus d’adeptes en France depuis une dizaine d’années passant de 5000 à entre 15 et 20 000 aujourd’hui. Ce mouvement comme expliqué précédemment porte en lui les germes d’une possible radicalisation de certains individus vers l’action terroriste. Si les difficultés économiques et sociales et le problème identitaire peuvent être à la source de cette rébellion, elle ne doit « avoir l’islam pour étendard »[12] selon l’ancien imam d’Alfortville dans le Val de Marne. Pour lui et c’est ce qu’il explique dans son livre L’Islam contre le radicalisme : Manuel de contre-offensive, il faut après avoir analyser l’ensemble des parties prenantes du phénomène radical en France, agir. L’action passe pour lui par le rôle central de l’imam dans cette lutte contre ce problème. Ainsi il s’agit alors de créer un contre discours pour proposer aux français de confession musulmane non seulement un discours enraciné dans la réalité nationale mais aussi limiter toute influence néfaste pour tous.

Lors du colloque Les Imams dans la cité séculière Légitimité, fonctions, engagements dans et en dehors de la Mosquée de février dernier à Aix en Provence, les entretiens réalisés par Myriam Laakili avec différents imams marseillais expriment aussi ce sentiment. Pour eux seul un contre discours clair peut limiter les risques de radicalisations notamment chez les plus jeunes. Ici, l’objectif est avant tout de faire prendre conscience à ces jeunes que la question identitaire entre la France et le pays d’origine ou de naissance de leur parent ne se pose pas car ils sont avant tout français. Aussi il s’agit pour limiter les amalgames de toutes parts de développer un dialogue interreligieux entre les différents représentants des religions en présence mais aussi avec l’ensemble des acteurs locaux comme les associations. Franck Frégosi détaille d’ailleurs des initiatives de ce type sous l’égide municipale au cours des années 2000 dans des villes comme Marseille avec l’association Marseille Espérance[13] qui existe depuis près de trente ans et qui a contribué à l’affirmation de ce dialogue dans la cité phocéenne avec par exemple la réalisation de l’Arbre de l’Espérance au Parc du XXVIème Centenaire.

Ces initiatives sont aussi poussées ailleurs en France. L’imam de Bordeaux Tareq Oubrou qui a publié en 2016 Ce que vous ne savez pas sur l’Islam : répondre aux préjugés des musulmans et des non-musulmans, en est l’un des principaux artisans. « L’école de Bordeaux » fait office d’exemple souvent cité dans les médias français dans la relation qui existe entre les pouvoirs publics et les institutions religieuses de gironde. En effet pour leur ouverture aux autres communautés d’abord mais aussi du fait qu’au fil des années la mosquée Al Houda de Bordeaux s’est de plus en plus affirmé comme un lieu de réflexion et d’élaboration d’un début de théologie musulmane à la française. Selon Vincent Geisser, Tareq Oubrou défend l’idée de la théologie, de l’altérité qui essuie de vives critiques notamment des milieux néo-salafistes qui la perçoive comme une théologie de l’assimilation. Selon Oubrou « pour désamorcer cette violence, il faut apprendre à parler aux non-musulmans. Rappelons que l’islam est une religion universelle. Il faut la désenvelopper de sa culture d’origine pour l’envelopper dans la culture occidentale. Il convient de développer une théologie de l’altérité ».[14]

Par conséquent la création d’un contre discours à destination des musulmans français doit s’accompagner d’un dialogue avec les non-musulmans. Ici le cas bordelais permet donc de comprendre l’urgence face à la menace terroriste et son discours a été suivie par les pouvoirs publics avec la création par Alain Juppé de « Bordeaux Partage », un conseil interreligieux et citoyen pour faciliter les échanges et les discussions pour garantir le meilleur respect de tous les cultes.[15]

Les premières expérimentations de contre discours faite par Tareq Oubrou ou Abdelali Mamoun sont saluées par Vincent Geisser mais ce dernier estime qu’il faut aller encore plus loin même si le pas est difficile à franchir. Il faut développer une « théologie de la riposte ». Face au terrorisme, il faut pouvoir élaborer des méthodes pour rejeter ce mode d’action. Effectivement, le problème est celui de la réforme de l’islam. Le problème étant l’approche à adopter et les controverses existantes sur la question. Alors il s’agit plus de réformer d’abord l’enseignement de l’islam. Ainsi l’auteur décrit quatre formes de ripostes possibles. La première est « la riposte par la restauration », qui consiste à dire que le problème ne vient pas de l’islam mais de causes extérieures et qu’il faut revenir à une lecture des textes comme faite au Moyen Age pour en avoir une approche plus « raisonnée » dite du « juste milieu ». Cette conception connait cependant certaines limites du fait des tensions entre les différents courants qui s’accusent mutuellement d’être la source de la « déviance ». L’autre option est celle de « la rupture », donc de rompre avec l’héritage théologique passé car étant aujourd’hui un fardeau, il faut alors réinscrire l’islam dans la modernité en adoptant une lecture textuelle et fondamentale hors des exégèses d’antan. La troisième possibilité est celle d’une « riposte préventive » défendue par Tareq Oubrou qui consiste donc à remettre en cause les théories médiévales et à l’aune de la réalité française du XXIème siècle, c’est une théorie de conciliation entre tradition et modernité. Enfin la « théologie historiciste ou le contre discours profane » qui vise à déconstruire l’image d’un islam mythique et finalement imaginaire de l’époque du prophète Mohammed. Ainsi Rachid Benzine dans la continuité des travaux de Mohammed Arkoun essaie de proposer une lecture historique de l’époque prophétique et non fantasmée à base de sources textuelles et pour mieux diffuser ses travaux il se base sur les réseaux sociaux pour déconstruire les mythes autour de cette ère.[16]

Ces tentatives de ripostes développées pour lutter contre le djihadisme mais aussi contre le néo-salafisme comme avec le cas de la « riposte historiciste » par exemple qui remet en cause un des fondements de ce courant, sont encore aujourd’hui à l’heure expérimentale et on ne connait pas l’impact de celles-ci sur le grand public. La difficulté est d’autant plus grande qu’il n’existe pas encore de lieu de création théologique affirmé d’un islam français.

Ces propositions ont pour but de fournir une réponse républicaine, musulmane et citoyenne au développement du néo-salafisme dans notre pays, terreau du djihadisme. Ces solutions peuvent permettre d’endiguer l’influence en France du néo-salafisme et doivent conduire à l’affirmation d’un islam français.

Rayan Hacini

[1] Geisser V., Marongiu-Perria O., Smaïl K., 2017, Musulmans de France, la grande épreuve : Face au terrorisme, Les Editions de l’Atelier

[2] Geisser, Vincent. « Éduquer à la laïcité, rééduquer au “bon islam” ? Limites et dangers des réponses culturalistes et misérabilistes au terrorisme », Migrations Société, vol. 157, no. 1, 2015, pp. 3-14.

[3] Geisser, Vincent. « Éduquer à la laïcité, rééduquer au “bon islam” ? Limites et dangers des réponses culturalistes et misérabilistes au terrorisme », Migrations Société, vol. 157, no. 1, 2015, pp. 3-14.

[4] Geisser, Vincent. « Éduquer à la laïcité, rééduquer au “bon islam” ? Limites et dangers des réponses culturalistes et misérabilistes au terrorisme », Migrations Société, vol. 157, no. 1, 2015, pp. 3-14.

[5] Farge, Arlette. « Penser et définir l’évènement en histoire », Terrain, 38, mars 2002.

[6] Geisser, Vincent. « Éduquer à la laïcité, rééduquer au “bon islam” ? Limites et dangers des réponses culturalistes et misérabilistes au terrorisme », Migrations Société, vol. 157, no. 1, 2015, pp. 3-14.

[7] Fregosi F., 2008, Penser l’islam dans la laïcité, Fayard P. 86

[8] Babès, L., Oubrou, T., 2002, Loi d’Allah, loi des hommes. Liberté, égalité et femmes en islam, Albin Michel, P. 18

[9] Sondage IFOP pour le Journal du Dimanche, février 2018

[10] El Karoui H., 2016, Rapport un islam français est possible, Institut Montaigne

[11] El Karoui H., 2016, Rapport un islam français est possible, Institut Montaigne

[12] Mamoun A., 2017, L’Islam contre le radicalisme : Manuel de contre-offensive, Cerf

[13] Fregosi, Franck. « Les mosquées dans la République. Quelle régulation locale du culte musulman ? », Confluences Méditerranée 2006/2 (N°57), p. 153-174.

[14] Tareq Oubrou, conférence publique organisée par l’Association des musulmans de Limoges pour la fraternité (AMLF), 18 novembre 2016

[15] Geisser V., Marongiu-Perria O., Smaïl K., 2017, Musulmans de France, la grande épreuve : Face au terrorisme, Les Editions de l’Atelier, P. 148

[16] –          Geisser V., Marongiu-Perria O., Smaïl K., 2017, Musulmans de France, la grande épreuve : Face au terrorisme, Les Editions de l’Atelier P. 234-240

Publicités

Le nouveau jihad en Occident, Farhad KHOSROKHAVAR, Robert Laffont, Paris, 2018

3 Nov

Recension d’ouvrage

La thèse majeure du livre réside dans l’affirmation d’une rupture « introduite par l’Etat islamique (EI) dans le phénomène global du jihadisme ». Pour la démontrer, l’auteur compare les différentes formes qu’a pu revêtir le jihadisme post-EI avec ses particularités et modalités actuelles, en faisant appel à de nombreux domaines des sciences humaines (anthropologie, sociologie, sciences politiques, psychologie), afin d’éclairer ce « fait social total« . Il est total en cela qu’il ne saurait être expliqué par un seul facteur, et aucune explication ne saurait de même être généralisée aux différents acteurs du jihadisme tant leurs trajectoires et leurs subjectivités sont plurielles, façonnant de manière dynamique le phénomène du jihadisme en Occident.

Un fait social total ancré dans la modernité occidentale. La modernité en Occident s’accompagne de nombreux processus venant remettre en question l’ordre et les normales sociales pré-1968 : le modèle de la famille patriarcal a ainsi laissé place à des formes plus éclatées (comme la famille néo-traditionnelle), entraînant une redéfinition – si ce n’est une disparition – des « rôles » traditionnels au sein de la famille, ainsi que de l’autorité, cette dernière étant en même temps remise en cause d’une façon plus globale, au niveau politique national. De même, les grandes idéologies qui ont structuré le XXème siècle, et avec elles les utopies qu’elles proposaient, semblent avoir disparu, ou du moins ont perdu de leur attractivité en démontrant leur incapacité à se réaliser. Dès lors, les « jeunes générations » éprouvent un sentiment généralisé de perte de repères et de solidarités, d’atomisation des valeurs, d’une liberté extrême considérée comme un fardeau, d’injonctions à se « faire soi-même », entraînant un « culte de la performance » et une « fatigue d’être soi » (Alain Ehrenberg), guidés par la seule idéologie consumériste. Le monde, et leurs actions, leur semblent vidés de tout sens, sens avec lequel ils cherchent alors à renouer : cette demande rencontre l’offre proposée par l’EI, principalement à travers le concept de la « néo-umma« [1], qui propose un contre modèle à travers une réinjection de sens, avec sa propre eschatologie, ses normes et ses contraintes hyper-répressives, son identité, ses solidarités et ses certitudes. Les jeunes issus des classes moyennes sont plus sensibles que d’autres à ces propositions. A cela s’ajoute la peur du déclassement social, les perspectives de dépassement du niveau économique et social de la génération antérieure se réduisant de façon croissante.

Humiliation et velléités de revanche. Les jeunes de deuxième et troisième générations – dont les parents/grands-parents sont issus de l’immigration – habitant les quartiers pauvres/exclus/périphériques des grandes villes européennes, ressentent un profond sentiment d’exclusion de la communauté nationale, de non-participation au champ politique et d’humiliation, directement ressentis du fait de l’histoire colonial ou de l’impérialisme des puissances occidentales, ou ressentis à travers le sort de la population syrienne, par un effet d’empathie. Tout cela est nourri par l’échec scolaire et professionnel. Pour autant, le jihadisme ne se réduit pas à ce groupe social – bien qu’il soit prépondérant.[2]

Le paradigme de la violence et de la mort. Au sein des sociétés occidentales modernes, l’aboutissement du processus de sécularisation a contribué, par la privatisation – voire l’exclusion – du « religieux institutionnalisé », à la formation d’un « religieux ensauvagé », dans lequel la violence joue le rôle de garant du sacré. Dès lors, l’imaginaire et les images fournis par l’EI jouent à plein dans les représentations fantasmées de la vie au sein du califat, tout en permettant de construire l’image d’une altérité radicale et excessive. La mort tient aussi une place extrêmement importante dans l’attractivité qu’exerce l’EI : elle est sacralisée en même temps que perçu comme un moyen par le jihadiste, à la fois de se laver de ses pêchés d’une vie antérieure viciée, et d’atteindre le paradis, tout en contribuant à une eschatologie fantasmée.

Rôle et poids d’internet et des médias. Internet s’est avéré être une extra-ordinaire plateforme se faisant le relais du prosélytisme islamiste et plus particulièrement de la propagande de l’EI, à travers la diffusion d’une « version vulgarisée et simplifiée du jihad radicalisé ». Internet permet aussi de relier entre eux recruteurs et hypothétiques recrues, ou encore de construire une image mythifiée du califat, venant consolider son attractivité.

Les nouveaux acteurs jihadistes. La dernière décennie – en particulier depuis l’avènement de l’EI – a vu une explosion et une diversification des acteurs jihadistes, composés à plus de 2/3 de jeunes (15-30 ans). Phénomène inédit par son ampleur, de jeunes femmes viennent en outre grossir les rangs des départs en Syrie (10%). L’image d’une néo-umma imaginaire, la réalité des combats et les fonctions assignées aux femmes offrent en outre la possibilité à des adolescents et post-adolescents de devenir adulte par la reproduction et par la mort, ce qui les séduit particulièrement. Par ailleurs, les jihadistes occidentaux peuvent aussi bien faire partie d’un groupe, hiérarchisé ou non (majorité des cas, surtout en Europe), qu’agir seul, en loup solitaire (minorité des cas, surtout aux Etats-Unis). Ils peuvent être convertis ou born again (croyant revenant à sa religion après s’en être éloigné) – passant le plus fréquemment par une sous culture déviante -, et le plus souvent s’engouffrent directement dans le jihadisme sans passer par le fondamentalisme.

Les nations occidentales et leurs jihadistes. Près de 70% des jihadistes européens impliqués dans des réseaux jihadistes proviendrait de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni. Par ailleurs, les Européens d’origine marocaine constitueraient la majeure partie des jihadistes ayant opéré sur le sol européen. Parmi les facteurs à prendre en compte dans la radicalisation, on recense les modalités d’intégration, l’organisation de l’espace urbain et périurbain couplé à la question sociale, l’histoire – coloniale – du pays, la culture politique du pays en question (multiculturalisme, laïcité …), ainsi que la politique étrangère du pays.

 

Etienne de Gail, Étudiant en Master II, promotion 2018-2019


[1] « Communauté musulmane imaginaire que veulent construire les jihadistes, marqué par un degré inouï d’unanimisme, d’unité, d’entente entre ses membres, tous acquis à l’idée de la lutte à mort pour instaurer un monde musulman à l’abri de la domination des « croisés » (puissances occidentales) et en guerre totale contre les sionistes (…), les francs-maçons et d’autres adversaires selon différentes versions de la théorie du complot. », p.67

[2] « Le jihadisme ne se réduit pas à la jeunesse d’origine immigrée, que ce soit en France, en Angleterre, en Allemagne ou dans d’autres pays occidentaux. Néanmoins, les jeunes musulmans d’origine immigrée, de la 1ère à la 3ème génération vivant en majorité dans des quartiers ghettoïsés, sont les acteurs les plus nombreux du jihadisme occidental. », p.112

politique-etrangere.com/

La revue de l'Ifri depuis 1979

Études Géostratégiques

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix

Latin America Watch

Latin America Watch est un blog de veille et d’analyse de la situation des pays d’Amérique Latine.

Theatrum Belli

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix

Diploweb.com : Géopolitique, stratégie, relations internationales et cartes

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix

Foreign Affairs Feed

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix

CFR.org -

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix

Historicoblog (3)

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix

Lignes de défense

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix

Guerres-et-conflits

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix

La voie de l'épée

Master II Géostratégie, défense et sécurité internationale. Sciences Po Aix