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MORTS EN OPEX

26 Mar

Compte rendu de l’ouvrage  de Nicolas MINGASSON, 1929 jours. Le deuil de guerre au XXIe siècle, Les Belles Lettres, octobre 2016, 384 p., 23 euros.

 

Ayant séjourné dans une compagnie de combat en Kapisa, le journaliste Nicolas Mingasson dépeint la spécificité du deuil de guerre du conflit afghan pour nos 90 tués (et 3 ou 4 suicides « avérés ») sur un total de 70 000 soldats professionnels projetés sur cette « terre de l’insolence ». L’introduction retrace la chronologie de notre engagement en Afghanistan à partir d’un précieux recueil de témoignages auprès des camarades survivants des « morts pour la France » et des familles endeuillées, sans oublier les orphelins et quelques-uns des 700 blessés. On peut toutefois regretter les rares comparaisons avec les conflits antérieurs, le flou entourant parfois le nom de l’unité et l’oubli de la mort particulière, quant aux rites, des  douze légionnaires (dont un officier). Il aurait été aussi utile de clairement définir le corpus, de le quantifier afin de mieux décrire ce sentiment général d’abandon, de frustrations et d’amertume qui prédomine à la suite du rembarquement précipité de décembre 2012.

            Ces réserves mises à part, l’ouvrage est des plus remarquables quant à l’analyse minutieuse de cette fragilité devant la mort de soldats professionnels occidentaux, et de leurs familles qui ont du mal à l’accepter en tant que risque du métier. Pourtant, la perspective du combat et la volonté de mettre un garrot au terrorisme font que l’Afghanistan apparaît comme un aimant. Au départ, comme pour toutes les générations du feu, c’est le même « Fais attention à toi » des mères, joint à une certaine appréhension au 2e ou 3e départ pour un séjour de six mois, car on sait ce qui vous attend là-bas. Le chef de corps du 21e RIMA de Fréjus, en avril 2010, dit simplement à ses hommes de « faire gaffe ». A l’inverse de leurs aînés d’août 14 ou d’Algérie, ces soldats français sont conscients de là où ils vont.

            De bonnes pages sont consacrées à la vie sur une FOB (base opérationnelle avancée), aux liens par Skype, Internet, téléphone portable, avec les familles. Cette dispersion empêche quelquefois de se concentrer sur la mission, au détriment du groupe. Le militaire d’Afghanistan vit dans l’immédiat. L’odeur de la poudre la première fois (et du sang bientôt) renforce cependant les liens très forts de la famille militaire, de la section, au contact d’un ennemi imprévisible. Nicolas Mingasson, comme d’autres auteurs avant lui qu’il aurait fallu citer, souligne bien le tournant de l’embuscade d’Huzbin, 10 tués, le 18 août 2008. Un témoin direct, de la section de réserve, a le terrible sentiment, par les liaisons radio, de vivre la mort de ses camarades en direct. Le soldat du XXIe siècle reste connecté, jusque dans les derniers instants, différence avec ses prédécesseurs. Cette révolte traduisant une inaccoutumance de la mort est tempérée par le professionnalisme, les réflexes longuement acquis qui permettent d’éviter, comme en Algérie, que l’on « tire dans le tas » pour se venger des autochtones. Au retour d’Huzbin et d’autres engagements, la troupe est en état de sidération. C’est le chef de corps, coupant Internet et téléphone portable, qui annonce la mort et l’impératif de continuer la mission, tout en étant seul, le soir, pour trouver les mots justes accompagnant la mort du fils aux parents ou de l’époux à sa femme. Parmi les témoignages recueillis, celui du médecin-chef de l’hôpital de Kaia à Kaboul. Ni lui ni ses infirmiers militaires n’étaient préparés à « traiter » 13 corps de juin à octobre 2011, tout en s’occupant des blessés. Pour les dépouilles déchiquetées par l’explosion d’un IED (mine), c’est l’épreuve de la toilette et de reconstitution partielle des chairs afin de les présenter ultérieurement aux familles. Le chapitre III de l’annonce aux parents est le plus remarquable. On y retrouve le rituel à l’ancienne de deux officiers, parfois accompagnés du maire, qui viennent délivrer, de jour comme de nuit, le terrible message. L’appel du colonel depuis la FOB précède parfois en cas de blessure grave. Les nouvelles au JT de 20 h ou la dépêche AFP annonçant la mort débouchent sur l’impératif de connaître les circonstances du décès. En Afghanistan, l’armée réapprend la mort.

            L’ayant vécu sur la FOB de Tagab, l’auteur décrit l’étrange ballet rendu aux morts sur la base, puis le voyage vers Kaia, le retour à la base, le retour à l’aéroport de Kaboul pour être enfin embarqué vers la métropole. S’en suit, après Huzbin, l’hommage national aux Invalides. Arrivé en France, le corps est reçu aux Batignolles, à la morgue de l’Institut médico-légal. La reconnaissance de la dépouille enlève aux parents les derniers doutes. S’en suit une semaine de cérémonies officielles avant les obsèques familiales. Si les traumatismes post-combat sont évoqués par l’auteur, ils concernent aussi les parents des « morts pour la France », seuls face à la douleur. Tel père sombre dans l’alcoolisme, un autre songe au suicide. Pour le soldat qui était au côté de son camarade de combat, c’est la rage de n’avoir rien pu faire pour le sauver. D’autres missions, au Mali entre autres, permettent de panser cette plaie. Mais elle ne se referme pas pour les orphelins et les veuves (terme le plus souvent récusé). Certaines se réfugient dans le déni de la mort de l’époux, d’autres ne « refont pas » mais « continuent » leur vie.

            En découle l’interrogation finale sur le « héros » ou non : quel sens donner à cette mort ? Pour la majorité des témoins-parents, un sentiment d’inutilité, celui d’être parti comme les Soviétiques d’Afghanistan « la queue entre les jambes ». A cette « mort pourquoi ? », vu l’état actuel de l’Afghanistan, s’ajoutent d’autres douleurs comme la difficulté de faire inscrire le nom du fils ou de l’époux sur le monument aux Morts de la ville. S’ils ne furent peut-être pas des héros, il faut reconnaître que ces soldats professionnels sont allés au bout de leur choix, de leurs convictions, estime l’auteur à juste titre. En bref, jusque dans la mort « comme hypothèse de combat » (Michel Goya), ils ont fait leur métier.

 

                                   Jean-Charles Jauffret

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LE GENIE EN AFGHANISTAN : L OUVRAGE DE REFERENCE

23 Mai

Lafaye, Christophe, L’armée française en Afghanistan. Le génie au combat 2001-2012, Paris, CNRS Éditions, 2016, 502 p, 27 euros

Rassemblant la substance d’une thèse soutenue en 2014, tout en restant accessible aux non-initiés (on pourrait parler de journalisme de très bon niveau), L’armée française en Afghanistan. Le génie au combat 2001-2012, s’ouvre sur une préface du général Georgelin, ancien CEMA, qui rappelle que les militaires ont le devoir de réinvestir le combat intellectuel sur les affaires de défense. Se distinguant par sa qualité technique, cet ouvrage s’inscrit exemplairement dans la série récemment revivifiée – notamment par les travaux du général (2s) Jacques Defretin et du commandant Ivan Cadeau – des études sur le génie. Il s’agit d’un livre dense mais relativement facile à lire, le label CNRS étant un gage de sérieux et non la promesse d’une prose indigeste, bien au contraire. Malgré son aspect évoquant un pavé, les notes constituent en fait un tiers du volume. Le texte lui-même est riche de graphiques, cartes, tableaux, donnant à voir par exemple l’articulation des unités militaires  ou explicitant le fonctionnement des organisations en jeu, dans un contexte à la fois interarme et interallié. L’engagement en Afghanistan implique pour l’armée française une expérience renouvelée des combats de haute intensité, dont la dernière occurrence remontait à la guerre d’Algérie. Tout un pan de l’histoire de l’armée française se déploie travers l’action du génie, arme parfois méconnue, sur le territoire d’un pays si particulier. Pour le génie, cette expérience marque le retour au premier plan de savoir-faire nécessaires aux opérations de contre-guérilla. Dès 2003, les talibans utilisent les engins explosifs improvisés, ces dispositifs de plus en plus ingénieux représentant une menace redoutable et imprévisible pour les troupes au sol. Réactif, le génie se dote d’une chaîne complète de moyens pour lutter contre ces bombes artisanales, responsables de plus de la moitié des pertes de la coalition occidentale. Les phases de l’engagement (2001-2007 De la stabilisation à l’imposition de la paix, 2008-2009 De l’imposition de la paix à la contre-insurrection, 2009-2012 De la contre-insurrection au retrait) et les sous-phases qui se dégagent sont traitées dans une perspective relativement interdisciplinaire. L’importance accordée à la parole d’autrui, praticiens, experts formés sur le terrain… donne à la démonstration un caractère animé, presque polyphonique.  Sans aucune volonté de reformulation, les larges citations de témoignages, pris comme sur le vif, émanant des acteurs,  confèrent au livre un caractère vivant aussi rocailleux que le réel. Le sens de l’adaptation, du renouvellement et de la pérennisation du savoir-faire du génie français est exposé sans que soient passées sous silence les difficultés, voire les impasses rencontrées. L’attention portée au concret n’entrave pas la réflexion, la nourrissant plutôt. Le livre contient une appréciable chronologie détaillée, un index facile d’utilisation et une traduction extensive (bilingue français/anglais) des sigles qui fourmillent inévitablement dans tout texte rendant compte d’opérations militaires. L’épais cahier central comporte des illustrations dans le ton grisâtre, sable et olivâtre du terrain, images d’une grande qualité présentant les hommes et leur matériel. Ce travail d’histoire immédiate, qui emprunte aux méthodes des sciences sociales tout en s’enracinant dans le modèle de rigueur propre au métier de l’historien, semble prouver que le souci d’objectivité n’est pas incompatible avec une certaine empathie. Globalement, l’expérience guerrière du génie dans une zone du monde très éloignée démontre les capacités d’adaptation en interne de l’armée française et sa faculté à travailler en coopération, avec des alliés qui ne sont pas des pairs, tels les Américains. Dans le sillage de Jean-Charles Jauffret, La Guerre inachevée. Afghanistan 2001-2013, cet ouvrage semble véritablement utile à qui souhaite aborder de manière sereine et réfléchie le sujet de l’armée française aujourd’hui.

                                                                                  Candice Menat, docteure en Histoire

 

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LA BUNDESWEHR, UN OUTIL MILITAIRE EN QUÊTE D’UNE VOLONTÉ POLITIQUE

17 Déc

« L’armée allemande, trop délabrée pour combattre? ». ce titre d’article tiré de L’express du 30 septembre, résume assez bien l’ensemble des comptes-rendus ayant été publiés en automne dernier dans la presse sur l’armée fédérale. A l’heure où les budgets des armées européennes ne cessent de diminuer, réduisant leurs capacités de projection, il n’est guère étonnant que l’on prête désormais autant d’attention à l’état des forces armées de nos alliés, espérant vainement par ce moyen compenser les budgets nationaux de défense s’étiolant, ne serait-ce qu’afin de remplir tant bien que mal les engagements pris dans le cadre de la PESC, de la PSDC et de l’OTAN.

Reprenant les thèses défendues dans l’ouvrage, La Bundeswehr. De la pertinence des réformes à l’aune des opérations extérieures[i] paru en 2014, cet article présente une analyse concise de la situation de la Bundeswehr en traitant des interventions de celle-ci de ces quinze dernières années, ainsi que des nombreuses réformes qu’elle a connues depuis les gouvernements Schröder. Un certain nombre de critiques faciles peuvent à première vue être adressées à cette armée fédérale quand on aborde la question de son fonctionnement sur les théâtres d’opération. Outre l’application de règlements absurdes (à titre d’exemple, au début de l’intervention en Afghanistan, la Bundeswehr ne pouvait riposter à une attaque ennemie sans tirs de sommation de sa part, devant indiquer ainsi à ses assaillants son intention de répliquer), certaines décisions des gouvernements allemands laissent à désirer en termes de logique stratégique et tactique[ii]. Au-delà de ces faits peu glorieux, plusieurs traits caractéristiques mais aussi aptitudes peuvent être notés, constituant deux ensembles d’explications permettant une étude précise des réformes et des opérations extérieures de la Bundeswehr, outil militaire d’un système parlementaire à l’opposé de la V ͤ  République.

En effet, la décision allemande de prendre part à l’intervention en Afghanistan ainsi que la manière dont celle-ci fut menée pendant plus de dix ans, révèle de la part de Berlin des politiques et décisions plus dictées par des rôles que l’Allemagne s’attribuerait, que par des choix rationnels se référant à une analyse stratégique objective. Plusieurs entretiens menées ainsi que des articles du journal Der Spiegel mettent en lumière le rôle moteur joué par l’Allemagne lors du déclenchement de l’intervention en Afghanistan, celle-ci agissant avant tout dans l’objectif de se conformer à l’image qu’elle souhaitait donner d’elle, à savoir d’une part celle d’un alliée des Etats-Unis, remboursant la dette symbolique qu’elle leur devait pour leur protection durant la Guerre froide, et d’autre part, celle d’un état intégrant désormais le cercle restreint des pays les plus puissants, et demandant un traitement semblable aux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette même image de puissance mondiale égale à la France ou au Royaume-Uni, autrement dit capable d’accomplir autant de missions à l’étranger que ces derniers, se retrouve également dans les premières réformes de la Bundeswehr des années 2000. De la même manière, l’incapacité de Berlin à faire évoluer l’engagement de la Bundeswehr en Afghanistan jusqu’en 2009 s’explique par son fort attachement au rôle qu’il souhaitait endosser, à savoir celui d’un pays, expert dans la reconstruction avant tout économique et civile d’une société d’un Etat défaillant.

 

Nombre d’incidents ou de critiques adressées par les alliées de l’Allemagne trouvent quant à eux leur origine dans les traditions et cultures organisationnelles des administrations civiles et militaires allemandes. Il en va ainsi de l’application stricte de règles d’engagement (caveats) souvent décriées, observées tant lors des opérations en Afghanistan qu’au large des côtes somaliennes dans le cadre de la mission Eunavfor Atalanta. La prise du cargo allemand Hansa Stavanger en 2009 par des pirates peut servir ici d’exemple. En effet, bien qu’un navire militaire allemand se trouvait à proximité lors de la prise d’otage, il fut dans l’incapacité de porter secours aux otages, seul le GSG 9 (équivalent allemand du GIGN) étant autorisé par la loi allemande à intervenir lors de telles circonstances. Ce frein à la réactivité et à l’innovation peut également être mis en exergue lorsque l’on analyse la manière dont la doctrine de contre-insurrection fut adoptée par l’armée allemande, en particulier par l’état-major à Potsdam (cette doctrine étant considérée comme temporaire et à ne pas retenir à l’avenir pour toute autre intervention militaire de la Bundeswehr), ou encore lorsque l’on compare l’évolution des spécificités et commandes françaises et allemandes d’hélicoptère Tigre.

 

En ce qui concerne l’intervention en Afghanistan, outre l’impact des postures[i] prises par les gouvernements allemands, les disfonctionnements d’ordre administratif qui sont relatés, mettent en exergue les conséquences des rivalités bureaucratiques entre ministères et services, ce qu’illustre le fonctionnement des PRT (Provincial Reconstruction Team). Pour autant l’étude des opérations conduites par les militaires allemands met en évidence des soldats bien éloignés des visions caricaturales d’armée de parade ou encore de « croix rouge renforcée ». En effet, malgré les réticences de l’état-major à adopter une véritable politique de contre-insurrection, certaines des missions réalisées en Afghanistan[ii] montrent des individus parfaitement capables de mener des opérations difficiles de traque et de contre-guérilla plusieurs jours durant loin de leurs bases et dans des conditions de vie difficile. Plusieurs errements stratégiques sont malheureusement manifestes, que cela soit en Afghanistan, lors de l’opération en République Démocratique du Congo en 2006[iii], ou encore au cours de l’opération Eunavfor Atalanta (polémique sur l’extension au rivage de l’opération et sur la limite exigée par les parlementaires de deux kilomètres, au-delà desquels aucune action ne serait autorisée pour les troupes allemandes). Ces différentes missions montrent également le développement des entreprises allemandes de sécurité privée et le recours fréquent à des prestataires privés par la Bundeswehr, et ce parfois de manière inconséquente[iv].

 

Parallèlement aux opérations extérieures menées, diverses réformes furent entreprises par les gouvernements allemands depuis Gerhard Schröder. Or dans la conduite de celles-ci, on ne peut que noter à nouveau l’impact du rôle souhaité par Berlin au début des années 2000, id. est de puissance égale aux « cinq grands » du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette perception de son nouveau rôle et rang poussa l’Allemagne à adopter des principes directeurs pour sa politique de défense en 2003 allant bien au-delà de ses capacités. Ces derniers prévoyaient notamment de doter l’Allemagne d’une force de projection permanente de 14 000 hommes. Cependant au cours de la décennie écoulée, Berlin ne fut capable de déployer que quelques mois durant un total de 10 000 militaires, la moyenne haute s’établissant plus entre 7 000 à 8 000 soldats. Le rythme des réformes s’accélérant au cours du deuxième mandat d’Angela Merkel, le service militaire fut définitivement suspendu et la carte militaire modifiée. Les effectifs diminuèrent ainsi que les commandes d’équipements militaires, faisant craindre durant le ministère de Karl-Theodor zu Guttenberg des réformes de nature seulement financière, avant que son successeur ne donne à nouveau une orientation stratégique à ces bouleversements. L’analyse effectuée ici des commandes[v] permet de souligner l’absence d’adéquation entre celles-ci et les réductions des effectifs planifiées depuis plus de vingt ans, ainsi que la manque de réactivité des responsables tant militaires que civils. Par ailleurs, il est frappant de constater l’absence d’évolution de la version allemande du Tigre, a contrario de son homologue français, le modèle allemand demeurant conçu avant tout pour la lutte anti-char, ainsi que les plans datant de la fin des années 1980 le prévoyaient.

 

La décision allemande lors de la crise libyenne et la stupéfaction qu’elle engendra sont plus qu’intéressant à souligner ici, car contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce faux-pas de la diplomatie allemande, loin d’être une première, ressemble fortement à la décision unilatérale allemande de 1991, reconnaissant l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie, décision ayant jeté pour quelques mois l’opprobre sur Berlin. Afin de faire oublier cet écart, le gouvernement du chancelier Helmut Kohl contribua par la suite fortement aux premières missions en Bosnie-herzégovine[vi]. Le déploiement de batterie de missiles Patriot par l’Allemagne en Turquie en 2012 peut ainsi être interprété tel un acte de contrition de la part du gouvernement de la chancelière Angela Merkel envers ses alliés. Il démontre de manière d’autant plus frappante que les errements stratégiques et tactiques de l’Allemagne[vii] trouvent leur origine dans le comportement de sa classe politique. Outre une sensibilité exacerbée de sa part vis-à-vis de la politique intérieure[viii] lors de prise de décisions relevant des domaines des Affaires étrangères et de la défense, une déformation de l’esprit de la loi de 2005 encadrant les opérations extérieures par certains députés voire groupes politiques au Bundestag est plus qu’observable. La faible expérience des parlementaires de la précédente législature sur les questions de défense et de relations internationales[ix] est sans doute une des raisons à l’origine de cette défaillance manifeste de la classe politique allemande.

 

Néanmoins, l’absence de vrais débats publics de fond sur les questions stratégiques en matière de défense et de relations internationales semble être l’élément le plus préjudiciable pour Berlin et la Bundeswehr. Il s’agit là presque d’un paradoxe pour un système politique accordant tant de pouvoir en politique étrangère à son parlement. On ne peut en effet que constater la non participation des parlementaires lors des rédactions des documents stratégiques. Ainsi, à l’inverse de la commission pour le livre blanc français de 2013, nul député allemand ne prit part aux réflexions ayant précédé la publication des principes directeurs de la politique de défense allemande de 2011. Ceci favorise les polémiques ubuesques[x], mais aussi contribue à maintenir un décalage entre les discours volontaristes des ministres allemands de la défense (tels ceux de Monsieur Thomas de Maizière lors de la conférence sur la sécurité de Munich, ou encore ceux de l’actuelle ministre de la Défense Madame Ursula von der Leyen sur l’engagement allemand en Afrique) et les décisions finales prises par le gouvernement fédéral, lorsqu’il s’agit de mettre en application ces discours et donc de défendre la politique choisie devant le Bundestag. Or le risque à moyen terme de ce décalage est de renforcer l’exaspération et l’incompréhension des alliées occidentaux de Berlin.

 

Borzillo Laurent
Doctorant en cotutelle entre l’Université de Montpellier I et l’Université de Montréal, diplômé du Master II Histoire militaire en 2012.

[i] Ouvrage issu d’un mémoire de recherche réalisé dans le cadre du master d’histoire militaire de l’IEP d’Aix-en-Provence, lauréat du prix Ihedn 2013 (mention Traité de l’Elysée) et du prix en histoire militaire de l’Irsem 2013.

[ii] Cf. Décision allemande lors de la crise libyenne en 2011.

[i] Cf. Rôles.

[ii] Cf. Opération Jadid.

[iii] Maintien d’un calendrier de retrait des troupes en décalage avec les dates des élections, élections dont ces mêmes troupes avaient pour mission d’assurer le bon déroulement.

[iv] Cf. Opération Eufor RDC, théâtre afghan.

[v] En hélicoptères ou encore en A400M.

[vi] Cf. Ifor, Sfor.

[vii] Voir supra.

[viii] Elections des gouvernements des Länder.

[ix] Surtout au sein des libéraux et des verts.

[x] A l’instar de celle ayant touché l’ancien président allemand Horst Köhler en 2010 et l’ayant partiellement contraint à la démission.

La Bundeswehr. De la pertinence des réformes à l’aune des opérations extérieures

Borzillo Laurent

Editions L’Harmattan, 2014, 232 pages

 

9782343021928r

LES RECHERCHES SUR L’INTERVENTION EN AFGHANISTAN PRIMEES

17 Déc

Prix

De gauche à droite : Julie le Gac, Per Endling, Arnaud Guinier, le secrétaire d’Etat Jean-Marc Todeschini, Professeur Maurice Vaïsse, Laurent Borzillo, Christophe Lafaye et Mathieu Gotteland.

Le 26 novembre dernier, le secrétaire d’Etat auprès du Ministère de la Défense, chargé des anciens combattants et de la mémoire, Jean-Marc Todeschini, a remis les prix d’histoire militaire 2012, 2013 et 2014 aux lauréats de ces trois années consécutives, suite à un discours de présentation des recherches primées par le Professeur Maurice Vaïsse, président du conseil pour la recherche historique du Ministère de la Défense.

Lauréats 2014 : Christophe Lafaye et Mathieu Gotteland.
Lauréats 2013 : Arnaud Guinier et Laurent Borzillo.
Lauréats 2012 : Julie le Gac et Per Endling.

A cette occasion, deux travaux de recherches issus d’étudiants rattachés à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence ont été primés :

• Prix de la meilleure thèse en histoire militaire en 2014, le travail du lieutenant de réserve Christophe Lafaye portant sur le génie en Afghanistan. Docteur en histoire de l’université d’Aix-Marseille, Christophe Lafaye est chercheur associé au laboratoire du Cherpa de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, rédacteur au bureau de recherche du CDEF (Centre de Doctrine d’Emploi des Forces) et également lieutenant de réserve du 19e régiment du génie de Besançon. Intitulé Le génie en Afghanistan. Adaptation d’une arme en situation de contre-insurrection (2001-2012). Hommes, matériels, emploi, et rédigé sous la direction du lieutenant-colonel Remy Porte, ce travail traite rigoureusement et exhaustivement de l’engagement de l’armée française en Afghanistan, à travers une analyse centrée sur l’arme du génie. Une prochaine publication en 2015 aux éditions du CNRS (DMPA) est d’ores et déjà prévue.

• Meilleur mémoire de master de recherche en histoire militaire en 2013, le travail de Laurent Borzillo portant sur les réformes et les opérations extérieures de la Bundeswehr des vingt dernières années. Diplômé de l’IEP d’Aix-en-Provence et du master II en histoire militaire dirigé par le Professeur Jean-Charles Jauffret, Laurent Borzillo poursuit des études de doctorat en cotutelle entre les universités de Montpellier I (Cepel) et de Montréal (Cepsi) sur la défense européenne. Intitulé La Bundeswehr, de la pertinence des réformes à l’aune des opérations extérieurs de la dernière décennie, ce mémoire analyse en détail les causes et le déroulement de l’intervention allemande en Afghanistan, tout en replaçant celle-ci dans le cadre des tentatives des gouvernements allemands de doter l’Allemagne d’un nouveau rôle sur la scène internationale, égal à son poids économique. Primé également par l’Ihedn en 2013, ce travail de recherche est désormais disponible en libraire, ayant été publié cette année aux éditions L’Harmattan.

Pratiques militaires et globalisation

31 Mar

Etudes géostratégiques est heureux de vous annoncer la publication des actes du colloque Pratiques militaires et globalisation XIXe-XXIe siècles. Pratiques militaires couv_B ok

Actes colloque

 

Le génie en Afghanistan. Adaptation d’une arme en situation de contre-insurrection (2001-2012). Hommes, matériels, emploi

8 Fév

La soutenance du lieutenant Christophe Lafaye  a eu lieu Le 29 janvier 2014, dans le cadre solennel de la grande salle de réunion de l’École de guerre. Le Pr. Jean-Charles Jauffret préside le jury, les Pr. François Cochet et Olivier Forcade étant rapporteurs. Le général d’armée Jean-Louis Georgelin (2S), Grand chancelier de la Légion d’honneur, intervient en tant qu’expert. La première thèse entièrement dirigée par un officier d’active titulaire de l’HDR, le lieutenant-colonel Rémy Porte, s’intitule « Le génie en Afghanistan. Adaptation d’une arme en situation de contre-insurrection (2001-2012). Hommes, matériels, emploi ». Menée dans la tradition de la disputatio, la séance se distingue par sa richesse et sa rigueur académique. On note la réactivité constante d’un doctorant qui se situe à la confluence des mondes militaire et universitaire, de véritables échanges se produisant entre l’impétrant et les membres du jury. Sa thèse fait partie des premiers travaux historiques publiés sur l’intervention française en Afghanistan, faisant preuve d’une certaine élévation sur cette question imparfaitement – ou trop superficiellement – connue du public. Empruntant aux méthodes de la sociologie pour la réalisation de son étude, Christophe Lafaye effectue un travail d’histoire immédiate tout en s’ancrant dans les pratiques de l’histoire contemporaine. Il a bénéficié du soutien financier de l’IRSEM et du CHERPA, sous forme respectivement d’une allocation de recherche et d’une prise en charge partielle des frais de terrain. L’impétrant souligne que son statut d’officier de réserve lui a facilité certaines démarches. Outre l’encadrement attentif de son directeur, il a reçu l’appui chaleureux d’un certain nombre de personnes au sein de l’institution militaire, de la part en particulier des commandants successifs du 19e régiment du génie. L’élaboration d’une thèse est une aventure collective, les difficultés matérielles et méthodologiques rencontrées trouvant de ce fait une résolution satisfaisante. Il s’agit de s’inscrire délibérément dans la filiation de la thèse du capitaine Ivan Cadeau[1] mettant en exergue l’importance du génie, peu d’études globales ayant été consacrées aux accomplissements et mutations de cette arme après 1945. La présence d’un chercheur au sein d’une unité constitue simultanément une plus-value à la fois pour les acteurs militaires et universitaires. Le corpus de la thèse de Christophe Lafaye se compose essentiellement d’entretiens[2] avec des membres du génie ayant été envoyés en Afghanistan. Ceux-ci se répartissent sur un très large éventail de grades et de fonctions. En plus d’un travail rigoureux de critique, le traitement des données émanant de témoins encore en activité suppose un certain sens éthique. Il convient de distinguer les sources émanant des pays de la coalition de celles qui sont produites par les antagonistes. Le doctorant a eu recours à des travaux de recherche pluridisciplinaires afin de questionner les définitions de l’adversaire. Grâce aux outils informatiques gratuits que sont Zotero et Netvibes, il a mis en place une veille d’information. Outre le travail sur un substrat récent, sont analysées les évolutions que connaît le génie français à partir de l’aventure indochinoise. S’adaptant à un contexte de guerre froide, il devient l’arme des grands corps mécanisés et amphibies. Sa contribution aux opérations de maintien de la paix lui offre l’occasion de façonner de nouveaux savoir-faire. Il s’agit de promouvoir, à travers l’élaboration d’un aperçu sur le temps long de l’expérience du feu, une meilleure compréhension de l’histoire récente, indispensable pour penser les activités de demain. Après ce discours liminaire bien structuré exposant le projet de recherche dans un français de qualité, intervient l’aréopage. Le directeur fait remarquer que la formation des officiers doit évoluer avec les transformations de la guerre. Le président du jury rappelle le modèle d’officier-historien incarné par le général Jean Delmas. 60 000 soldats français sont passés en Afghanistan, au point que l’on parle de quatrième génération du feu. Au cours de onze années s’est forgé un immense savoir pratique et théorique qui mérite d’être conservé et entretenu. Le professeur Cochet apprécie que les annexes, consubstantielles au corps de la thèse, participent de la démonstration, ne remplissant pas seulement une fonction démonstrative. Si le doctorant a su habilement manier blogs, sites internet, et littérature grise, entre l’histoire des techniques et celle des militants, il pourrait avantageusement approfondir sa recherche dans la direction des stéréotypes que représentent les témoins. La maîtrise des outils informatiques et la manipulation intelligente du virtuel marque un basculement générationnel dans les pratiques académiques. Celle-ci n’est pas exclusive de la hauteur de vue que confère l’étude méthodique des sources classiques. Le Pr. Olivier Forcade insiste sur le fonctionnement de type transnational du génie français dans le contexte d’opérations multinationales chapeautées par un commandement OTAN – et non directement étatsunien. Le général Jean-Louis Georgelin, en tant que personne ayant assuré la responsabilité politique de l’intervention française en Afghanistan, salue le travail minutieux d’interview de témoins effectué dans une vraie simplicité. À une époque où la guerre a déserté l’horizon des Français, l’interface politique peut influencer les activités sur le terrain, les sondages ayant tendance à influencer les décisions. Dans des forces aux effectifs restreints et au budget limité, il est important d’approfondir la réflexion sur la technicité des armées. Christophe Lafaye remarque que le raisonnement tactique d’un soldat français demeure fondamentalement différent de celui d’un Américain. Il existe certes une standardisation OTAN, une doctrine commune, mais la culture militaire nationale ne s’efface pas. Les phases successives de l’intervention française en Afghanistan doivent être distinguées, l’affaire de la passe d’Uzbin survenue les 18 et 19 août 2008 constituant un accélérateur, et non un tournant tactico-opérationnel. La véritable inflexion survient en fait en juin 2007, quand la décision est prise par Nicolas Sarkozy, en conseil de défense restreint, d’impliquer des soldats français dans des actes de combat. Cette expérience dans une zone du monde très éloignée démontre les capacités d’adaptation en interne de l’armée française. La guerre devient parallèlement de plus en plus médiatique, ce qui devrait induire un questionnement moral autour du métier des armes, comme sur le rôle des journalistes. Pour une thèse originale rédigée dans une configuration elle-même singulière, le candidat obtient la double consécration des félicitations du jury à l’unanimité et l’autorisation de publication immédiate.

 


[1]. La thèse d’Ivan Cadeau, L’Action du génie pendant la guerre d’Indochine (1945-1956). Une action entravée par le manque de moyens et une méconnaissance de l’arme, préparée sous la direction du Pr Jacques Frémeaux, a été soutenue à Paris IV (Sorbonne) en octobre 2010.

[2]. Avec l’accord des participants, les quatre-vingt-sept témoignages enregistrés numériquement seront déposés au Service historique de la Défense.

Towards a post-ISAF Partnership Policy for NATO in Central Asia (Part 2)

1 Juin
Towards a post-ISAF era, a new Partnership Policy for NATO with Kabul ?
A long-lasting NATO partnership with Afghanistan
According to NATO publications, the ISAF withdrawal from Afghanistan is being achieved in an organized fashion following the notion of developing a “lasting partnership.” The Lisbon summit, held in November 2010, was aimed at redefining the main goals and initiatives of NATO to include new organizational risks to be taken into consideration. Since 2010, NATO has placed emphasis on external operations in the different main threat sectors, which it considers to be combating terrorism, proliferation of weapons of mass destruction, cyber warfare, and energy sources. With these missions in mind NATO wishes to carry on its involvement in Afghanistan, where it could foster ”enhanced cooperation” in the fields of national security and defense reform. The ISAF will progressively let the Afghan National Army (ANA), created in 2002, to shoulder more responsibility. NATO remains optimistic about the effectiveness of the NATO Training Mission in Afghanistan (NTM-A), a training mission for the Afghan National Security Forces and the people in charge of the different districts. This long-term partnership is a necessary element for NATO, which continues to believe that its commitment in Afghanistan must persist despite the troop withdrawals (as the Allies approved at the NATO Chicago Summit in May 2012). However, NATO still has a need to explain in detail its “post-2014 mission plan”. In fact NATO is putting in place a new mission, which is not well defined; all the while the troop withdrawal is making steady headway. At this moment the “long-lasting partnership” concept appears quite fuzzy in reality and hidden behind the objectives assigned by the NATO technocrats. The most prominent question is does this partnership consist of a military presence, financial assistance, or remote assistance through already existing peace-building organizations in place in Afghanistan, such as the Afghanistan Human Rights and Democracy Organization or the Cooperation for Peace and Unity? It is also important to note the uncertainty of the troop levels maintained on the ground after 2014. The options put forward by General John R. Allen, the top U.S. Commander in Afghanistan, consisted of a range from 6,000 to 20,000 U.S. troops. This bracket was subsequently revised downwards by the White House requiring a contingent between 3,000 and 9,000 troops. The expectations are that the troop phase out will speed up since January 8, 2013 as a White House spokesperson announced the withdraw of half of the remaining 66,000 troops by April 2014, the same month that the Afghan presidential elections will take place. Even though decisions have been made there remains ambiguity concerning the incremental withdrawal and the number of troops needed to remain on the ground after completion. Indeed, While the latest version of the ISAF withdraw plan was made public in January, 2013 doubt remains on how clearly the program was defined and if it is not being driven by the war debt incurred by the United States. In this particular case, such a retreat could prevent a safe democratic transition from happening in Afghanistan. For NATO this would be the first failure for the potential “long-lasting partnership.” The troop withdraws spurred disbelief among the Afghan government, which is supported by the ISAF. A spokesperson to the Afghan President, Hamid Karzaï, asked NATO to explain and justify its twelve-year intervention in the Islamic Republic. If they did not really want to make certain the transition process is completed, what did the NATO members expect to accomplish with their military presence in Afghanistan? Now, they seem to leave quite precipitately rather than completing their objectives.

Russia, China, Iran and Pakistan regard the U.S. presence in the region more as a power struggle than a genuine willingness to help the Afghan people. This explains why these countries, during the Istanbul Conference on Afghanistan in November, 2011, opposed implicitly the continued military presence of NATO forces in Afghanistan. As previously mentioned, these positions can be associated with their respective economic, energy and cultural interests in the region following the withdraw of NATO These positions emphasize the need for collective bargaining and concessions in the post-2014 era, between the United States and the regional powers. These powers also joined hands to establish a Central Asian bloc since the 1990’s. As a result there are numerous regional organizations, such as the SCO (Shanghai Cooperation Organisation) and the CSTO, need to take part in the project helping the Afghan transition after ISAF departure. The SCO membership is comprised of Russia, China and the “Stans” (former USSR satellite states in Central Asia) and four observer states, Iran, Pakistan, India and Afghanistan. The organization works toward the goal of regional stabilization, yet is marked by internal disagreements when trying to adopt a unilateral position regarding the NATO troop withdrawals. This strife comes from existing ties that Pakistan and the other Stans have with the United States leading to disagreements with the Chinese and Russian policies. The SCO aspires to appear on the international stage as a legitimate player and not as a simple anti-NATO organization. This lobby is also represented under the auspices of the CIS (Commonwealth of Independent States), which is already planning for the end of the ISAF presence, demonstrated by the agreements that were signed in December 2012 governing the management of different situations such as “external border” control. As previously discussed this provides a clear example that the Afghan transition process is at the core of the preoccupations for economic, energy and security development in the region. The CIS, just as the CSO, points out a strong Russian influence in the balance of the Central Asia. The CIS voted for the creation of common monetary area between members and look to the future to fulfill the founding basis of the Minsk Agreement to establish a single control of nuclear weapons in the region and to organize the military forces under a centralized command.) The position of Russia should be at the heart of NATO’s work on how to structure the “lasting partnership.” Reference to this can be found in the most recent NATO Report on Afghanistan, alluding to collaboration with its partners their neighboring countries. The withdraw of troops have ratcheted up the need of NATO to work in close co-operation with these international partners to ensure that it reaches the goals targeted by the international community. In Afghanistan, the role of Russia would be thus to maintain the Afghan helicopter fleet and to ensure the training of Afghan army helicopter maintenance staff. The Russian presence in Central Asia seems to be recognized internationally since NATO declared: “The NATO-Russia transit arrangements proved critical to the development of the northern supply route to Afghanistan.” The security issue is of the uppermost importance in the CSTO’s mind (Collective Security Treaty Organization) since the Central Asian players have taken the position that their borders should never be in danger of being threatened as a result of withdrawing the NATO troops. Thus, CSTO members already envisioned sending representatives to Afghanistan to ensure that the peace process prevails in the post-2014 period. The projected plans highlight the need for synergy between the regional and international organizations. This process is already moving in the right direction, as the Eurasian organizations are not ambivalent towards compromise. For instance, the Economic Cooperation Organization (ECO) is a member state of the United Nations General Assembly and it is tied with both the European Union and the Association of Southeast Asian Nations (ASEAN). Of note both the OSCE and the CSTO already worked together on a counter-narcotics mission from 2011 to 2012 and could see similar work after 2014. Even if each regional or international organization have their own specific plans for the future of Afghanistan and surrounding regions after 2014, they share a common theme: providing safety in Afghanistan, so as to secure Central Asia and to shield the member countries of the OSCE (Organization for Security and Co-operation in Europe).
Delegating some parts of the projected regional partners is seen as a suitable solution, rather than applying the hypothetical long-lasting partnership to Afghanistan. We should ensure that lessons learned are given due regard so as to avoid future failures such as those seen in Afghanistan, exemplifying the need for the regional partners like the ECO or the CSTO to be better connected with the European and other international organizations. This collaboration should be aimed to safeguard economic and political stability in Central Asia following the outcome of Afghanistan and at the same time ensure that the country does not give up to the regional powers and their associated greed.
The ISAF exit strategy could lead to major hazards.
The future of Afghanistan is still uncertain, as we should take into account that the country is classified as a “failed State” by both “The Brookings Institution” and “Foreign Policy” indexes, despite the ISAF intervention. Afghanistan is ranked as the 6th most failed state in the world. A “failed state” as defined by French International Relations specialist Serge Sur is “a state apparatus that can no longer fulfill its basic functions, especially to provide physical security to its residents.”
Afghanistan, like most failed states, is no longer a state grounded on the rule of Law and has lost the majority of its legitimate power. According to Max Weber, the State can be defined by the double monopoly of physical violence and legitimate symbolism, both functions the existing Afghan government cannot perform. Therefore, this state no longer retains the right to resort to violence since the insurgents reappeared with the announcement of NATO troop withdrawal. There is legitimate fear of a new civil war between the new Afghan government and the Taliban, after 2014. According to the Afghan constitution President Hamid Karzaï will not be able to run again for office in April 2014 because he has served two consecutive terms. NATO should take into account the political vulnerability of the state, not based on the willingness of its people, but rather the loose creation of a country that is in many realities buffer. As initially planned during training missions, internal disputes between the various ethnic groups, particularly concerning Pashtunistan, could prevent the State from guaranteeing its people safety. As a result in the current environment a truly structured and non-corrupt public service is noticeably absent in Afghanistan. The concentrated male power only continues to weaken the already weak state. In addition, with the lack of readiness of the state one can question the readiness of the Afghan forces to take on the responsibility to combat the widespread corruption, organized crime and overall prevailing insecurity. According to the recent Pentagon Report on Afghanistan (Report on Progress Toward Security and Stability in Afghanistan) dating from December 2012, corruption is predicted to have the greatest overall impact on the government, yet all the while Pakistan still appears to support the insurgency against NATO and only one of the ANSF’s twenty-three brigades is in an operational readiness condition to apply the skills taught during the different training missions. With such assertions, it seems likely that the Taliban will continue to seek refuge in Pakistan, close to the Afghan border (like Haqqani Network, Tehrik-i-Taliban or Al-Qaeda) in the forms of grouping of combatants and training camps. The CIS also considers that Afghanistan will become “the gathering point of the terrorist activities in Central Asia.”
This region is overall characterized by an informal economy much due to narcotics trafficking. Little question remains that if the country is abandoned to its own fate; it will fulfill the role of a global hub for the drug trade. The Islamic Republic of Afghanistan has been driven by this shadow economy since the 1990’s (at the end of this decade, opium poppy cultivation already represented 10% of the Afghan gross domestic product). The drug-trafficking clearly influenced the allocation of top posts in the Afghan government. Ultimately the most serious hazard for the state itself would be to become a so-called narco-state, which is to mean a state in which the drug money is used to fund public policies.
While the fate of Afghanistan is subject to numerous hazards in the post-ISAF era, each player intends to develop its own policy to prevent such huge drifts or political interference with Afghan sovereignty. Unfortunately the Afghan people’s voice has no place in the debate despite the twelve-year war to “stabilize” their country. However, hope exist that solutions can be found by the Afghans themselves, who will be responsible for the proficient use of the financial aid using the training they have been supplied with. Researchers advocate the necessity to consult the Afghan people with regards to what they expect to improve after 2014. Therefore, utopias and incoherence could re-emerge, exacerbating daily-life difficulties, but the Western powers must not impose what they believe is the better path for a country to which they are not a part of.
Claudia Lostanlen
Etudiante en 2e année à Sciences Po Aix
Pour accéder au texte des deux parties réunies avec les notes de bas de page, cliquez iciTowards a post-ISAF Partnership Policy for NATO in Central Asia – Claudia LOSTANLEN -1-2

Towards a post-ISAF Partnership Policy for NATO in Central Asia

31 Mai

Une fois n’est pas coutume (mais nous réitérerons sûrement), au moment où l’introduction de cours en anglais à l’université fait débat, Etudes géostratégiques publie son premier article dans la langue de Shakespeare. Nouvelle exception, il est rédigé par une étudiante de 2e année de Sciences Po Aix, Claudia Lostanlen mais la qualité du travail le mérite amplement. La seconde partie du texte sera mise en ligne demain avec une version pdf pour ceux qui souhaiteraient avoir bénéficié de la version avec notes de bas de page renvoyant aux sources utilisées.

Key points :

The ISAF intervention in Afghanistan from 2001 to 2013 was only a qualified sucess

Afghanistan, a country which arouses keen interest in Central Asia

Towards a post-ISAF era, a new Partnership Policy for NATO with Kabul ?

 

 

Introduction

 

If the naming « Central Asia » is a geographic abstraction from the XXth century, the fact remains that this area is arousing greed in particular among the Russians. Indeed, the territorial ambitions of Russia in Afghanistan explain why this country, acted as a « buffer » between the Russian and the British Empires, in a strategic rivalry known as the « Great Game ». This history explains why Afghanistan was formed more as a strategic battlefield than a country founded on the basis of the general will of its people. The debate over the control of Central Asia recently reopened with the announcement of NATO troop withdrawals in 2014, ending a thirteen-year-old ISAF mission. In the light of these recent developments we are going to focus our attention on the Afghan issue in this article. The objectives of this intervention, carried out under the direction of United Nations Security Council Resolutions 1368 and 1373, seemed to be distinct from the country’s past. The ISAF took part in this initiative to combat the rise of terrorism implanted under the Taliban régime and to train and advise the members of the fledgling government to stabilize their country, in turn protecting international security interests. However, the ISAF operations are inextricably linked with the creation of the Durand Line, which represents the rugged border between Afghanistan and Pakistan and has been targeted by the United States Unmanned Aerial Vehicle (UAV) program until June 2012.

 

The ISAF intervention in Afghanistan from 2001 to 2013 was only a qualified success.

 

The oversights of a quick and technocratic strategy

 

Among the errors made during the ISAF mission in Afghanistan, we could remark that international leadership most notably underestimated the durability of the Afghan political institutions. The idea was not only to protect the Afghanistan and the other countries against the threat of terrorism, but also to protect the Afghan State itself from its own excesses. The high paced, military-oriented ISAF strategy is marked most notably by the increase of troops on the ground between 2001 and 2012. During this period of time we saw the number of soldiers start from 1,500 and peak at 130,000 in 2012. While utilizing this tactic had measured successes, the international forces failed to account for the effects on the ground of corruption, Islamic fundamentalism and drug-trafficking. go add to the mix the symbol of easy money that is found with narcotics trafficking still holds strong for the Taliban. Today, the NATO technocrats still define the ISAF mission as a way “to assist the Afghan government in the establishment of a secure and stable environment” and to improve governance “for a sustainable stability by the end of the transition. » Unfortunately the government, under Hamid Karzai, is hindered by an apparent lack of readiness and continues to struggle for legitimacy after electoral fraud in 2009. Once NATO announced the progressive withdrawals, it was already too late to change the Afghan people’s mind, which is highlighted by the reappearance of inter-ethnic violence.

 According to writer and French Army Officer Jean-Pierre Steinhofer, NATO’s failure is understandable because its strategy was never clearly pinned down. At first the aim of the ISAF was to protect Kabul and the region. From there, between 2004 and 2006 the mission expanded to cover the majority of the territory. This approach was divided into four phases, each corresponding to a cardinal heading on a compass. The fact that the original objective was modified is explainable as it is very hard to define a clear enemy in such an asymmetric war. Terrorism seems to be more of a means of action than an enemy that can be defeated. Highlighted by the fact that the very definition of terrorism continues to raise problems for the United Nations even following a special commission in October of 2005 was directed to obtain and establish a precise definition for this notion/concept. It was aimed to concentrate a global policy to fight against terrorism but it produced mixed results. Indeed, the Afghan conflict is an asymmetric war thereby complicating the decision-making on how to combat the terrorist networks in this unforgiving territory.

 

Year 2011: Revealing the failure of the Reconciliation Policy

 

Facing such a mobile enemy, the United Nations and NATO, through the ISAF, attempted to achieve a Reconciliation Policy between the Taliban and the new government. To add legitimacy to this process, the High Peace Committee (HPC) was created in October 2010. The HPC, led by Burhanuddin Rabbani, was put in place to call on the insurgents to lay down their arms and start the process towards peace. However, on 21 September, 2011, Rabbani and the mainstay of the Afghan Transition Team, were killed in a suicide attack in Kabul. As a result Afghan president Hamid Karzaï lost a leader who led the program aimed at a peaceful transition in Afghanistan by means of negotiating with the Taliban. As the FT journalist, Matthew Green, said, “The death of such a well-known figure will add to tensions in Afghanistan, where the prospect of NATO combat forces leaving the country by the end of 2014 had kindled fears of a new round of civil war”.

 Following the death of Al-Qaeda leader and founder, Osama bin Laden in May, 2011, President Obama announced the planned troop withdrawals from Afghanistan with a completion goal of 2014. It was assumed that this event would lead to the decline of the terrorism in the region, but this did not prove to be true. The announced departure of the United States troops proved to restore the confidence of the Taliban regime. The untimely assassination of Rabbani demonstrated this increase in violence. According to a Pentagon Report, released in December 2012, that assessed the signs of progress in security and stability in Afghanistan, the situation had steadily worsened in the tribal belt since 2009. This report records an outbreak of high-profile attacks, especially from the Haqqani network, and affirms that the Taliban still possess the capacity to commit terrorist attacks. However, it should be kept in mind that the troop withdrawals are not only due to the death of the terrorist leader but also because of the financial crisis affecting the United States and its allies. According to an article from Courrier International, President Obama said that the United States of America could no longer face the astronomical cost of the troop’s presence in Afghanistan. The war in Central Asia and the Middle East (Iraq and Afghanistan) had already cost $1.3 trillion and had yet to achieve its goals 10 years after the beginning of the operation. High unemployment rate, critical budget deficit and national debt convinced the American president to put an end to a war he himself considered as «necessary».

 

A general assessment is that the ISAF failed to accomplish its missions since the terrorist networks remain at large in the country, there still exist extreme instability in the transitional government and there is a lack of economic, health and social development in this country. With the relatively fast withdrawal of coalition troops from this territory, an analysis of the regional stakes must be done in order to prevent history from repeating itself by leaving Afghanistan to itself to face the geopolitical aspirations its neighbors, as happened with the departure of the Russian troops in 1989.

 

Afghanistan, a country arousing keen interest in Central Asia.

Longstanding claims from neighbor states

 

Pakistan, much like Iran and Russia, is historically linked with the fate of Central Asia, and in particular with the future of Afghanistan. The dominant ethnic group in Afghanistan is the Pashtun people (which represented 42%of the Afghan population in 2007). The Pashtun tribes originate from the mountainous regions of northern Pakistan. However, when the British set up the Mortimer-Durand Line, as a border between Afghanistan and Pakistan, this ethnic group was split into two neighboring countries. The Pashtun people living in Pakistan continue to urge the country to extend its sphere of influence to Kabul. Moreover, Pakistan, which is in a longstanding conflict with India over the region of Kashmir, and ultimately fears of becoming a landlocked country between India and Afghanistan. It would be an enclave between India and Afghanistan if the latter come closer to the Indian policy. This predicament comes from the progressive merger between the Indian and Afghan governments by means of the economic expansion and developmental aid supplied by India in order to stabilize Afghanistan. Thus, Pakistan intends to retain the key-role in the Afghan political scene. Pakistan remains the leading player in the region out of necessity for obtaining the international support to cope with Afghan terrorist threats. Finally, Pakistan views Afghanistan for its geopolitical significance that in the event of an Indian attack through the Kashmir, it would provide the country strategic breathing room.

While Pakistan engages with Afghanistan based on its apparent strategic value, Iran looks at this country from another perspective, sharing an atavistic link with the Transoxiana region. In ancient times the Islamic Republic of Afghanistan was a part of the Turkish and Persian empires, which can be more aptly described as an «oikoumene», namely a longstanding cultural community. Modern day Iran wishes to rediscover its ancestral ties with the Central Asian countries that made up the ancient Silk Road. Despite the remote location of the Iranian, Afghan, Tajik, Uzbek and Turkmen people, the existing Farsi literature establishes the cement and the unity of their cultural roots. This could explain why the two million Afghani refugees are turning to Iran asylum over the past twenty years. Iran hopes to foster political stability in Afghanistan after NATO troop withdrawals, so that it brings new trade-related partners. It is also the desire of Iran to reemerge on the international stage, after its isolation provoked by the American political agenda and the UN decisions.

In the end, another country, Russia, defends its sphere of influence as a result of preexisting relations with Afghanistan and more broadly with Central Asia.. The utilization of Afghanistan as a buffer between the Russian and the British Empires dates back to the 19th century. The control of this arena would allow the Russians to reach the sea, thereby opening a sea passage, which was an obsession of the Tsars.  This initiative failed because of British interventions, which were launched anticipating the repercussions of this scenario playing out for the world and more importantly for the gem of the British Empire, India. The Russian territorial claims to these regions remain unchanged as the actual Russian president Vladimir Putin still wishes to spread Russia’s influence beyond its borders so as to safeguard its peripheral areas. According to the French specialist on Russian history, Marc Ferro, “the Russians are the only people in the whole world thinking that colonization constitutes the very essence of its history.” Indeed the Soviet period, which imposed dominance over Afghanistan between 1979 and 1988 and over the other Central Asian countries until 1991, illustrates this quest for influence. This is highlighted by regional cooperation, of which Russia and its neighboring regions are part of, such as the Shanghai Cooperation Organization (SCO). In addition Russia still supports dictatorships established in its adjoining countries, which are used as potential border guards.

 

Economic and energy interest in Central Asia

 

While Russia puts forward cultural and historical reasons to legitimize its territorial claims, one of its true interest is the energy potential of Central Asia. Among the projects dealing with gas and oil field exploitation in the Caspian Sea, it is of note that they could have passed through the Russian territory. This would have allowed Russian companies to exploit hydrocarbon deposits at relatively low prices by signing bilateral agreements with former Soviet satellite states.  Indeed, the controlling portion of oil and gas pipelines would have been extensive since Russia could have decided to block transportations of oil and gas from its periphery to the Western markets. This explains why the Russian pipeline project has been abandoned since the new Central Asian Republics no longer want to remain dependent on Russia for the movement of their goods. The current Russian energy strategy considers Central Asia as a competitor. The core goal of Russia is thus to be involved in hydrocarbon extractions in order to control the reserves of others so that it does not exceed their own. Since the international intervention in Afghanistan, this can only be achieved with the aid of the United States, which could give their endorsement, resulting in an advantage, in the energy exploitation process. Even though the United States and Russia are former enemies the possibility of bilateral agreements exists facing the economic growth of China. Thus, if Russia allows over flights during ISAF missions, the country hopes to be better positioned in the overall post-war energy scene. It is also important to note that the new line envisaged for the energy trade in Central Asia could connect Turkmenistan to India or Pakistan (preliminary agreements for the Trans-Afghanistan pipeline between the three countries were signed in May of last year) This can only be implemented if civil war ends, since oil and gas pipelines will pass through the Afghan territory. Russia is therefore extremely keen to help stabilize tense areas so as to put in place this energy industry.

For Afghanistan, China, recently mentioned above, is the second country that counteracts US reserve bases which have been settled since 2001, the debut of the American intervention. This presents a battle space of a “new Great Game” to be played out between Russia, India and China. The Chinese energy strategy plans to receive its supplies of oil and gas from the Central Asian basins. This comes as a result of a steep increase of its energy demands therefore requiring a diversified list of petroleum suppliers. To achieve this, the Chinese government already started to invest and to strengthen their partnership with Afghanistan and Kazakhstan ($3 billion has been recently invested so as to help in the development of oil extraction and refining. Its involvement in raw materials exploitation in this region might be a double-edged sword. China could transform these countries into ”functional machines”, not only by increasing their exportations, but also by reducing their current operational costs by utilization of light industries. Therefore, we could notice a willingness to open up the region to the international networks, above all under the Chinese economic and energy interests. Finally, China could also wish to control Central Asia, and particularly Kirghizstan, for fear that Islamic fundamentalism would entice Uighurs from Xinjiang and triggers possible separatists movements. Russian and Chinese visions while quite divergent are joined together by the SCO (Shanghai Cooperation Organization), which is aimed at fighting against extremisms, favoring economic cooperation and stabilizing the region. Each of them can satisfy its own needs since Russia uses it to counter NATO and OPEC, and China uses it to reinforce its presence in the energy market.

The dependence on energy from Middle-East is a great concern for global powers, such as China or the United States, the two largest importers of oil. Thus, Central Asia might prove to be the new energy base, circumventing imports from the Persian Gulf. This head-to-head competition between China and the United States urges the latter to counter Chinese and Russian energy policies with its base established during Afghanistan and Iraq interventions. This trend can be seen as early as the first Gulf War in 1991.  The United States has good ground to end the war on terror in Afghanistan (Operation Enduring Freedom) in order to permit a stabilization of the region and to build closer economic relations. The Americans, just as the Europeans, have understood the importance of Central Asia in the new international system and have decided to implement their own foreign policy for this region which is used to push the implementation of a market economy and encourage privatizations. Since the 1990‘s, Europe has been involved in energy projects through various companies, such as Unocal or British Petroleum. Thus, France considers Central Asia as a high consumer of investment funds, services and facilities. This is the background for the recent state visit of the French Minister of Foreign Affairs, Laurent Fabius, in Kazakhstan, Uzbekistan and Turkmenistan in March 2013. The trip was aimed to revitalize French relations with these countries, described by the Ministry as «a diaspora of high economic potential holding great importance for the stability of Central Asia».

 

Interests of Afghanistan’s neighboring states could hinder the establishment of a NATO partnership policy that favors the United States and Europe. For the western powers to avoid this situation, it would be necessary to provide a relative small, but consistent NATO presence through agreements between regional actors and international organizations.

 

 


Afghanistan, la guerre inachevée

1 Avr

Sortie en librairie le 17 avril prochain

Guerre inachevée

La France en voie d’ « afghanisation » au Mali?

12 Fév

Article publié dans la revue en ligne américaine, Huffington Post, édition française du 12 février 2012

 

            Deux tentatives d’attentats-suicides à Gao, les 8 et 10 février 2013, et une première guérilla urbaine, où des militaires français ont prêté main forte aux soldats maliens, font craindre un enlisement de la France au Mali. Faut-il pour autant évoquer une « afghanisation » du conflit ? Si des points de comparaison peuvent être faits entre les deux situations impliquant un effectif comparable, environ 4 000 hommes, de notables différences sont à souligner.

 

            La France accusée de néocolonialisme ?

            A écouter la propagande islamiste relayée par des Etats islamistes, tels la Tunisie ou l’Egypte, la France intervient au Mali au nom de la Françafrique et pour défendre ses intérêts. Presque sur le modèle des Américains ouvrant le feu en octobre 2001 en Afghanistan, sans mandat de l’ONU, par vengeance des attentats du 11 septembre. En Afghanistan, les Etats-Unis, avant mission de l’ONU de décembre 2001 créant la FIAS (Force d’intervention, d’assistance et de sécurité), agissent seuls, avec l’appui de leur allié britannique, en octobre-novembre 2001, contre un Etat, l’Emirat islamique d’Afghanistan, abritant une organisation terroriste, Al-Qaida. En revanche, la France intervient au Mali à la demande expresse de son président par intérim, Diacouna Traoré, le 10 janvier 2013 : après la prise de Mopti la route de Bamako était ouverte. Et ce, en fonction de l’article 51 de la Charte des Nations unies de demande d’aide à un pays tiers, comme la France l’avait déjà fait pour le Zaïre, en 1978, lors de l’affaire de Kolwezi. Certes, on peut rétorquer que dans le « triangle des Bermudes » minéral et énergétique de l’immense Sahara, Paris veut éviter un effet domino mettant en péril avant tout le Niger et ses mines d’uranium. Mais intervenir au Mali, un des pays les plus pauvres de l’Afrique centrale, c’est enfin mettre un terme à la grave menace d’une « zone grise » où l’islamo-fascisme-mafieux grossit en foyer contagieux du terrorisme. La France intervient dans le cadre de la légalité internationale. Elle pourrait cependant se résumer à « Armons-nous et partez ! » de la part des Etats-Unis et de la non-personne européenne, ravis de trouver un champion aux forces prépositionnées en Afrique.

            En effet, dans ses résolutions 2056 du 5 juillet 2012 et 2071 du 12 octobre suivant l’ONU constatait déjà les graves menaces contre la sécurité et la stabilité des Etats de la région du Sahel que faisaient peser l’Aqmi et les groupes Ansar Ed-Dine et du MUJAO (Mouvement pour l’unicité du jihad de l’Afrique de l’Ouest). La résolution 2085, du 20 octobre 2012 prévoyait des sanctions contre les groupes terroristes et précisait que « le temps presse, sur la population du Mali tout entier et la stabilité du Sahel, de l’Afrique en général et de la communauté internationale dans son ensemble ». Le point essentiel de cette résolution, appliquée par les forces françaises à compter du 11 janvier, est une injonction à la communauté internationale d’« aider les autorités maliennes à reprendre les zones du nord de leur territoire ».

 

            Un théâtre d’opérations identique ?

 Comparer le Mali et l’Afghanistan concerne l’isolement continental de deux pays dépourvus de port maritime. Mais, l’immensité saharienne, 4 300 000 km2 pour l’ancien domaine colonial français, n’a que peu de rapport avec le  652 000 km2 de l’Afghanistan. Au Nord Mali, ce n’est pas la guerre pour quelques kilomètres à contrôler sur la route Tagab-Nijrab en Kapisa, mais la guerre aux 100 kilomètres. 40% du territoire afghan sont à plus de 1 500 m d’altitude. En comparaison, le Nord-Malia n’a que des « montagnettes ». Toutefois, elles offrent, comme pour la zone tribale au Pakistan ou le massif de Tora-Bora en Afghanistan, une multitude de caches, ravins, grottes et même tunnels creusés par les islamistes pour y entreposer des armes. Le climat désertique (sud de l’Afghanistan) offre quelques points de similitude qui mettent le matériel à rude épreuve, sachant que dans le cas de l’intervention au Mali ce sont des blindés à bout de souffle (certains Sagaie et VAB (véhicule de l’avant-blindé) ont deux ou trois fois l’âge de leur conducteur). Au Mali, le très rude hiver afghan est remplacé par un ennemi sournois qui empêche les grandes chevauchées, la saison des pluies à compter de juin. Un des attendus de l’intervention française est bien d’ordre climatique, avant que les satellites d’observation et les quelques drones (il resterait seulement deux Harphang en état de marche après l’Afghanistan !) soient fortement gênés par la couverture nuageuse.

            Si l’obstacle du relief est prégnant au Mali dans ses parties septentrionales, il ne constitue point un obstacle ailleurs, ou, comme lors des multiples interventions françaises au Tchad, notamment en 1969-1972 qui constitue un modèle de contre-guérilla victorieuse, les colonnes blindées françaises peuvent intervenir, sous couvert des aéronefs, comme des escadres en plein désert. La vulnérabilité de l’adversaire qui s’est « gavé » de matériels lourds en pillant les arsenaux libyens s’en trouve accrue. D’où sa propension à fuir à l’aide de pick-up lourdement chargés vers ses refuges de l’Adrar, ou à tout tenter pour maintenir l’insécurité par la guérilla urbaine en refusant le combat frontal.

 

            Une même guérilla ?

            Les erreurs  initiales commises par les islamistes sont multiples. Tout d’abord, comme les taliban en 2001 disposant du matériel laissé par le régime Najibullah et les Soviétiques, les islamistes ont tenté une guerre classique en fonçant sur Mopti et Konna. Mais ce conflit symétrique, qu’ils pensaient emporter face aux faibles forces maliennes, tourne rapidement à leur désavantage dès l’intervention française. On bascule alors dans un conflit asymétrique opposant une force régulière, aux puissants moyens, à des adversaires pratiquant le harcèlement et l’embuscade.

            La deuxième erreur a été de croire qu’ils pouvaient agir en toute impunité dans les régions qu’ils avaient conquises. Comme les taliban au temps du cauchemar (surtout pour les femmes) de l’Emirat islamique d’Afghanistan de septembre 1996 à octobre 2001, en instaurant la charia, ils se sont coupés de la population malienne, par ailleurs choquée de voir Tombouctou, la ville des 333 saints de l’Islam, saccagée. En fait, les islamistes, hors membres du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), sont des étrangers, comme les djihadistes l’étaient en Afghanistan. Ils ne peuvent agir « comme des poissons dans l’eau », parce que la population les subi. Elle n’a pas de sympathie pour ces « fous de Dieu » liés à toutes sortes de trafics (otages, héroïne, armes…). En outre, ils apparaissent comme une injure au vieil islam tolérant malien. Les mafieux d’Aqmi et consorts ignorent l’âme malienne. Ce peuple divers, pauvre et accueillant, par ses musiciens mandingue ou les statuettes en bronze des Dogon, a une culture à la fois millénaire et fortement ancrée dans la modernité.

            L’erreur la plus flagrante a été de croire qu’ils disposaient, comme les taliban au Pakistan, d’une profondeur stratégique. Certes, dans l’immensité saharienne, bien des groupes pourront longtemps jouer aux gendarmes et aux voleurs, mais le succès de l’offensive française, épaulée par des Tchadiens et des guides touaregs vers Kidal et Tessalit (prise le 8 février), s’explique par le fait que les islamistes ne peuvent plus disposer aussi aisément de l’arrière-cour, immense, du Sahara algérien. La frontière de 1 400 km est partiellement contrôlée par l’armée algérienne. On peut remercier le borgne le plus célèbre des islamo-mafieux, le dissident de l’Aqmi, Moktar ben Moktar d’avoir attaqué le site gazier d’In Amenas, les 16 et 19 janvier 2013 (plus le 27 janvier, dans la région de Bouira, à 125 km au sud-est d’Alger, attaque d’un gazoduc par un autre groupe islamique). Malheureusement pour les otages occidentaux liquidés froidement par les islamistes, cette attaque a eu le mérite de précipiter l’Algérie dans la guerre. Un peu sur le modèle du Pakistan, l’Algérie jouait un double jeu jusqu’au drame d’In Amenas : autorisation de survol de son espace aérien pour les avions français, mais aide logistique aux groupes qu’elle avait aidés à former, Ansar ed-Dine et le MUJAO. C’est le propre de la politique du pire. Tout autant que le Mali, l’Algérie n’a aucun intérêt à ce que les 5 000 000 de Touareg du Sahara se fédèrent. Tamanrasset, au cœur du Hoggar algérien, est un de leurs sanctuaires. De sorte que les aspirations du peuple touareg, encouragées par la création, le 2 juillet 2011, du Sud Soudan, preuve que l’on pouvait remettre en cause de frontières issues de la colonisation, se sont vues confisquées dès lors qu’en 2012 le MNLA a eu le dessous à Kidal, Gao et Tombouctou face aux groupes islamistes. Mieux valait pour Alger, Aqmi et consorts plutôt qu’un seul front touareg remettant en question le pactole tiré des hydrocarbures sahariens…

            Enfin, sans disposer de l’aura d’une longue résistance au nom de l’intégrité d’une nation qui ne se pense comme telle que devant un envahisseur sur le modèle afghan, les islamistes ont tenté de faire croire qu’ils agissaient dans l’intérêt des Touareg. Cette question est complexe, les Touareg ne sont pas seuls au Sahara, comme les Songhaï du Mali. Rêvent-ils nécessairement d’un Etat comme le souhaite une partie du MNLA ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une autonomie (solution d’un Etat fédéral malien ?)ou une reconnaissance et de leur culture et des injustices dont ils ont souvent été victimes, notamment au Mali (guérilla de 1963 à 1991). Et ce, afin de profiter, eux aussi, des promesses de développement fondé sur les richesses encore inexploitées du Nord-Mali ? Si les taliban peuvent revendiquer un combat ethnique fondé sur l’identité pachtoune des deux côtés de la frontière afghano-pakistanaise, il n’en est pas de même au Sahara tant la situation est complexe. De plus, les Touareg du Niger ne sont pas ceux de l’Adrar…

 

            Vers un enlisement à l’afghane ?

            Battus en rase campagne, lâchés par une partie des Touareg qu’ils pensaient acquis à leur cause totalitaire, les islamistes en fuite face à la poursuite rayonnante de type napoléonien pratiqués par les aéronefs et les colonnes françaises, n’ont, pour l’heure, que l’arme de la guérilla urbaine. Ils se servent de ce qui était prévisible : les mines. Lors de la prise de l’aéroport de Tombouctou, les paras du 2e REP trouvent dans la tour de contrôle 90 kg d’explosifs reliés, sorte d’EEI (engin explosif improvisé) évoquant l’Afghanistan et ses douloureux souvenirs (plus de 70% des pertes de la coalition). On savait qu’autour de Gao les islamistes avaient déjà miné des pistes. Preuve en a été faite dès les premières victimes civiles à compter de la première semaine de février. Servant d’écoles du terrorisme, Al-Qaida et l’Aqmi ont formé nombre d’artificiers dans les camps de la Somalie à la Mauritanie. En disposant de la « caverne d’Ali Baba », l’arsenal de Kadhafi, ouverte en 2011, les islamistes ont sans doute des réserves importantes. Au retour d’Afghanistan, il est fort probable que les sapeurs-démineurs français retrouvent le plein emploi au Mali, même si, selon le vœu de Laurent Fabius, le plus rapidement possible, les contingents africains de la MISMA (Mission africaine de soutien au Mali) doivent prendre le relais.

            Les islamistes cherchent le pourrissement, qu’un « dommage collatéral » français dû à un tir touchant aussi des civils condamne l’intervention et force les Français à s’isoler. D’où l’utilisation d’une dernière arme imitée des exemples afghan et pakistanais : les attentats-suicide. On comprend mieux, dès lors, la hâte des Français à détruire le plus vite possible les camps d’entraînement. Or cette menace devenue réalité profite des très faibles effectifs engagés et de la pénurie d’effectifs et de matériels des Maliens et des contingents africains (hormis les 2 000 Tchadiens, passés maîtres dans la guerre du désert). On bute à ce propos sur le même obstacle qu’en Afghanistan, pour « sécuriser » le terrain, le quadriller, il faut des hommes. Sur les 1 400 km où ils se sont déployés, les lignes d’étape des Français sont à présent vulnérables et la guerre risque de durer…

 Jean-Charles Jauffret, professeur des Universités et titulaire de la chaire « Histoire militaire » à Sciences Po Aix

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