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LE RÔLE DE LA FRANCE DANS l’OTAN POUR LA PROTECTION DES FRONTIERES DE L’EUROPE

21 Jan

Le nouveau Président élu des Etats-Unis a annoncé tout au long de sa campagne qu’il voulait  remettre en cause le principe de défense collective prévu par l’article 5 du Traité de l’Atlantique nord au motif que les Alliés profitent des moyens de son pays en matière de défense. Alors que la Russie continue de montrer des signes d’agressivité à l’égard des pays membres de l’OTAN situés le plus à l’est, l’éventuelle diminution de l’implication des Etats-Unis dans l’Organisation pourrait permettre à la France d’occuper un rôle majeur alors qu’elle a réinvesti les structures intégrées depuis 2009.

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord a pour rôle depuis 1949 de protéger ses membres de toutes agressions étrangères. Longtemps inscrit dans un contexte de guerre froide, l’Alliance devait permettre de faire face à toute tentative d’invasion russe. Elle a ensuite participé à des conflits contre des ennemis différents comme en Afghanistan. Mais l’augmentation des signes d’hostilité de la Russie à l’encontre des ses voisins baltes et son action en Ukraine remettent au cœur des préoccupations l’efficacité de l’OTAN en cas d’attaque russe de l’un de ses membres.

La France, principale puissance militaire européenne, a un rôle important à jouer au sein de l’Alliance. Reste à déterminer quelle doit être l’ampleur de ce rôle sans remettre en cause ses capacités militaires ?

Ainsi il convient d’expliquer les motivations du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN et la place qu’elle pourra tenir sans remettre en cause les moyens et les capacités de ses armées. 

 

Le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN

 

Tout juste élu Président de la République en mai 2007, Nicolas Sarkozy annonce un changement de politique étrangère qui se traduit notamment par le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN dont on était sorti en 1966 suivant la volonté du Général de Gaulle.

Les arguments en faveur de la réintégration du commandement intégré de l’OTAN avancés par Nicolas Sarkozy sont que puisque la France est l’un des principaux contributeurs, elle doit avoir un rôle à jouer dans la planification et la conduite des opérations financées en partie par elle. Aussi, le nouvel élan donné au rôle de la France dans l’OTAN permet de rassurer les alliés quant à la volonté d’instaurer une Europe de la défense[1]. Enfin, les Américains apprécient ce geste et acceptent un rapprochement avec la France après l’opposition, pourtant justifiée, de Jacques Chirac à la guerre américaine en Irak en 2003. Nicolas Sarkozy confirme d’ailleurs son intention devant le Congrès des États-Unis, le 7 novembre 2007 : « Plus l’Europe de la défense sera aboutie, plus la France sera résolue à reprendre toute sa place dans l’OTAN. Je souhaite que la France, membre fondateur de notre Alliance et qui est déjà l’un de ses premiers contributeurs, prenne toute sa place dans l’effort de rénovation de ses instruments et de ses moyens d’action, et fasse évoluer dans ce contexte sa relation avec l’Alliance, en parallèle avec l’évolution et le renforcement de l’Europe de la défense »[2]

Mais l’alternance de 2012 et l’arrivée de François Hollande à la tête de la République remettent en question ce retour dans le commandement intégré de l’OTAN. Le Président demande à l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine de lui remettre un rapport sur la pertinence de maintenir une telle intégration de la France dans l’OTAN. La conclusion du document remis à François Hollande en novembre 2012 est sans appel, une « (re)sortie française du commandement intégré n’est pas une option »[3]. Un avis qui sera suivi par la majorité en place puisque le Livre blanc de 2013 précise que « la stratégie de défense et de sécurité nationale de la France ne se conçoit pas en dehors du cadre de l’Alliance atlantique et de son engagement au sein de l’Union européenne »[4]. La France précise tout de même qu’elle se veut être un allié fiable et solidaire, essentiel à la bonne mise en œuvre des missions de l’OTAN, mais qui conserve une capacité d’action en dehors de l’Alliance et une pleine autonomie de décision. Elle assume ainsi sa volonté de faire valoir ses intérêts au sein de l’Alliance et d’y conserver une voix originale, tout en étant force de proposition.

Cette réintégration a eu des effets significatifs et a permis de franciser les structures de l’OTAN, puisque le nombre de personnels engagés au sein des structures de l’organisation est passé de 242 à 925 personnels militaires. Le poste de Commandant allié transformation est également réservé à un général français, actuellement le général d’armée aérienne Denis Mercier.

Ensuite, en matière d’influence sur l’organisation de l’OTAN, la France a joué un rôle moteur pour rationaliser le fonctionnement de l’Alliance, hiérarchiser les priorités, refondre les procédures, ramener le nombre des agences de quatorze à trois pour espérer une économie de 20 %, réduire la structure de commandement, réduction des personnels de 35 % en 2013 et passage de onze à sept du nombre d’états-majors[5].

Toutefois, Hubert Védrine a rappelé lors de son audition devant la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat le 27 novembre 2012 qu’« il faut avoir à l’esprit que ce n’est pas parce que la France obtient des postes de responsabilité qu’elle dispose automatiquement d’une influence accrue sur l’ensemble de l’organisation. L’influence est une notion plus complexe »[6].

Depuis, de nombreux aspects satisfaisants sont apparus pour la France et son influence se mesure par plusieurs marqueurs. Elle est désormais présente dès le début du processus de décision et de gestion des crises, ce qui lui permet d’avoir son mot à dire quant aux solutions envisageables. Ainsi elle défend ses priorités stratégiques.

La France encourage également l’OTAN à se réformer pour s’adapter aux contraintes économiques actuelles. Elle s’est donc opposée à la volonté de la Pologne de disposer d’un état-major de l’OTAN sur son territoire, n’étant pas convaincue de l’intérêt  opérationnel d’une telle structure.

Enfin, la France travaille à la reconnaissance par les membres de l’OTAN de la contribution de l’Union européenne et plus particulièrement de la France à la sécurité de l’espace euro-atlantique qui peut se résumer en plusieurs points[7] :

  • La reconnaissance de la nécessité d’agir au regard de la situation à l’est et au sud de l’Europe et de maintenir un équilibre entre les menaces identifiées sur ces flancs, mais aussi des capacités comme le système de défense anti-missiles.
  • La reconnaissance des opérations nationales françaises comme contribuant à la sécurité de l’Alliance dans son ensemble, et à la définition de cibles pour la déployabilité des forces. Celles-ci nous permettront, à terme, de nous assurer que nos Alliés disposent des capacités dont nous pourrions avoir besoin lors de nos opérations, qu’elles se déroulent dans le cadre national, dans le cadre de l’UE ou dans le cadre de l’OTAN.
  • La prise en compte des appréciations opérationnelles de la France par la chaîne de commandement de l’OTAN. Les évaluations françaises sont pleinement prises en compte dans les travaux menés par l’organisation.
  • La reconnaissance d’intérêts industriels communs entre les entreprises européennes et américaines. Les nombreuses PME françaises spécialisées dans l’armement peuvent désormais se positionner lors des appels d’offres conduits par l’OTAN.
  • La France est en mesure d’exercer une réelle influence dans la structure grâce au travail des 800 nouveaux personnels présents dans la structure de commandement et les agences de l’OTAN. Comme on l’a déjà dit plus haut, la France occupe le poste de commandement allié pour la transformation mais aussi le poste de secrétaire général adjoint pour les investissements de défense.

La France semble avoir retrouvé sa place au sein de l’OTAN et peut donc pleinement s’investir à travers cette organisation pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui et de demain. Les efforts porteront principalement sur la protection des frontières de l’Europe de l’est où les pays membres de l’organisation doivent faire face aux pressions russes.

 

Pour une réaffirmation de son rôle dans la protection des frontières de l’Europe…

 

La crise russo-ukrainienne engagée en 2013 a remis sur le devant de la scène l’existence d’une menace croissante russe aux frontières orientales de l’Alliance. Les États membres sont cependant partagés entre ceux qui rejettent la notion de « menace » et ceux qui souhaitent que l’OTAN tire toutes les conséquences des actions de la Russie en s’adaptant à ce risque en renforçant son flanc et sa posture de dissuasion et de défense.

Le communiqué du sommet de Varsovie du 8 et 9 juillet 2016 réaffirme cette volonté de protection des frontières de l’OTAN : « Pour protéger et défendre notre sécurité, indivisible, et nos valeurs communes, l’Alliance doit continuer et continuera de s’acquitter efficacement des trois tâches fondamentales énoncées dans le concept stratégique : défense collective, gestion de crise et sécurité coopérative. Ces tâches restent pleinement pertinentes, sont complémentaires et contribuent à la sauvegarde de la liberté et de la sécurité de tous les Alliés »[8].

S’il semble nécessaire d’afficher la bannière de l’OTAN, cela ne signifie pas qu’il faille en revenir à une logique de guerre froide, et à une lecture de la sécurité du continent européen fondée sur la confrontation et le partage de zones d’influence. Si les actions de la Russie rendent inenvisageable, dans les circonstances actuelles, un partenariat stratégique, elle demeure pourtant un interlocuteur indispensable pour la sécurité en Europe et dans le monde.

Les membres de l’OTAN doivent donc essayer d’établir un dialogue avec la Russie pour éviter toutes escalades. C’est dans ce sens que semblent s’inscrire les intentions du président élu des Etats-Unis. Donald Trump souhaite en effet approfondir le dialogue avec son homologue russe afin de trouver un terrain dans les conflits qui les opposent. Mais il n’est pas évident de faire accepter cette approche des relations avec la Russie aux pays qui voient en elle un véritable ennemi de par leur proximité géographique (Pologne, pays baltes). Enfin, d’autre pays ne souhaitent pas que l’ensemble des forces de l’OTAN soit engagé à l’est mais qu’elles soient également tournées vers la bande sahélo-saharienne ou la Méditerranée.

Malgré les divergences de visions stratégiques, de nombreuses mesures sont prises pour répondre aux agissements de la Russie. Ces mesures dites d’assurance ou de réassurance adoptent la forme d’activités terrestres, maritimes et aériennes au-dessus et autour du territoire des pays membres de l’OTAN, afin de renforcer la défense et de rassurer les populations de ces pays, tout en décourageant une agression potentielle.

L’ensemble des 28 alliés participe à ces missions de protection des frontières face à la Russie et notamment la France qui se distingue par sa contribution à la mission de police du ciel Baltic Air Policing. C’est donc dans ce cadre là qu’à la fin du mois d’août 2016, l’Armée de l’Air française a déployé quatre Mirage 2000-5F du Groupe de Chasse 1/2 «Cigognes», habituellement stationnés sur la base aérienne 116 de Luxeuil. Ce détachement a pour mission d’intercepter tout aéronef, notamment russe, qui s’approche ou qui traverserait l’espace aérien des pays baltes, et qui ne possède pas de plan de vol ou qui ne répond pas aux appels radios des contrôleurs aériens de la région[9].

La France contribue également aux missions de l’OTAN par la mise à disposition depuis le 1er avril 2016 d’avions radars de type AWACS qui participent à la surveillance des espaces aériens baltes et polonais. Ont également été déployés au printemps, pour une période de sept semaines, un sous groupement tactique interarmes à dominante blindé (SGTIA blindé) composé de 300 militaires armés par le 12ème régiment de cuirassier d’Orléans, par une section d’infanterie du 16ème bataillon de chasseurs de Bitche et par une section du 13ème régiment du génie de Valdahon. Ce détachement est équipé de quinze chars Leclerc et de quatre véhicules blindés de combat d’infanterie (VBCI)[10].

L’OTAN effectue chaque année environ 300 exercices militaires auxquels participe régulièrement la France.

Se pose la question de la présence permanente des alliés à l’est de l’Europe pour assurer une meilleure protection des frontières. Il demeure évident qu’actuellement l’OTAN n’est pas une menace pour la Russie car cette dernière mène une guerre hybride en Ukraine et en Crimée qui ne permet pas une riposte par les forces conventionnelles de l’Organisation. Il est ainsi essentiel que l’Alliance montre l’exemple en demeurant transparente et prévisible, y compris sur les mesures de dissuasion, afin d’obtenir de la Russie les mêmes gages en retour. Les décisions que prendra l’Alliance en matière de défense collective doivent s’accompagner de propositions concrètes visant à prévenir les risques d’escalade.

Le pré-positionnement permanent de moyens militaire à proximité de la frontière avec la Russie ne s’inscrirait pas dans un objectif de désescalade. Et bien que certains alliés demandent une telle orientation, la France ne considère pas qu’un renforcement des moyens militaires soit pertinent. Les mesures déjà prises sont relativement suffisantes et n’altèrent pas les capacités de l’OTAN à intervenir dans une autre région du monde en cas de nécessité.

Cela étant, la Russie continue d’être un acteur imprévisible et cherche, année après année, à exploiter les vulnérabilités de l’OTAN. À cet égard, il est crucial pour les alliés de mener un travail d’analyse toujours plus fin sur les intentions de la Russie pour mieux les anticiper et moins se laisser surprendre.

 

 

…Qui ne sera pas sans conséquence sur les moyens de la défense nationale

 

Donald Trump n’a pas hésité tout au long de sa campagne à rappeler qu’une fois investi il demanderait aux membres européens de l’OTAN de revoir leur contribution dans l’organisation à la hausse. La France fait aujourd’hui partie des bons élèves mais cela n’est pas sans conséquence sur le budget national.

La France est reconnue comme un acteur actif de l’Alliance de par sa forte activité opérationnelle qui contribue fortement à la sécurité de l’Organisation. Cette activité se manifeste notamment par le maintien d’une dissuasion nucléaire crédible, sa participation aux dernières opérations militaires de l’OTAN, sa participation aux mesures d’assurance aux profits des alliés orientaux, qui ont mobilisé 5 000 soldats en 2014 et son apport sur le flanc sud  qui contribuent à renforcer sa crédibilité.

Cependant la France fait tout de même l’objet de critiques s’agissant du non respect de ses engagements d’affectation de personnels. En effet elle ne pourvoit pas l’ensemble des postes pour lesquels elle s’est engagée. Théoriquement, la France devrait fournir 692 postes dans les structures de commandement. Après négociation, cet effectif a été ramené à 632 postes. Or, elle n’en pourvoit effectivement que 75 %. En ajoutant les postes théoriquement à pourvoir dans les agences, les soutiens et à Norfolk, elle devrait fournir 810 effectifs. En comptabilisant les postes non répertoriés, c’est néanmoins près de 800 personnels qui sont affectés au sein de l’Alliance, ce qui n’est pas négligeable au regard des 1 500 postes permanents à l’étranger dont dispose le ministère de la Défense français. Compte tenu du déploiement de la France sur de nombreux théâtres d’opérations extérieures, son investissement au sein de l’Alliance est déjà très important.

La pression exercée sur les effectifs est très forte tant en raison de la manoeuvre de déflation des effectifs d’officiers, qui implique une baisse de 10 % des postes permanents à l’étranger, que des activités opérationnelles. C’est par exemple pour cela que la France a très peu participé à l’exercice Trident Juncture de 2015.

La Cour des comptes avait été saisie en 2012 pour déterminer non pas le coût de notre rôle au sein de l’OTAN mais pour déterminer si notre réintégration au commandement intégré avait augmenté les dépenses pour la France[11] ?

Elle a remis un rapport intitulé « La réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, quel coût et quelles pistes d’économies possibles ? ». Ce dernier fait état d’un surcoût limité en raison des contributions budgétaires que la France versait à l’OTAN avant même la réintégration. Ainsi, en 2008, soit un an avant la pleine participation de la France aux structures intégrées, les contributions financières directes de la France à l’OTAN s’élevaient déjà à 172,66 millions d’euros, auxquels s’ajoutaient les rémunérations et charges sociales des 242 militaires alors mis à disposition de l’Alliance par la France, d’un montant de 29,99 millions d’euros. Le coût complet de la contribution française à l’OTAN s’élevait donc à un peu plus de 200 millions d’euros.

Selon les estimations de la Cour des comptes, le montant de la participation financière française au budget de l’OTAN atteignait 325,86 millions d’euros en 2011, alors qu’elle se serait établie à 264,86 millions d’euros sans la réintégration au sein du commandement militaire intégré. Les contributions financières directes représentent près de 65 % (211,22 millions d’euros) du montant total, les 35 % restant étant le fait des rémunérations et charges sociales des personnels insérés au sein de l’OTAN (114,64 millions d’euros).

On constate donc une augmentation de la participation de la France au budget de l’OTAN depuis sa réintégration. Cela s’explique non seulement par la réintégration mais aussi par l’augmentation du budget global de l’OTAN depuis 2007 en raison de l’évolution de l’opération afghane. Le budget total de l’OTAN est ainsi passé de 1 875,49 millions d’euros en 2007 à 2 419,25 millions d’euros en 2011.

La Cour des comptes détermine finalement que le surcoût strictement lié à la pleine participation de la France aux structures intégrées est de 61 millions d’euros.

L’OTAN fixe le pourcentage du PIB lié au budget de défense à 2% pour l’ensemble de ces membres[12]. Un chiffre que s’engagent à atteindre nombreux des candidats à la présidence de la République. Mais cet effort budgétaire doit se faire dans un temps trop long au point que le général Pierre de Villiers s’inquiète du maintien de certaines capacités opérationnelles de la France. Si les armées ont des difficultés à répondre aux exigences liées aux différentes opérations dans un futur proche, comment feront-elles pour fournir le personnel et le matériel nécessaires à l’implication de la France dans l’OTAN ?

D’autant plus que la vision française de l’OTAN s’inscrit dans une perspective d’autonomie militaire. C’est à dire que la France souhaite investir dans ses propres armées tout en mettant une partie de ses capacités au service de l’Alliance. Elle s’oppose au financement de moyens communs qui seraient composés en majorité de matériels américains et traduiraient une perte d’autonomie et un manque à gagner pour ses industries de défense. La France réfute l’argument de certains de ses alliés selon lequel l’achat de matériels communs constituerait un véritable ciment entre les membres de l’OTAN. Pour elle c’est l’engagement opérationnel qui est réellement bénéfique pour l’Alliance.

La vision française de l’OTAN passe enfin par une affirmation de l’importance de la dissuasion nucléaire dans un contexte de montée des tensions avec la Russie. Elle se positionne donc contre les pays « désarmeurs » comme la Belgique, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas dans lesquels se trouvent des armes nucléaires américaines prépositionnées.

 

La France est plus que jamais consciente des enjeux de sécurité auxquels elle doit faire face et des efforts budgétaires qu’elle doit fournir pour ne pas voir son outil de défense défaillir. Son retour au sein du commandement intégré de l’OTAN lui permet d’envisager l’avenir à travers différentes coopérations garantissant la rationalisation des moyens tout en assurant les missions. Ainsi elle est d’accord pour soutenir les objectifs formulés pendant le sommet de l’OTAN à Varsovie qui sont le maintien de la cohésion au sein de l’Alliance, assurer l’existence d’un plan d’action rapide de défense, éviter l’escalade des tensions avec la Russie et assurer le maintien des moyens humains et matériels.

La réduction constante de la participation américaine au budget de l’Alliance qui ne fera que s’accentuer avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, l’existence de menaces multiples à l’encontre de l’Europe et la volonté de la France d’augmenter son effort de défense font qu’elle devrait avoir un rôle croissant à jouer au sein de l’OTAN dans les années à venir.

      Jimmy Berthail, élève-officier de l’Ecole de l’Air, étudiant en Master 2 en 2016-2017

 

[1] http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/defense-et-securite/la-france-et-l-otan/, consulté le 20 novembre 2016.

[2] http://www.voltairenet.org/article152875.html, consulté le 20 novembre 2016.

[3] Gilbert le Bris et Philippe Vittel, « L’évolution du rôle de l’OTAN », rapport d’information de l’Assemblée nationale, n°3472, p. 22, 3 février 2016.

[4] Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, 2013, p. 61.

[5] Gilbert le Bris et Philippe Vittel, « L’évolution du rôle de l’OTAN », rapport d’information de l’Assemblée nationale, n°3472, p. 23, 3 février 2016.

[6] http://www.rpfrance-otan.org/Audition-de-M-Hubert-Vedrine-a-la, consulté le 20 novembre 2016.

[7] Gilbert le Bris et Philippe Vittel, « L’évolution du rôle de l’OTAN », rapport d’information de l’Assemblée nationale, n°3472, p. 23, 3 février 2016.

[8] Communiqué du sommet de Varsovie, 9 juillet 2016.

[9] http://www.defense.gouv.fr/operations/actualites/otan-engagement-francais-dans-l-operation-baltic-air-policing, consulté le 20 novembre 2016.

[10] Gilbert le Bris et Philippe Vittel, « L’évolution du rôle de l’OTAN », rapport d’information de l’Assemblée nationale, n°3472, p. 24, 3 février 2016.

[11] Cour des comptes, « La réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN : quel coût et quelles pistes d’économies possibles ? », septembre 2012.

[12] « Les dépenses de défense des pays de l’OTAN », communiqué de presse de l’OTAN, division diplomatie publique, 28 janvier 2016.

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ET SI LA CRISE UKRAINIENNE APPELAIT A UN RENFORCEMENT DE L’EUROPE DE LA DÉFENSE ?

27 Nov

La crise ukrainienne apparaît comme le symptôme, pour l’Europe de la Défense, de son absence de crédibilité. Si, dès le début de la crise, une ligne Paris-Berlin-Varsovie a su déployer, dans le cadre du Triangle de Weimar, une initiative diplomatique cohérente et soutenue par l’ensemble de l’Union européenne, la réponse militaire en réaction aux tensions russes demeure celle de l’OTAN. Dès la fin du mois de février, c’est l’OTAN qui se réunit et augmente son niveau d’alerte et ce sont les moyens de l’OTAN qui sont déployés progressivement à partir du mois de mars, des bords de la Mer noire aux rivages des pays baltes. Cela alors même que cette crise se déroule à la frontière immédiate de l’Union et qu’elle concerne un Etat candidat à la rejoindre et engagé dans un programme de coopération régionale, le Partenariat oriental, qui peut même apparaître comme le plus abouti des programmes développés dans le cadre de la politique européenne de voisinage. De même, aux prémices des crises ukrainienne et géorgienne se trouvent, partagée avec la demande d’adhésion à l’Union européenne, une candidature à l’OTAN : en 2008, lors du sommet de Bucarest, l’Ukraine et la Géorgie figuraient parmi les 5 pays candidatant au MAP; avant toutefois que leur candidature, tout comme celle de la Macédoine, ne soit ajournée sur demande de la France et de l’Allemagne, soucieuses de ne pas fâcher Moscou. Pourquoi, dès lors, lier l’adhésion à l’Union européenne avec celle à l’Alliance atlantique ? Quelle attractivité peut susciter l’OTAN sur les pays de la sphère d’influence russe alors même qu’une composante militaire complète et opérationnelle existe au sein même de l’Union européenne ?
Certes, l’implication des Etats-Unis dans l’Alliance atlantique continue de rassurer les Etats d’Europe orientale, inquiets, à juste titre, des ambitions de la Russie. Mais cet argument est aussi celui de la faillite de l’Europe de la Défense : pourquoi les instruments européens de défense ne permettraient-ils pas d’assurer la sécurité de ces Etats ? Pourquoi l’assurance américaine est-elle également recherchée ?
Il est vrai toutefois que l’Europe de la Défense, malgré un intérêt renouvelé affiché par les Etats-membres depuis plus d’une quinzaine d’années, peinent à s’imposer dans la sécurité européenne face à l’OTAN. Si les accords de « Berlin + » en 2002 ont permis de convenir d’un modus vivendi, avec une Alliance atlantique disposant d’un droit de premier refus, le refus d’une « duplication » des moyens dans un contexte budgétaire restreint et qui ne semble pas prêt à croître, appelle aujourd’hui à faire un choix, alors même que l’Europe cherche à se doter, de manière institutionnelle notamment, d’une politique extérieure commune qui, pour être ambitieuse, nécessite de reposer sur une véritable autonomie stratégique que seule peut fournir l’Europe de la Défense. Développer des capacités militaires autonomes lui permettant de se passer de l’OTAN constitue même le maître mot qui présida à l’initiative européenne d’une défense commune. En 1992, l’Eurocorps est constitué. En 1998, au sommet de Saint-Malo, la France et le Royaume-Uni, les deux principales puissances militaires européennes, créent la PESD, fondée sur une « capacité autonome d’action » et des « forces militaires crédibles ». En 1999, à Helsinki, tirant les leçons de son incapacité dans les Balkans, l’Union européenne se fixe l’objectif d’une capacité d’intervention de 60 000 hommes, déployables pour un an sur un théâtre éloigné (Headline goal). En 2001, à Nice, l’Union se dote d’un comité politique et de sécurité (COPS) et d’un comité militaire. En 2010, un Headline Goal prévoit la création de groupements tactiques interarmes rapidement déployables et il en existe près d’une vingtaine aujourd’hui, souvent même issus d’initiatives multilatérales (germano-néerlandais ou GTIA de Visegrad). Au niveau militaire, il est indéniable que l’Union européenne dispose des moyens nécessaires puisque parmi ses Etats-membres figurent des puissances militaires de premier plan (France, Royaume-Uni, Allemagne) et de nombreux membres de l’OTAN (21 des 29 membres de l’OTAN appartiennent également à l’UE).
Si l’argument est celui de l’exigence d’une industrie d’armement dynamique nécessaire au développement de capacités militaires européennes autonomes, là aussi le bât blesse : de fait, la base industrielle et technologique de défense (BITD) européenne présente de solides atouts avec des groupes nationaux (Dassault, Saab, Thyssen Krupp) et transnationaux (BAE Systems, EADS, Thalès) de premier plan. Mais, globalement, l’industrie européenne reste dispersée entre groupes concurrents sur des créneaux identiques. Cette dispersion des efforts européens constitue une faiblesse face à la concurrence étrangère, malgré les tentatives d’harmonisation recherchées (création de l’OCCAR en 1996, directive MPDS en 2009, création de l’ADE en 2004).
Enfin, l’Union européenne doit surmonter un « mur budgétaire » : ses budgets de défense ne lui permettent pas de développer un outil militaire à la hauteur de ses ambitions. En baisse depuis la fin de la guerre froide, les dépenses militaires subissent également le nouveau cadre budgétaire imposé par la crise économique, à l’exception de quelques pays, et sont, de plus, davantage orienté vers les dépenses de fonctionnement que vers des dépenses d’investissements. Par ailleurs, la fragmentation des marchés nationaux de la défense pèse aussi lourdement sur les capacités européennes : coûteuse pour les Etats qui achètent alors chers leurs équipements, cette fragmentation empêche la rationalisation du secteur. Cela d’autant plus que l’article 296 du Traité de Rome, transposé en article 346 du TFUE, permet aux Etats de déroger aux règles du marché commun pour les achats d’armements, à condition qu’ils affectent la sécurité nationale et entrent dans une liste de domaines non révisée depuis 1958.
Surtout, l’Europe de la défense manque d’une doctrine et de projets concrets de coopération. Sollicitée régulièrement par certains Etats-membres qui tentent de partager un effort budgétaire en imposant un cadre européen (intervention française au Mali en 2013 et création d’EUTM/ pareil en 2014 en RCA) dans lequel agissent des opérations nationales, l’Europe de la Défense manque avant tout d’un cadre d’action. Certains ont raison lorsqu’ils affirment que « si la défense européenne est aujourd’hui en souffrance, cette situation n’est plus guère imputable à l’obstruction des Etats-Unis ou de leurs plus proches alliés mais bien à l’apathie européenne en matière militaire en général et à l’opposition britannique en matière de défense européenne en particulier ». Sur fond de faiblesses capacitaires marquées, la comparaison avec l’OTAN est intéressante à plus d’un point : l’OTAN, depuis la guerre froide, a su se réinventer dans un cadre politique et doctrinaire marquée. En 1999, le « concept stratégique » de l’OTAN adopté en 2002 au sommet de Reykjavik, a apporté une réponse dans la globalisation géographique et fonctionnelle d’une Alliance qui s’interrogeait sur sa pertinence après la guerre froide. L’émergence de nouvelles menaces et la guerre en Afghanistan, qui tranche avec les opérations de maintien de la paix de Bosnie et du Kosovo, ont élargi le spectre stratégique d’une Alliance qui s’adapte une nouvelle fois. Certes, la présence des Etats-Unis est un argument qui rassure et/ou permet de faire poids, mais il est aussi un aveu de faiblesse de la part des pays européens.
A l’heure où les tensions se font à nouveau plus vives avec la Russie, sorti du champ diplomatique, l’OTAN semble être, pour les Etats européens, un bouclier bien plus protecteur que celui de l’Europe, alors même qu’ils y sont aussi proactifs et aussi décideurs. Mais ils partagent cette responsabilité avec d’autres alors qu’ils en sont les seuls décideurs dans le cadre européen. Pour la crédibilité de l’Union européenne autant que pour son image, la crise ukrainienne appelle à un renforcement de l’Europe de la Défense mais il semblerait plutôt que s’impose le constat d’un observateur avisé, pour qui la réponse réside plutôt dans une faillite morale :
« Mais peu nombreux sont ceux qui sont prêts à investir dans l’Europe une volonté de puissance, en particulier dans sa forme miliaire. La plupart des nations européennes n’en voient guère la nécessité, associant la puissance au nationalisme et à ses abus, à la Machtpolitik aux funestes conséquences, aux tragédies qui ont affligé leur continent au XXème siècle. Spectre hantant la conscience historique des Européens, traumatisée par les deux conflits mondiaux, la puissance reste frappée d’illégitimité et d’immoralité ».

Pierre-Olivier Eglemme, diplômé du Master II en 2014. 

Afghanistan : quel avenir ?

3 Mar

Il y a quelques jours, le Pr Jauffret qui préside aux destinées de notre Master II accordait une interview à la presse suisse Afghanistan, risque d’éclatement, 28-02-14

 

Towards a post-ISAF Partnership Policy for NATO in Central Asia (Part 2)

1 Juin
Towards a post-ISAF era, a new Partnership Policy for NATO with Kabul ?
A long-lasting NATO partnership with Afghanistan
According to NATO publications, the ISAF withdrawal from Afghanistan is being achieved in an organized fashion following the notion of developing a “lasting partnership.” The Lisbon summit, held in November 2010, was aimed at redefining the main goals and initiatives of NATO to include new organizational risks to be taken into consideration. Since 2010, NATO has placed emphasis on external operations in the different main threat sectors, which it considers to be combating terrorism, proliferation of weapons of mass destruction, cyber warfare, and energy sources. With these missions in mind NATO wishes to carry on its involvement in Afghanistan, where it could foster ”enhanced cooperation” in the fields of national security and defense reform. The ISAF will progressively let the Afghan National Army (ANA), created in 2002, to shoulder more responsibility. NATO remains optimistic about the effectiveness of the NATO Training Mission in Afghanistan (NTM-A), a training mission for the Afghan National Security Forces and the people in charge of the different districts. This long-term partnership is a necessary element for NATO, which continues to believe that its commitment in Afghanistan must persist despite the troop withdrawals (as the Allies approved at the NATO Chicago Summit in May 2012). However, NATO still has a need to explain in detail its “post-2014 mission plan”. In fact NATO is putting in place a new mission, which is not well defined; all the while the troop withdrawal is making steady headway. At this moment the “long-lasting partnership” concept appears quite fuzzy in reality and hidden behind the objectives assigned by the NATO technocrats. The most prominent question is does this partnership consist of a military presence, financial assistance, or remote assistance through already existing peace-building organizations in place in Afghanistan, such as the Afghanistan Human Rights and Democracy Organization or the Cooperation for Peace and Unity? It is also important to note the uncertainty of the troop levels maintained on the ground after 2014. The options put forward by General John R. Allen, the top U.S. Commander in Afghanistan, consisted of a range from 6,000 to 20,000 U.S. troops. This bracket was subsequently revised downwards by the White House requiring a contingent between 3,000 and 9,000 troops. The expectations are that the troop phase out will speed up since January 8, 2013 as a White House spokesperson announced the withdraw of half of the remaining 66,000 troops by April 2014, the same month that the Afghan presidential elections will take place. Even though decisions have been made there remains ambiguity concerning the incremental withdrawal and the number of troops needed to remain on the ground after completion. Indeed, While the latest version of the ISAF withdraw plan was made public in January, 2013 doubt remains on how clearly the program was defined and if it is not being driven by the war debt incurred by the United States. In this particular case, such a retreat could prevent a safe democratic transition from happening in Afghanistan. For NATO this would be the first failure for the potential “long-lasting partnership.” The troop withdraws spurred disbelief among the Afghan government, which is supported by the ISAF. A spokesperson to the Afghan President, Hamid Karzaï, asked NATO to explain and justify its twelve-year intervention in the Islamic Republic. If they did not really want to make certain the transition process is completed, what did the NATO members expect to accomplish with their military presence in Afghanistan? Now, they seem to leave quite precipitately rather than completing their objectives.

Russia, China, Iran and Pakistan regard the U.S. presence in the region more as a power struggle than a genuine willingness to help the Afghan people. This explains why these countries, during the Istanbul Conference on Afghanistan in November, 2011, opposed implicitly the continued military presence of NATO forces in Afghanistan. As previously mentioned, these positions can be associated with their respective economic, energy and cultural interests in the region following the withdraw of NATO These positions emphasize the need for collective bargaining and concessions in the post-2014 era, between the United States and the regional powers. These powers also joined hands to establish a Central Asian bloc since the 1990’s. As a result there are numerous regional organizations, such as the SCO (Shanghai Cooperation Organisation) and the CSTO, need to take part in the project helping the Afghan transition after ISAF departure. The SCO membership is comprised of Russia, China and the “Stans” (former USSR satellite states in Central Asia) and four observer states, Iran, Pakistan, India and Afghanistan. The organization works toward the goal of regional stabilization, yet is marked by internal disagreements when trying to adopt a unilateral position regarding the NATO troop withdrawals. This strife comes from existing ties that Pakistan and the other Stans have with the United States leading to disagreements with the Chinese and Russian policies. The SCO aspires to appear on the international stage as a legitimate player and not as a simple anti-NATO organization. This lobby is also represented under the auspices of the CIS (Commonwealth of Independent States), which is already planning for the end of the ISAF presence, demonstrated by the agreements that were signed in December 2012 governing the management of different situations such as “external border” control. As previously discussed this provides a clear example that the Afghan transition process is at the core of the preoccupations for economic, energy and security development in the region. The CIS, just as the CSO, points out a strong Russian influence in the balance of the Central Asia. The CIS voted for the creation of common monetary area between members and look to the future to fulfill the founding basis of the Minsk Agreement to establish a single control of nuclear weapons in the region and to organize the military forces under a centralized command.) The position of Russia should be at the heart of NATO’s work on how to structure the “lasting partnership.” Reference to this can be found in the most recent NATO Report on Afghanistan, alluding to collaboration with its partners their neighboring countries. The withdraw of troops have ratcheted up the need of NATO to work in close co-operation with these international partners to ensure that it reaches the goals targeted by the international community. In Afghanistan, the role of Russia would be thus to maintain the Afghan helicopter fleet and to ensure the training of Afghan army helicopter maintenance staff. The Russian presence in Central Asia seems to be recognized internationally since NATO declared: “The NATO-Russia transit arrangements proved critical to the development of the northern supply route to Afghanistan.” The security issue is of the uppermost importance in the CSTO’s mind (Collective Security Treaty Organization) since the Central Asian players have taken the position that their borders should never be in danger of being threatened as a result of withdrawing the NATO troops. Thus, CSTO members already envisioned sending representatives to Afghanistan to ensure that the peace process prevails in the post-2014 period. The projected plans highlight the need for synergy between the regional and international organizations. This process is already moving in the right direction, as the Eurasian organizations are not ambivalent towards compromise. For instance, the Economic Cooperation Organization (ECO) is a member state of the United Nations General Assembly and it is tied with both the European Union and the Association of Southeast Asian Nations (ASEAN). Of note both the OSCE and the CSTO already worked together on a counter-narcotics mission from 2011 to 2012 and could see similar work after 2014. Even if each regional or international organization have their own specific plans for the future of Afghanistan and surrounding regions after 2014, they share a common theme: providing safety in Afghanistan, so as to secure Central Asia and to shield the member countries of the OSCE (Organization for Security and Co-operation in Europe).
Delegating some parts of the projected regional partners is seen as a suitable solution, rather than applying the hypothetical long-lasting partnership to Afghanistan. We should ensure that lessons learned are given due regard so as to avoid future failures such as those seen in Afghanistan, exemplifying the need for the regional partners like the ECO or the CSTO to be better connected with the European and other international organizations. This collaboration should be aimed to safeguard economic and political stability in Central Asia following the outcome of Afghanistan and at the same time ensure that the country does not give up to the regional powers and their associated greed.
The ISAF exit strategy could lead to major hazards.
The future of Afghanistan is still uncertain, as we should take into account that the country is classified as a “failed State” by both “The Brookings Institution” and “Foreign Policy” indexes, despite the ISAF intervention. Afghanistan is ranked as the 6th most failed state in the world. A “failed state” as defined by French International Relations specialist Serge Sur is “a state apparatus that can no longer fulfill its basic functions, especially to provide physical security to its residents.”
Afghanistan, like most failed states, is no longer a state grounded on the rule of Law and has lost the majority of its legitimate power. According to Max Weber, the State can be defined by the double monopoly of physical violence and legitimate symbolism, both functions the existing Afghan government cannot perform. Therefore, this state no longer retains the right to resort to violence since the insurgents reappeared with the announcement of NATO troop withdrawal. There is legitimate fear of a new civil war between the new Afghan government and the Taliban, after 2014. According to the Afghan constitution President Hamid Karzaï will not be able to run again for office in April 2014 because he has served two consecutive terms. NATO should take into account the political vulnerability of the state, not based on the willingness of its people, but rather the loose creation of a country that is in many realities buffer. As initially planned during training missions, internal disputes between the various ethnic groups, particularly concerning Pashtunistan, could prevent the State from guaranteeing its people safety. As a result in the current environment a truly structured and non-corrupt public service is noticeably absent in Afghanistan. The concentrated male power only continues to weaken the already weak state. In addition, with the lack of readiness of the state one can question the readiness of the Afghan forces to take on the responsibility to combat the widespread corruption, organized crime and overall prevailing insecurity. According to the recent Pentagon Report on Afghanistan (Report on Progress Toward Security and Stability in Afghanistan) dating from December 2012, corruption is predicted to have the greatest overall impact on the government, yet all the while Pakistan still appears to support the insurgency against NATO and only one of the ANSF’s twenty-three brigades is in an operational readiness condition to apply the skills taught during the different training missions. With such assertions, it seems likely that the Taliban will continue to seek refuge in Pakistan, close to the Afghan border (like Haqqani Network, Tehrik-i-Taliban or Al-Qaeda) in the forms of grouping of combatants and training camps. The CIS also considers that Afghanistan will become “the gathering point of the terrorist activities in Central Asia.”
This region is overall characterized by an informal economy much due to narcotics trafficking. Little question remains that if the country is abandoned to its own fate; it will fulfill the role of a global hub for the drug trade. The Islamic Republic of Afghanistan has been driven by this shadow economy since the 1990’s (at the end of this decade, opium poppy cultivation already represented 10% of the Afghan gross domestic product). The drug-trafficking clearly influenced the allocation of top posts in the Afghan government. Ultimately the most serious hazard for the state itself would be to become a so-called narco-state, which is to mean a state in which the drug money is used to fund public policies.
While the fate of Afghanistan is subject to numerous hazards in the post-ISAF era, each player intends to develop its own policy to prevent such huge drifts or political interference with Afghan sovereignty. Unfortunately the Afghan people’s voice has no place in the debate despite the twelve-year war to “stabilize” their country. However, hope exist that solutions can be found by the Afghans themselves, who will be responsible for the proficient use of the financial aid using the training they have been supplied with. Researchers advocate the necessity to consult the Afghan people with regards to what they expect to improve after 2014. Therefore, utopias and incoherence could re-emerge, exacerbating daily-life difficulties, but the Western powers must not impose what they believe is the better path for a country to which they are not a part of.
Claudia Lostanlen
Etudiante en 2e année à Sciences Po Aix
Pour accéder au texte des deux parties réunies avec les notes de bas de page, cliquez iciTowards a post-ISAF Partnership Policy for NATO in Central Asia – Claudia LOSTANLEN -1-2

Towards a post-ISAF Partnership Policy for NATO in Central Asia

31 Mai

Une fois n’est pas coutume (mais nous réitérerons sûrement), au moment où l’introduction de cours en anglais à l’université fait débat, Etudes géostratégiques publie son premier article dans la langue de Shakespeare. Nouvelle exception, il est rédigé par une étudiante de 2e année de Sciences Po Aix, Claudia Lostanlen mais la qualité du travail le mérite amplement. La seconde partie du texte sera mise en ligne demain avec une version pdf pour ceux qui souhaiteraient avoir bénéficié de la version avec notes de bas de page renvoyant aux sources utilisées.

Key points :

The ISAF intervention in Afghanistan from 2001 to 2013 was only a qualified sucess

Afghanistan, a country which arouses keen interest in Central Asia

Towards a post-ISAF era, a new Partnership Policy for NATO with Kabul ?

 

 

Introduction

 

If the naming « Central Asia » is a geographic abstraction from the XXth century, the fact remains that this area is arousing greed in particular among the Russians. Indeed, the territorial ambitions of Russia in Afghanistan explain why this country, acted as a « buffer » between the Russian and the British Empires, in a strategic rivalry known as the « Great Game ». This history explains why Afghanistan was formed more as a strategic battlefield than a country founded on the basis of the general will of its people. The debate over the control of Central Asia recently reopened with the announcement of NATO troop withdrawals in 2014, ending a thirteen-year-old ISAF mission. In the light of these recent developments we are going to focus our attention on the Afghan issue in this article. The objectives of this intervention, carried out under the direction of United Nations Security Council Resolutions 1368 and 1373, seemed to be distinct from the country’s past. The ISAF took part in this initiative to combat the rise of terrorism implanted under the Taliban régime and to train and advise the members of the fledgling government to stabilize their country, in turn protecting international security interests. However, the ISAF operations are inextricably linked with the creation of the Durand Line, which represents the rugged border between Afghanistan and Pakistan and has been targeted by the United States Unmanned Aerial Vehicle (UAV) program until June 2012.

 

The ISAF intervention in Afghanistan from 2001 to 2013 was only a qualified success.

 

The oversights of a quick and technocratic strategy

 

Among the errors made during the ISAF mission in Afghanistan, we could remark that international leadership most notably underestimated the durability of the Afghan political institutions. The idea was not only to protect the Afghanistan and the other countries against the threat of terrorism, but also to protect the Afghan State itself from its own excesses. The high paced, military-oriented ISAF strategy is marked most notably by the increase of troops on the ground between 2001 and 2012. During this period of time we saw the number of soldiers start from 1,500 and peak at 130,000 in 2012. While utilizing this tactic had measured successes, the international forces failed to account for the effects on the ground of corruption, Islamic fundamentalism and drug-trafficking. go add to the mix the symbol of easy money that is found with narcotics trafficking still holds strong for the Taliban. Today, the NATO technocrats still define the ISAF mission as a way “to assist the Afghan government in the establishment of a secure and stable environment” and to improve governance “for a sustainable stability by the end of the transition. » Unfortunately the government, under Hamid Karzai, is hindered by an apparent lack of readiness and continues to struggle for legitimacy after electoral fraud in 2009. Once NATO announced the progressive withdrawals, it was already too late to change the Afghan people’s mind, which is highlighted by the reappearance of inter-ethnic violence.

 According to writer and French Army Officer Jean-Pierre Steinhofer, NATO’s failure is understandable because its strategy was never clearly pinned down. At first the aim of the ISAF was to protect Kabul and the region. From there, between 2004 and 2006 the mission expanded to cover the majority of the territory. This approach was divided into four phases, each corresponding to a cardinal heading on a compass. The fact that the original objective was modified is explainable as it is very hard to define a clear enemy in such an asymmetric war. Terrorism seems to be more of a means of action than an enemy that can be defeated. Highlighted by the fact that the very definition of terrorism continues to raise problems for the United Nations even following a special commission in October of 2005 was directed to obtain and establish a precise definition for this notion/concept. It was aimed to concentrate a global policy to fight against terrorism but it produced mixed results. Indeed, the Afghan conflict is an asymmetric war thereby complicating the decision-making on how to combat the terrorist networks in this unforgiving territory.

 

Year 2011: Revealing the failure of the Reconciliation Policy

 

Facing such a mobile enemy, the United Nations and NATO, through the ISAF, attempted to achieve a Reconciliation Policy between the Taliban and the new government. To add legitimacy to this process, the High Peace Committee (HPC) was created in October 2010. The HPC, led by Burhanuddin Rabbani, was put in place to call on the insurgents to lay down their arms and start the process towards peace. However, on 21 September, 2011, Rabbani and the mainstay of the Afghan Transition Team, were killed in a suicide attack in Kabul. As a result Afghan president Hamid Karzaï lost a leader who led the program aimed at a peaceful transition in Afghanistan by means of negotiating with the Taliban. As the FT journalist, Matthew Green, said, “The death of such a well-known figure will add to tensions in Afghanistan, where the prospect of NATO combat forces leaving the country by the end of 2014 had kindled fears of a new round of civil war”.

 Following the death of Al-Qaeda leader and founder, Osama bin Laden in May, 2011, President Obama announced the planned troop withdrawals from Afghanistan with a completion goal of 2014. It was assumed that this event would lead to the decline of the terrorism in the region, but this did not prove to be true. The announced departure of the United States troops proved to restore the confidence of the Taliban regime. The untimely assassination of Rabbani demonstrated this increase in violence. According to a Pentagon Report, released in December 2012, that assessed the signs of progress in security and stability in Afghanistan, the situation had steadily worsened in the tribal belt since 2009. This report records an outbreak of high-profile attacks, especially from the Haqqani network, and affirms that the Taliban still possess the capacity to commit terrorist attacks. However, it should be kept in mind that the troop withdrawals are not only due to the death of the terrorist leader but also because of the financial crisis affecting the United States and its allies. According to an article from Courrier International, President Obama said that the United States of America could no longer face the astronomical cost of the troop’s presence in Afghanistan. The war in Central Asia and the Middle East (Iraq and Afghanistan) had already cost $1.3 trillion and had yet to achieve its goals 10 years after the beginning of the operation. High unemployment rate, critical budget deficit and national debt convinced the American president to put an end to a war he himself considered as «necessary».

 

A general assessment is that the ISAF failed to accomplish its missions since the terrorist networks remain at large in the country, there still exist extreme instability in the transitional government and there is a lack of economic, health and social development in this country. With the relatively fast withdrawal of coalition troops from this territory, an analysis of the regional stakes must be done in order to prevent history from repeating itself by leaving Afghanistan to itself to face the geopolitical aspirations its neighbors, as happened with the departure of the Russian troops in 1989.

 

Afghanistan, a country arousing keen interest in Central Asia.

Longstanding claims from neighbor states

 

Pakistan, much like Iran and Russia, is historically linked with the fate of Central Asia, and in particular with the future of Afghanistan. The dominant ethnic group in Afghanistan is the Pashtun people (which represented 42%of the Afghan population in 2007). The Pashtun tribes originate from the mountainous regions of northern Pakistan. However, when the British set up the Mortimer-Durand Line, as a border between Afghanistan and Pakistan, this ethnic group was split into two neighboring countries. The Pashtun people living in Pakistan continue to urge the country to extend its sphere of influence to Kabul. Moreover, Pakistan, which is in a longstanding conflict with India over the region of Kashmir, and ultimately fears of becoming a landlocked country between India and Afghanistan. It would be an enclave between India and Afghanistan if the latter come closer to the Indian policy. This predicament comes from the progressive merger between the Indian and Afghan governments by means of the economic expansion and developmental aid supplied by India in order to stabilize Afghanistan. Thus, Pakistan intends to retain the key-role in the Afghan political scene. Pakistan remains the leading player in the region out of necessity for obtaining the international support to cope with Afghan terrorist threats. Finally, Pakistan views Afghanistan for its geopolitical significance that in the event of an Indian attack through the Kashmir, it would provide the country strategic breathing room.

While Pakistan engages with Afghanistan based on its apparent strategic value, Iran looks at this country from another perspective, sharing an atavistic link with the Transoxiana region. In ancient times the Islamic Republic of Afghanistan was a part of the Turkish and Persian empires, which can be more aptly described as an «oikoumene», namely a longstanding cultural community. Modern day Iran wishes to rediscover its ancestral ties with the Central Asian countries that made up the ancient Silk Road. Despite the remote location of the Iranian, Afghan, Tajik, Uzbek and Turkmen people, the existing Farsi literature establishes the cement and the unity of their cultural roots. This could explain why the two million Afghani refugees are turning to Iran asylum over the past twenty years. Iran hopes to foster political stability in Afghanistan after NATO troop withdrawals, so that it brings new trade-related partners. It is also the desire of Iran to reemerge on the international stage, after its isolation provoked by the American political agenda and the UN decisions.

In the end, another country, Russia, defends its sphere of influence as a result of preexisting relations with Afghanistan and more broadly with Central Asia.. The utilization of Afghanistan as a buffer between the Russian and the British Empires dates back to the 19th century. The control of this arena would allow the Russians to reach the sea, thereby opening a sea passage, which was an obsession of the Tsars.  This initiative failed because of British interventions, which were launched anticipating the repercussions of this scenario playing out for the world and more importantly for the gem of the British Empire, India. The Russian territorial claims to these regions remain unchanged as the actual Russian president Vladimir Putin still wishes to spread Russia’s influence beyond its borders so as to safeguard its peripheral areas. According to the French specialist on Russian history, Marc Ferro, “the Russians are the only people in the whole world thinking that colonization constitutes the very essence of its history.” Indeed the Soviet period, which imposed dominance over Afghanistan between 1979 and 1988 and over the other Central Asian countries until 1991, illustrates this quest for influence. This is highlighted by regional cooperation, of which Russia and its neighboring regions are part of, such as the Shanghai Cooperation Organization (SCO). In addition Russia still supports dictatorships established in its adjoining countries, which are used as potential border guards.

 

Economic and energy interest in Central Asia

 

While Russia puts forward cultural and historical reasons to legitimize its territorial claims, one of its true interest is the energy potential of Central Asia. Among the projects dealing with gas and oil field exploitation in the Caspian Sea, it is of note that they could have passed through the Russian territory. This would have allowed Russian companies to exploit hydrocarbon deposits at relatively low prices by signing bilateral agreements with former Soviet satellite states.  Indeed, the controlling portion of oil and gas pipelines would have been extensive since Russia could have decided to block transportations of oil and gas from its periphery to the Western markets. This explains why the Russian pipeline project has been abandoned since the new Central Asian Republics no longer want to remain dependent on Russia for the movement of their goods. The current Russian energy strategy considers Central Asia as a competitor. The core goal of Russia is thus to be involved in hydrocarbon extractions in order to control the reserves of others so that it does not exceed their own. Since the international intervention in Afghanistan, this can only be achieved with the aid of the United States, which could give their endorsement, resulting in an advantage, in the energy exploitation process. Even though the United States and Russia are former enemies the possibility of bilateral agreements exists facing the economic growth of China. Thus, if Russia allows over flights during ISAF missions, the country hopes to be better positioned in the overall post-war energy scene. It is also important to note that the new line envisaged for the energy trade in Central Asia could connect Turkmenistan to India or Pakistan (preliminary agreements for the Trans-Afghanistan pipeline between the three countries were signed in May of last year) This can only be implemented if civil war ends, since oil and gas pipelines will pass through the Afghan territory. Russia is therefore extremely keen to help stabilize tense areas so as to put in place this energy industry.

For Afghanistan, China, recently mentioned above, is the second country that counteracts US reserve bases which have been settled since 2001, the debut of the American intervention. This presents a battle space of a “new Great Game” to be played out between Russia, India and China. The Chinese energy strategy plans to receive its supplies of oil and gas from the Central Asian basins. This comes as a result of a steep increase of its energy demands therefore requiring a diversified list of petroleum suppliers. To achieve this, the Chinese government already started to invest and to strengthen their partnership with Afghanistan and Kazakhstan ($3 billion has been recently invested so as to help in the development of oil extraction and refining. Its involvement in raw materials exploitation in this region might be a double-edged sword. China could transform these countries into ”functional machines”, not only by increasing their exportations, but also by reducing their current operational costs by utilization of light industries. Therefore, we could notice a willingness to open up the region to the international networks, above all under the Chinese economic and energy interests. Finally, China could also wish to control Central Asia, and particularly Kirghizstan, for fear that Islamic fundamentalism would entice Uighurs from Xinjiang and triggers possible separatists movements. Russian and Chinese visions while quite divergent are joined together by the SCO (Shanghai Cooperation Organization), which is aimed at fighting against extremisms, favoring economic cooperation and stabilizing the region. Each of them can satisfy its own needs since Russia uses it to counter NATO and OPEC, and China uses it to reinforce its presence in the energy market.

The dependence on energy from Middle-East is a great concern for global powers, such as China or the United States, the two largest importers of oil. Thus, Central Asia might prove to be the new energy base, circumventing imports from the Persian Gulf. This head-to-head competition between China and the United States urges the latter to counter Chinese and Russian energy policies with its base established during Afghanistan and Iraq interventions. This trend can be seen as early as the first Gulf War in 1991.  The United States has good ground to end the war on terror in Afghanistan (Operation Enduring Freedom) in order to permit a stabilization of the region and to build closer economic relations. The Americans, just as the Europeans, have understood the importance of Central Asia in the new international system and have decided to implement their own foreign policy for this region which is used to push the implementation of a market economy and encourage privatizations. Since the 1990‘s, Europe has been involved in energy projects through various companies, such as Unocal or British Petroleum. Thus, France considers Central Asia as a high consumer of investment funds, services and facilities. This is the background for the recent state visit of the French Minister of Foreign Affairs, Laurent Fabius, in Kazakhstan, Uzbekistan and Turkmenistan in March 2013. The trip was aimed to revitalize French relations with these countries, described by the Ministry as «a diaspora of high economic potential holding great importance for the stability of Central Asia».

 

Interests of Afghanistan’s neighboring states could hinder the establishment of a NATO partnership policy that favors the United States and Europe. For the western powers to avoid this situation, it would be necessary to provide a relative small, but consistent NATO presence through agreements between regional actors and international organizations.

 

 


LE NŒUD GORDIEN AFGHAN

17 Avr
Le 6 avril 2013, en divers lieux, six Américains sont tués en Afghanistan, dont une jeune diplomate et un médecin afghan. Peu après, un raid de représailles de l’aviation de la coalition aurait tué le même nombre de civils afghans, dont des enfants. Business as usual dans le sens de la terreur et de la contre-terreur ? Pas tout à fait, depuis le 16 août dernier, les Américains n’avaient pas subi de pertes aussi importantes pour une année 2012 qui a vu très fortement décroître le taux de pertes de la coalition. Pour quelles raisons ? C’est qu’il se passe de drôles de choses au pays de l’insolence, alors que l’attention des médias se reporte sur le Mali, la Corée du Nord et le drame syrien…
Le poker menteur
En 2001, sous mandat international, pensant faire la guerre à Al-Qaida par acte de légitime défense, la coalition est tombée dans Le Piège afghan selon le titre du reportage interrompu par leur enlèvement d’Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier. Cette vengeance du 11 septembre a entraîné les Etats-Unis et leurs alliés dans douze années de guerre pendant lesquelles l’Occident a tout promis pour ne laisser qu’un narco-Etat, une corruption généralisée, des milliers de morts et des taliban plus puissants que jamais, estime le grand reporter Eric de Lavarène dans un documentaire à charge . Pour l’ancien ambassadeur britannique en Afghanistan, Sir Sherard Cowper-Coles, auteur de Cables from Kabul : the Inside Story of the West , la guerre est perdue : « L’histoire retiendra une affaire de vengeance et des erreurs de jugement. La guerre contre Al-Qaida s’est transformée en volonté de reconstruire un Etat et de stabiliser l’une des régions les plus complexes de la planète » . Une prise de conscience tardive d’une nouvelle guerre prenant de l’ampleur se plaqua sur les principes de la contre-insurrection. Celle-ci fut abandonnée trop tôt après la mort, au Pakistan, complice, de Ben Laden le 2 mai 2011, pour un retour au seul contre-terrorisme et ses « dommages collatéraux » qui achèvent de transformer la FIAS (Force internationale d’assistance et de sécurité) en armée d’occupation. Ainsi, les nations et leurs opinions publiques défaitistes impliquées dans cette affaire très mal conduite pratiquent la politique de l’autruche. Foin de la notion de sécurité collective à l’origine de l’intervention en 2001.
Si mal conduite par des Américains surtout préoccupés par la chasse aux djihadistes et une OTAN aux bottes de plomb subissant plutôt que conduisant la guerre, l’affaire afghane se termine, provisoirement, par le plus grand poker menteur de l’histoire. Depuis décembre 2012-janvier 2013, au moment (10 et 11 janvier) où Karzaï, reçu à Washington, tente auprès d’Obama d’obtenir, en vain, une réponse claire quant au maintien de bases, de FS (forces spéciales) et d’aéronefs après 2014, les taliban, passés maître dans l’art d’abuser des opinions publiques défaitistes qui ne demandent qu’à croire que tout va pour le mieux en Afghanistan, cessent toute attaque d’envergure contre des forces coalisées qui rembarquent plus vite que prévu. De leur côté, tout en usant de l’arme destructrice, en marge du droit international, des FS (14 000 hommes en 2012, une moyenne de 400 opérations/semaine) et des missiles Hellfire lancés par l’arme sournoise des drones armés (un tir en moyenne tous les 4 jours), tant en Afghanistan qu’au Pakistan, les États-Unis veulent faire croire que l’inaction soudaine des insurgés contre les intérêts de la coalition prouve que les frappes répétées contre les commandants locaux permettent d’envisager un retrait, sinon victorieux, du moins serein. De leur côté, les taliban amusent la galerie en participant, peu ou prou, à des négociations sur la paix depuis 2009, essentiellement à Doha, tandis que depuis le 4 février 2013, un plan de paix de Londres, réunissant Hamid Karzaï, Asif Ali Zardari (Pakistan) et David Cameron croit possible de conclure un accord d’ici six mois. Les conversations avec les taliban sont la reconnaissance de facto d’une défaite politique et d’une solution à court terme qui ne tient pas compte de la sécurité du pays.
Vers une nouvelle guerre civile ?
Au moment du retrait précipité des coalisés, certains signes inquiétants font craindre le pire. En 2012, les 6 millions de réfugiés afghans (dont 1,7 million au Pakistan), refusent de rentrer dans leur pays. Autour de Kaboul, des victimes des talibans et des « dommages collatéraux » de la coalition viennent à nouveau grossir les camps de réfugiés, tandis que des déracinés vivent dans des grottes à quelques encablures d’une capitale où les barons de la drogue et les pillards de l’aide internationale étalent un luxe ostentatoire. De plus, les rats quittent le navire : le régime, qui n’a aucun projet de société à proposer, voit une partie de son élite politique, pas nécessairement la plus corrompue, prendre la fuite en achetant des passeports étrangers et construire, pour les plus riches, de somptueuses résidences à Dubaï et au Qatar. L’argent du pillage des dons de la communauté internationale et des profits de la drogue s’y trouve à l’abri. Des familles de dirigeants afghans sont déjà dans le paradis doré des Emirats arabes unis et de Doha. Un tel exemple est-il capable de tendre les énergies face à l’offensive des taliban qui a déjà commencé.
Pour l’année 2012, 304 officiels afghans, dont des gouverneurs de provinces, ont été tués, soit une augmentation de 700% par rapports aux années précédentes. Tout aussi grave, entre mars 2012 et mars 2013, 3 000 soldats et policiers afghans ont été tués, presque autant que la coalition depuis 2001. Kaboul est-elle condamnée à revivre, après la chute de l’administration mise en place par les Américains, un scénario évoquant les terribles années 1992-1996, du renversement de Najibullah à l’Emirat islamique ? La situation n’est pas la même et les factions sont moins nombreuses. Il semble que deux Afghanistan seraient susceptibles d’apparaître. D’un côté, autour de taliban revanchards, un bloc pachtoun moins soudé qu’il n’y paraît , de l’autre, depuis 2011 autour d’une Alliance du Nord en voie de reconstruction, un NFA (National Front for Afghanistan) sous l’autorité d’Ahmed Zia Massoud (frère du regretté commandant) regroupant Tadjiks, qui réarment, Ouzbeks et Hazaras. A moins que ces derniers, piliers de l’actuelle administration Karzaï, ne constituent une troisième force chiite, rendant encore plus inextricable l’imbroglio afghan.
Mais tout ne se jouera pas en vase clos. La menace d’une renaissance du terrorisme oblige les coalisés à laisser une force minimale pour éviter le pire, c’est-à-dire une renaissance d’Al-Qaida en territoire afghan. C’est l’hypothèse du maintien de bases américaines et de l’OTAN et même d’une force de réaction rapide, indispensable pour épauler la fragile ANA ; solution déjà évoquée par le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, en septembre 2011, dans le cadre du « partenariat stratégique ». Rien ne garantit cependant la pérennité du gouvernement centralisé de Kaboul dans son désir de vouloir contrôler autre chose que la grande banlieue de la capitale ou de quelques bastions. Si bien que la question de la partition du pays, est inhérente à celle de la guerre civile. Mais est-elle la seule issue envisageable ?
Autre aspect dont il faut tenir compte, les investissements et les prospections minières de pays comme la Chine et l’Inde indiquent que l’Afghanistan a bien intégré le XXIe siècle. L’argent de la drogue n’est pas le seul agent de la mondialisation. Le soutien financier international au gouvernement afghan est envisagé après 2014. Les accords de partenariat se multiplient, comprenant des programmes d’assistance dans le domaine culturel et universitaire. Pour le chercheur en sciences politiques, Georges-Henri Bricet des Vallons, le retrait des coalisés laisse un pays dans un piètre état, mais où les intérêts économiques dominent : « La corruption endémique des forces afghanes n’en fait qu’une armée mexicaine au service d’une féodalité décrépite, qui sera incapable de freiner sa dislocation ethnique et tribale après le retrait des troupes occidentales, enfin disons françaises, puisque les Américains, pas assez sots pour laisser le trésor de guerre à la Chine, ne feront que réduire la voilure et resteront bien après 2014 pour exploiter les 1 000 à 3 000 milliards de dollars de gisements miniers et fossiles que recèle le sous-sol afghan » .
L’Espoir ?
Le village fortifié afghan fait partie de la cité mondiale, ses richesses encore inexploitées ne le condamnent plus à l’isolement. Le bilan de la coalition est positif sur ce plan de l’ouverture. Il reste des routes, aéroports, hôpitaux, écoles, universités… Ces juges, médecins, officiers, administrateurs formés à l’école de l’Occident sont autant de promoteurs de modernité. Kaboul fait figure de mégalopole avec ses centres commerciaux et ses embouteillages. « Surfant » sur internet, à l’écoute d’Al-Jazira et maniant Twitter et Facebook les jeunes citadins croient en l’avenir de leur nation-arlequin, hors de l’emprise des taliban et de leur modèle médiéval. Les Afghans eux-mêmes ont une arme secrète : leur jeunesse. En effet, 65% de la population ont moins de 25 ans. De jeunes entrepreneurs, des députées de la Chambre basse, les démocrates qui entourent le Dr Abdullah Abdullah ou Ahmed Zia Massoud qui propose une assemblée représentatives de toutes les ethnies, croient au XXIe siècle. En août 2011, Hamid Karzaï annonce qu’il ne briguera point un troisième mandat présidentiel pour les élections de 2014. Si son frère se présente, cela reconduirait le système maffieux actuel et le régime présidentiel où le chef de l’Etat gouverne sans Premier ministre. Mais on peut rêver d’un premier vrai débat politique et, peut-être, la venue d’un homme nouveau digne de confiance, tel le Dr Abdullah Abdullah, Tadjik époux d’une Pachtoune ?
L’écrivain Atiq Rahimi espère qu’en écho du « printemps arabe » l’optimisme de l’action l’emportera sur le pessimisme de l’intelligence. Et ce, lors d’une émission sur France-Culture consacrée à l’Afghanistan, à laquelle j’ai eu l’honneur de participer en compagnie de témoins afghans : « La démocratie est une valeur-lumière, elle appartient à l’humanité, nous Afghans avons droit à la liberté » . L’historien afghan Azin Nain, enseignant à l’Université de Bourgogne, croit encore (comme Henry Kissinger), que le chemin de la paix passe par une diplomatie forte impliquant l’entente régionale autour de la stabilité de l’Afghanistan. Il assure que la société civile afghane aspire à une paix durable et que les femmes ont bravé l’interdit des taliban pour participer à la vie politique du pays : « La guerre n’est pas une fatalité afghane ; elle peut être vaincue par la volonté de cette majorité silencieuse qui en a assez de voir ses enfants périr dans les flammes d’un nouveau conflit dont les enjeux dépassent de loin l’Afghanistan » .
Nul ne peut prédire l’avenir immédiat du pays de l’insolence malgré ce qui ressemble aux prémices de la guerre civile au regard de la croissance exponentielle, depuis plus d’un an, des attaques contre les représentants, civils et militaires, de l’administration Karzaï. Il reste à espérer que 40 années de souffrances, depuis le début des luttes de factions en 1973, mettent enfin la guerre hors-la-loi, que le départ des occupants laissent entre eux des Afghans capables de transcender leurs différences, tout en se dégageant de l’obscurantisme militant des taliban ce qui est, toutefois, moins sûr. Mais, comme le dirait André Malraux, cette Condition humaine si douloureuse dans ce pays meurtri n’attend-elle pas sa Voie royale, celle de L’Espoir ?
Jean-Charles JAUFFRET, professeur des Universités et directeur du Master II
(Cet article reprend en grande partie la conclusion de notre ouvrage, Afghanistan, 2001-2013 : la guerre inachevée, Autrement, avril 2013, 350 p.)

CAMPAGNE d’AFGHANISTAN : LE VOCABULAIRE DES SOLDATS FRANÇAIS TEMOIN D’UNE CULTURE DE GUERRE

21 Déc

L’Afghanistan est une terre de souffrances pour une fin aléatoire, mais aussi un banc d’essai pour de nouveaux matériels. Sur le plan humain, pour les unités engagées, la campagne d’Afghanistan constitue un formidable laboratoire où se forge la dernière génération du feu (très peu de troupes n’y ont pas été projetées). En effet, ces moments partagés ensemble dans un pays farouche soudent davantage la famille militaire ayant une culture de guerre spécifique. La guerre du Golfe en 1990-1991, les expériences exotiques ou dans les Balkans n’ont pu générer un tel phénomène qui n’a d’équivalent, toute proportion gardée en termes d’effectifs, que pour l’avant-dernière génération du feu, celle de la guerre d’Algérie.

C’est en interrogeant sans relâche des témoins de tous grades et de toutes armes des unités des armées de l’Air et de Terre, selon la même méthode que j’ai déjà employée pour le conflit algérien , que j’en suis arrivé à ce qui apparaîtra bientôt comme une évidence.

A l’inverse du système lénifiant des compagnies tournantes déployées par exemple en Côte d’Ivoire où les unités mobilisées se noyaient dans la soupe des traditions des troupes de marine, sans toutefois en comprendre tous les subtils ingrédients, l’Afghanistan c’est l’affirmation de l’esprit de corps qui, joint à la camaraderie, est le rempart le plus efficace contre l’adversité. Il permet de bien se préparer, se motiver afin d’être le plus efficace une fois déployé, ce qu’il faudrait apprendre aux énarques, inspecteurs des finances, qui n’ont de cesse de réduire l’armée française à une collection d’échantillons.

L’Afghanistan manifeste cette culture de guerre, signe de reconnaissance entre soldats et bientôt entre anciens de ce théâtre d’opérations extérieures, par une surabondance de sigles et abréviations et un certain nombre de mots et d’expressions. L’une d’elles résume cette force de la famille régimentaire : « On part tous ensemble, on revient tous ensemble ».
Cette formule prend un aspect bien particulier en Afghanistan où la menace est permanente. Il s’agit de faire comprendre, en maîtrisant la discipline de feu, que la force vient du groupe, que celui-ci ne laissera pas tomber au cœur de l’action un de ses membres et que chacun peut compter sur son binôme (comme dans les forces spéciales), à condition que celui-ci ne se comporte pas en « caporal stratégique » dont la bavure ou le comportement mettent en péril la cohésion de l’unité et portent atteinte à l’image même des forces armées jusqu’au plus haut niveau. Sur le terrain, outre l’héritage propre à une vieille nation militaire, est donc utilisé un vocabulaire spécifique mâtiné de termes empruntés aux Afghans, tout en tenant compte du sabir otanien.

L’héritage
Les escadrons et bataillons envoyés en Afghanistan sont les héritiers d’une longue tradition militaire qui forge les meilleures troupes. En dépit de l’éloignement et des spécificités de ce théâtre d’opérations, des expressions venues de campagnes antérieures sont conservées ou adaptées. Parmi celles-ci, les liens avec la guerre d’Algérie et les souvenirs d’Afrique sont illustrés par un certain nombre de termes qui font partie de la fibre militaire française.

Un premier point, très important pour les hommes qui exposent leur vie dans ce pays farouche : les euphémismes sont tombés graduellement, à l’inverse de la guerre d’Algérie non reconnue officiellement avant 1999. En ce sens, cette dernière génération du feu d’Afghanistan se rattache à celle des soldats d’Indochine ou celles des deux guerres mondiales. En effet, dès 2001, la « campagne » d’Afghanistan est reconnue et vaut le titre de double campagne pour les titulaires de la Valeur militaire (que d’aucuns voudraient enfin voir remplacer par son ancêtre, plus explicite, la Croix de guerre…). Cependant, bien après les Américains, il faut attendre 2010 pour que soient employés par le haut commandement, pour le contingent français engagé à Kaboul, le district de Surobi et la province de Kapisa, les termes « d’opérations de guerre » . Quant à la reconnaissance de l’état de belligérance, aucune guerre n’étant déclarée et aucun Etat ennemi formellement désigné, après une utilisation ministérielle de la langue de bois (« crise », « opérations de maintien de la paix »…), notamment lors de rares débats parlementaires consacrées à l’Afghanistan , il faut attendre le 11 juillet 2011, alors que sénateurs et députés débattent de la question libyenne, pour que le Président de la République, Nicolas Sarkozy, avant de se rendre sur la base française de Tora, prononce le terme, lourd de sens, de « guerre » . Et ce, plus d’un an après la chancelière Angela Merkel et plus de deux ans après le Président Barak Obama .

Toutefois, le lien entre Afghanistan et Algérie reste assuré par la conservation d’un certain nombre de savoir-faire (recherche opérationnelle, nomadisme des commandos, « système D »…) et d’expressions propres à la culture militaire d’une vieille nation. Le mot « bled » est le propre des vieux régiments de la ci-devant Armée d’Afrique pour désigner les villages ou la campagne afghane. Les paras conservent « Droper le djebel », ce qui signifie être largué par hélico sur une zone de saut. Un terme issu de la terre algérienne fait florès : « choufer » ou observer. Avant toute opération, il faut prendre soin de repérer les « choufs » de l’ennemi ou observateurs potentiels (bergers, marchands ambulants…). Etre « bunkérisée » se dit d’une unité, qui se calfeutre dans sa base au confort moderne. Il s’agit de la version locale de ce qu’on appelait pendant la guerre d’Algérie la « politique du borjd » (fortin) à l’égard de troupes de secteur renonçant aux embuscades et à toute « pacification active ».

Un mot dont l’origine se perd, mais très en vogue en contre-guérilla depuis l’Indochine et l’Algérie, celui de « sonnettes », ou sentinelles postées à des points clefs. C’est un terme à double sens. Les taliban disposent de « sonnettes » en grand nombre autour des positions de la coalition. Ces guetteurs indiquent les mouvements de troupes et de véhicules. Ils sont installés autour des bases et postes avancés, mais aussi en dispositifs d’alerte à l’entrée de vallées ou de villages ou sur les crêtes avoisinantes. Côté français, certes les drones pourraient assurer une veille permanente, mais ils font du bruit et le climat afghan (poussière, froid intense ou chaleur à tuer des chiens) contrarie leur utilisation à 100%. Si bien que les hommes des commandos, non pas seulement ceux des forces spéciales, mais aussi ceux des troupes « combattantes », pour reprendre une expression chère à François Hollande, sont également des « sonnettes » qui, bien dissimulées, indiquent un tir de harcèlement à la roquette des taliban, renseignent, préparent et guident une opération du bataillon français…

Des multiples opérations de projection de puissance en Afrique, au Liban ou dans les Balkans, l’Afghanistan hérite d’expressions passées dans le langage commun. « Vol bleu », à destination immédiate de la métropole pour suites disciplinaires éventuelles, désigne le sort réservé à un militaire du rang ou à un cadre qui constitue, par exemple par abus de boisson dans une base où tout le monde est armé, une menace pour la sécurité de ses camarades. Il va s’en dire que tout militaire tenté par « l’herbe » que vend sur son étal un adolescent apparemment innocent, devant le camp de Warehouse, près de Kaboul, ou à proximité d’un poste avancé en Kapisa, connaît la sanction du « vol bleu ».
En effet, les ordres sont très stricts, il ne faut en aucun cas céder au « syndrome vietnamien », comme quelques Américains en Afghanistan, c’est-à-dire utiliser l’arme secrète des taliban : la drogue à très bon marché. Salles (ou tentes) aménagées de sports et l’utilisation d’Internet aident à évacuer le stress dans les bases au retour d’une opération. Ce qui permet aussi de combattre les « coups de cafard » par une liaison fréquente avec les familles grâce à la téléphonie. C’est le plaisir d’entendre une voix aimée, mais aussi le ressentiment plus profond de la séparation, de l’éloignement qui rend plus vulnérable. L’expression « vol blanc » désigne une évacuation sanitaire vers la métropole pour les blessés graves. A ne pas confondre avec « 9 line » : un message radio issu de l’anglais pour désigner une évacuation sanitaire urgente. Ce message est très précis car il contient en complément la description de l’état du blessé et s’il faut prévoir une évacuation immédiate vers l’hôpital militaire français de Kaboul.

Dès lors que des unités constituées sont projetées en Afghanistan, elles conservent leur vocabulaire. A titre d’exemples, à retenir l’expression que certains ministres ne sont pas prêts d’oublier lors de leur « tournée des popotes » : l’« arrivée grande pente ». Sur un avion de transport de l’armée de l’Air, il s’agit d’une arrivée sans palier sur une base aérienne type Kandahar : descente brutale pour éviter les tirs. Les Rambo des FS (forces spéciales) ont leur signe de reconnaissance par le pseudo adopté par chacun, mais aussi par un vocabulaire spécifique. Une formule résume le vécu de ces hommes, notamment à Spin Boldak jusqu’en 2006 inclus, toutes armées confondues : « se mettre en frigo ». Les membres des FS devant participer à une opération se mettent en « conclave », afin de se concentrer, se motiver et se mettre « dans l’ambiance » de la mission.

Un vocabulaire spécifique

Toutes les armes et spécialités développent en Afghanistan des signes distinctifs qui se retrouvent dans leur vocabulaire. Ainsi pour les commissaires des armées de Terre et de l’Air, une expression apparaît : « l’affaire est dans le trou du cul de l’âne » (variante « le dossier est dans le tuyau ») signifie que « l’affaire est lancée ». La particularité peut concerner également de petites unités, telles les compagnies, devenues des « coy » abréviation de « Company » telle la « coy Reco » (compagnie de reconnaissance). La « coy » désigne également une équipe OMLT (« Operational Mentoring and Liaison Team » ou équipe opérationnelle d’instruction et de liaison au bénéfice de l’entraînement de l’armée afghane. Cette « coy » particulière est forte de 6 ou 8 « pax » français. Cette abréviation initialement réservé à tout « personnel pour le maintien de la paix », finit par désigner tout personnel sous l’uniforme.

« Vert contre bleu » se dit d’une attaque d’un membre de l’ANA (vert) contre un membre de l’ISAF (bleu) en référence à la couleur des uniformes . Cette appellation fait référence aux attaques dont les Français, depuis la fin décembre 2011, sont les victimes (6 tués en décembre 2011 et janvier 2012), mais aussi les autres membres de la coalition (45 tués entre janvier et fin août 2012). Pareille mésaventure survient lorsque les « anges gardiens » (soldats chargés de protéger leurs camarades) ont été pris au dépourvu, ou quand des « gunners », nom donné aux personnes servant une arme collective ou bien se trouvant à l’arrière d’un VAB (véhicule de l’avant-blindé) pour assurer la sécurité du blindé, n’ont pas réagi suffisamment vite.

Banc d’essai de nouveaux matériels, la campagne Afghanistan est aussi riche en nouvelles appellations. Ainsi le « VAB Top » est la dernière version du VAB qui consiste en une tourelle téléopérée avec une mitrailleuse de calibre 12,7mm commandée par un joystick ? C’est la guerre du XXIe siècle à l’aide d’un dispositif qui évoque une console vidéo avec un écran jour et nuit, thermique et infrarouge. Cet engin comporte un télémètre désignant un objectif et en calcule immédiatement les données balistiques. Sa précision permet d’éviter les « dommages collatéraux » frappant les civils.

Des termes issus des langues locales sont également utilisés. Un mot apparaît parmi les premiers rencontrés pour signifier le caractère implacable de l’adversaire : « Bouzkachi ». Ce sport équestre violent, propre des populations de la steppe (Ouzbeks et Turkmènes surtout) du Nord de l’Afghanistan, consiste à s’emparer d’une dépouille de bouc sans tête qu’il faut déposer, après un parcours de longueur variable matérialisé par deux poteaux, dans un « cercle de justice », comme le décrit Joseph Kessel dans Les Cavaliers. « Tchai mekhorid » (« Je vous offre un thé »), est une phrase souvent entendue en Afghanistan. Elle résume le sens de l’hospitalité et accompagne les relations avec la population. Le terme de « Shoura » est employé pour une assemblée avec les « barbes blanches », chef et notables d’un village, lors d’une opération de contre-insurrection : on distribue de l’aide humanitaire, on répare les « karez » (canaux souterrains d’irrigation en Kapisa), tout en essayant de convaincre de cesser d’aider les taliban ou de subir leur présence. Enfin, « Inteqal » est un mot afghan signifiant « transition ». Dans les langues pashtoun et dari, c’est un euphémisme qui concerne le retrait des forces de la coalition.

Le sabir otanien

Nouveau témoin du recul du français, une langue locale otanienne, vrai « novlangue » selon 1984 de George Orwell. Toutefois, les Français ne sont pas englués dans les procédures très compliquées des « caveats ». D’où une certaine ironie concernant l’OTAN ou « NATO : No Action Talk Only » (« pas d’action, on se contente de parler seulement »). Un jeune officier parachutiste, qui veut garder l’anonymat, nous a avoué que, chargé de rédiger le JMO (journal des marches et opérations) de son unité, il plaint sincèrement les historiens qui y auront accès : le langage sera incompréhensible, outre la surabondance de sigles devenus intraduisibles, c’est une langue de mutant qui apparaîtra mêlant à un français résiduel des mots et expressions otaniens passés dans l’idiome commun des militaires.

Ainsi, on ne dit plus « mission de pacification » selon la tradition coloniale française, mais « cimic » ou, selon le sigle américain « CIMIC » (Civilian-Military Co-operation). De même, on ne dit plus « poste », selon un vocable évoquant les guerres d’Indochine et d’Algérie, mais « FOB » (« Forward Operational Base ») ou base, au confort rustique de matériels de campagne et souvent dépourvue de toilettes et de douches décentes avant la fin 2009. On réserve parfois les termes de « fire base » (« base de combat ») pour les éléments au contact de l’ennemi, telle Spin Boldak. Les postes avancés sont des COP (« Combat Out-Post »). Ces petits camps fortifiés abritent une centaine de personnes, dont les instructeurs français qui « mentorent » des soldats de l’ANA (Armée nationale afghane) au sein des « Omelettes », raccourci pour « OMLT ». Ceinturés comme les « FOB » de « bastions walls » (cubes de grillage remplis de pierres ou de terre), ils portent parfois des noms de soldats tombés au champ d’honneur, tel le « COP » Hutnik, en Kapisa qui évoque le sacrifice d’un légionnaire du 2e REP.

S’amorce également en Afghanistan une autre forme de culture issue du vocabulaire spécifique des armes. Facile à retenir, TIC (troop in contact) ou troupe au contact. L’expression désigne à la fois un accrochage et un appel pour un soutien d’artillerie ou un appui feu aérien. Tombée dans la vulgate, l’expression « Shot to kill » signifie tir à tuer, mais en fonction des « SOP » (« Standing Operation Procedure » ou procédure opérationnelle permanente), modèle standard de procédure d’opération type OTAN.

De l’aviation provient un grand nombre d’acronymes, tels JTAC (Joint Tactical Air Control) coordination des actions tactiques aériennes, indispensable pour une demande d’appui feu. Enfin, forgés en fonction des découpages administratifs mis en place par la coalition, apparaissent des sigles qui traduisent des réalités de terrain. On peut rappeler « PRT » (provincial reconstruction teams) ou équipes de reconstruction régionale et « RC » (Regional Command). « Tactical Air Control-Party » désigne une équipe de guidage aérien. Il s’agit d’une petite équipe de trois personnes avec un radio, un pilote et un « FAC » (« Forward Air Controler », contrôleur aérien avancé) qui est en charge du guidage des attaques d’avions et d’hélicoptères.

Cette nouvelle génération du feu se reconnaît également par un raccourci très en vogue, « Afgha », pour désigner ce pays. Autre particularité, les noms de lieux ne sont pas encore fixés, selon qu’on les prononce à l’anglaise ou à la française. Ainsi, l’Hözbin des géographes, devenu Huzbin, le 18 août 2008, demeure Uzbeen dans les médias anglo-américains. De même, la ville et le district de Saroubi, que le quai d’Orsay (division archives) préfère dénommer en 2004, Sarôbi, devient Surobi. Quant à la province de la Kapissa, son orthographe perd un « s » entre la période soviétique et les opérations actuelles en Afghanistan. Des appellations comme « Chicken Street », rue touristique de Kaboul, un peu le Cholon (Saigon) local, surgissent de façon épisodique parmi les témoins. De même le terme de « zone verte » a subi une évolution. Initialement, il était réservé au quartier des ambassades, des palais gouvernementaux et des villas sécurisées par les mercenaires de la capitale ou « Contractors » mot anglais pour mercenaire, qui a supplanté le terme d’ «Affreux ». Mais depuis 2008 et l’implantation en Kapisa, ces termes évoquent une vallée longue et étroite, propice aux embuscades en raison des vergers notamment, vrai « Nid de frelons ».

« Mine overness » (peur des mines), traduit la peur des engins improvisés ou « IED » (« improvised explosive device »), appellation que le commandement tente de remplacer , non sans mal, par « EEI » (engin explosif improvisé). Ces mines de toutes sortes sont responsables d’un nombre de plus en plus important des pertes, quoique les sapeurs, très exposés ((20% des 87 tués français), en désamorcent près de 70% dans les « hot spots » (points chauds). Ce qui donne, comme pour d’autres armes en Afghanistan, une prolifération de sigles tel « WIT » (« Weapons Intelligence Teams ») pour équipes de fouille opérationnelle du génie, avec les moyens de la police scientifique, dont la biométrie qui contribue à identifier les réseaux des poseurs de bombes .

Jean-Charles Jauffret, Professeur des universités et Directeur du Master II

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